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Entretien avec… Mustapha Abdelmoula (Laboratoire de chimie physique et microbiologie pour l’environnement, Cristal 2012 du CNRS)
Vous êtes aujourd’hui à l’origine d’un spectromètre unique en France. Qu’a-t-il de particulier ?Mustapha Abdelmoula : En toute modestie, je ne suis pas complétement à l’origine de l’ensemble puisqu’une partie couplée à ce spectromètre, notamment la partie cryogénique (le cryostat) permettant de travailler aux très basses températures, existait et était commercialisée par un certain nombre de fournisseurs. Cependant et à ma connaissance en fonction de la littérature publiée dans ce domaine, ce type de cryostat « tête froide » utilisé auparavant pour d’autres techniques (diffraction de RX, spectroscopies optiques, volumétrie d’adsorption…) n’avait jamais était couplé à un spectromètre Mössbauer. J’ai changé pour la première fois le système de refroidissement classique du spectromètre Mössbauer en 1996 en le couplant à un système type «tête froide». La particularité de ce système réside en la présence d’un compresseur d’hélium relié à un moteur au niveau de la «tête froide» qui actionne le mouvement d’un piston pour obtenir le refroidissement des échantillons analysés. La mise en marche du compresseur et du moteur génèrent des vibrations qui élargissent les raies des spectres Mössbauer ou éventuellement créent des raies parasites artificielles venant se superposer aux véritables raies de résonnance de l’échantillon analysé. La mise en marche de ce spectromètre a nécessité une longue période de mise au point pour découpler et absorber ces perturbations mécaniques. Après ces périodes de réglage, ces cryostats permettent de réguler aux températures fixées par l’opérateur durant de longues périodes d’analyse. Depuis, j’ai développé un autre cryostat en 2007 permettant d’atteindre 4 K (-269°C) et je travaille actuellement avec un collègue mécanicien sur un nouveau système plus simple pour la mise en place des échantillons. Un autre avantage à souligner pour ce type de spectromètre concerne la maintenance que nous réalisons depuis quelques années au laboratoire.
Pouvez-vous nous décrire un moment marquant de votre carrière ?MA : Ce fut sans aucun doute le jour où j’ai appris que je figurais parmi les lauréats du Cristal du CNRS. Cette distinction est le fruit et l’aboutissement de tout un travail collectif au sein de notre laboratoire. Je partage volontiers cette récompense avec l’ensemble de mes collègues ITA et chercheurs dans mon travail au quotidien et c’est avec beaucoup de plaisir que je tiens à les associer à cette distinction.
Dans les différents articles publiés lors de la remise de votre Cristal, vous avez déclaré « le résultat est plus beau quand il a été difficile à obtenir ». Quel est, pour vous, votre plus beau résultat ?MA : Durant ces années au CNRS, cette double approche « développement instrumental et recherche » a été sans cesse une réelle motivation à mener à terme les projets scientifiques dans lesquelles j’étais engagé. L’obtention du premier spectre de rouille verte sur le CEMS (spectromètre Mössbauer par réflexion de surface) il y a 18 ans fut une réussite d’autant plus belle que la phase de réalisations techniques nécessita de longues périodes de réglages et d’optimisation des appareils. La valorisation de ces réalisations techniques par les publications scientifiques s’en est trouvée facilitée. Par la suite, mes collaborations avec d’autres chercheurs de communautés différentes de la mienne (géosciences, sciences du sol, minéralogie, chimie du solide…) m’ont incité à réussir un autre challenge : celui de donner un caractère multidisciplinaire à la spectrométrie Mössbauer. Je suis heureux, à mon modeste niveau, de pouvoir continuer à participer et à œuvrer à l'aventure passionnante que représente la mission interdisciplinaire du CNRS.
Vous avez eu l’occasion de rencontrer Rudolf Ludwig Mössbauer de son vivant. Que cela fait-il de devenir un spécialiste d’une technique qui porte le nom d’une personne en face de soi ? Pouvez-vous nous raconter votre rencontre ?MA : J’ai eu la chance d’écouter une première fois Rudolf Ludwig Mössbauer à l’occasion d’ICAME 1999 à Garmisch-Partenkirchen en Bavière (ICAME est le Congrès International sur les Applications de l’Effet Mössbauer qui a lieu tous les 2 ans). R. Mössbauer avait fait une très belle conférence sur la découverte de l’Effet Mössbauer qu’il préférait appeler pour des raisons de modestie : « l’absorption résonnante sans recul de photons gammas ». Cette découverte, que cet éminent chercheur a effectuée dans le cadre de sa thèse en 1958 et qui a permis de résoudre une anomalie vieille de 50 ans dans un pays récemment sorti de la guerre, est exceptionnelle.
ContactMustapha Abdelmoula, Laboratoire de chimie physique et microbiologie pour l’environnement de Nancy
Contacts institutChristophe Cartier dit Moulin, Jonathan Rangapanaiken
31 juillet 2013D'autres entretiens |
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