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Entretien avec Jean-François Lutz, directeur de recherche CNRS à l’Institut Charles Sadron

 

Slow Science

 

Dans une tribune libre de la revue Nature Chemistry du mois d’août 2012, Jean-François Lutz se pose la question : « Pourquoi nous [les chimistes] ne prendrions-nous pas plus de temps pour mener nos recherches ». Il introduit ainsi le concept de Slow Science.

 

Slow Science, qu’est-ce que c’est ? Pourquoi avoir dédié une tribune libre à cette idée ?

 

Jean-François Lutz : Le concept de « science lente » a été récemment proposé par l’académie du même nom qui se trouve à Berlin en Allemagne. Cette académie a publié sur le web un court manifeste qui propose de prendre son temps pour faire de la recherche. En effet, la course à la productivité scientifique est devenue si forte de nos jours que les chercheurs n’ont plus guère le temps de lire des publications et de réfléchir à leurs travaux. Ainsi, un grand nombre d’articles scientifiques, publiés chaque semaine dans les journaux spécialisés, ne présentent malheureusement que des travaux de routine et des concepts sans surprise. Dans ce contexte, il m’a paru opportun de relayer le message de cette académie. En effet, même si je conçois très bien que chaque chercheur doit promouvoir régulièrement ses travaux et sa carrière, la course aux publications et aux facteurs d’impacts bibliométriques ne peut plus être le moteur de la recherche moderne.

 

Vous citez Charles Goodyear et l’équipe de Ludwik Leibler, pourquoi ?


JFL : Près de 150 ans séparent les travaux de Charles Goodyear et ceux de Ludwik Leibler. Toutefois, ces deux chercheurs ont en commun d’avoir publié des travaux révolutionnaires sur les matériaux élastiques. Dans les deux cas, ces recherches ont pris un certain nombre d’années avant d’aboutir. Je pense que ce genre de persévérance est une qualité. En outre, je pense que la façon de travailler de l’équipe de Ludwik Leibler est un exemple à suivre. En effet, les chercheurs de cette équipe prennent le temps de travailler et de réaliser des progrès importants. Dans le cas des matériaux auto-cicatrisants développés il y a quelques années dans ce laboratoire, les chercheurs ont dû faire face à de sérieux écueils scientifiques. Toutefois, ils ont persévéré et pris le temps de comprendre en profondeur les phénomènes qu’ils étudiaient. De nos jours, beaucoup d’autres équipes auraient probablement renoncé assez rapidement ou publié des résultats préliminaires sans saveur voire non-reproductibles.


Serait-il possible de travailler comme Charles Goodyear aujourd’hui ?


JFL : Certainement pas et ça n’est pas souhaitable. Charles Goodyear utilisait les techniques et les moyens de communication de son temps. Nous avons de nos jours des moyens formidables pour travailler et pour communiquer. Il ne faut surtout pas les négliger. C’est par exemple une chance unique de pouvoir publier des résultats scientifiques en moins d’une semaine. Ne serait-ce qu’il y a quelques années, il fallait attendre plusieurs mois pour voir ses travaux paraître dans un journal scientifique. Il faut bien sûr saisir toutes les opportunités offertes par la science moderne. Toutefois, il ne faut pas en abuser. Le fait de pouvoir publier rapidement n’implique pas qu’il faille nécessairement publier sans arrêt, surtout s’il n’y a rien d’intéressant à publier ! Il est plus que jamais nécessaire de prendre son temps pour obtenir des résultats de valeur. Dans ce sens, la persévérance de Charles Goodyear reste un bon exemple pour nous tous.

 

Référence

Jean-François Lutz
Slow Science
Nature Chemistry 4, 588–589 (2012) doi:10.1038/nchem.1415

 

Contact chercheur 

Jean-François Lutz , Institut Charles Sadron, Strasbourg
Courriel : jflutz@unistra.fr


Contacts institut

Christophe Cartier dit Moulin, Jonathan Rangapanaiken

 

12 septembre 2012

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