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Entretien avec Bernard Meunier , directeur de recherche CNRS et membre de l'Académie des sciences

 

Chimie et innovation thérapeutique

 

Dans la rubrique « Essays » de la revue Angewandte Chemie International Edition du 27 Août 2012, Bernard Meunier pose la question : « Quel futur pour la chimie dans les innovations thérapeutiques? ».

 

Pourquoi avez-vous décidé d’écrire cette tribune aujourd’hui ?

 

Bernard Meunier : L'innovation thérapeutique ralentie en Europe continentale et en France en particulier. La plupart des nouveaux médicaments viennent des USA et de Grande-Bretagne. Dans les années 1960-1970, la France était dans les trois premiers pays pour la découverte de médicaments. Tout le monde garde en mémoire les deux médicaments antitumoraux découverts par Pierre Poitier. Et maintenant, où en est-on ? L'institut Pasteur a découvert le virus du Sida et pourtant aucun médicament anti-VIH n'a été créé en France. Au mieux nous nous sommes contentés de participer à des essais cliniques sur des candidats-médicaments créés par d'autres chercheurs dans d'autres pays. L'Europe et la France ne doivent pas décrocher de l'innovation thérapeutique.

 

Pouvez-vous brosser un état des lieux de la chimie médicinale française actuelle ?


BM : Dans les années 1970-1980, il y avait de nombreuses équipes et laboratoires dédiés à la chimie médicinale et plus d'une demi-douzaine de laboratoires industriels très actifs et ayant une véritable réputation internationale en synthèse de médicaments (Rhône-Poulenc, Roussel-Uclaf, ...). Nous avons  décroché peu à peu, les restructurations industrielles se sont faites en limitant le rôle de la chimie pour faire place aux approches génétiques. La création de molécules actives n'est pas un art facile ! Il faut beaucoup de travail d'imagination dans la conception des molécules, de ténacité dans le développement des entités actives. Les laboratoires industriels deviennent frileux : ils attendent maintenant les molécules en sortie de phase IIa, après la validation de l'activité sur les premiers patients, là où ils prenaient les projets après des essais positifs sur des modèles murins. Le financement des projets allant de la sélection d'une molécule active aux premiers essais cliniques chez les patients n'est plus assuré. Nous avons quelques très bonnes équipes de recherche en chimie médicinale, mais trop peu pour espérer peser lourd dans la compétition mondiale. Par ailleurs, il y a l'idée que les médicaments "bio-pharmaceutiques", c'est-à-dire les anticorps monoclonaux, et les thérapies géniques et cellulaires vont venir à bout de toutes les maladies, idée qui oriente la quasi-totalité des ressources vers ces domaines.


Comment pensez-vous qu’il faille favoriser les recherches aux interfaces chimie/biologie ?


BM : Les nouvelles "petites" molécules seront découvertes ou crées dans des laboratoires  de chimie ayant une forte expérience de l'interface avec la biologie, mais en gardant les compétences des "molécularistes" au coeur du processus de création. N'oublions pas que de nombreuses molécules actives sur un modèle animal pertinent ont conduit à des médicaments très innovants avec la découverte de leur cible biologique de nombreuses années après leur utilisation chez l'homme. C'est le rapport activité/toxicité qui fait qu'un médicament est efficace et sûr, pas sa cible biologique. Le récepteur du paracétamol n'a été identifié qu'en 2010.

 

Référence

Bernard Meunier
Does chemistry have a future in therapeutic innovations?
Angew. Chem. Int. Ed. Engl. 2012 Aug 27;51(35):8702-6. doi: 10.1002/anie.201202506.

 

Contact chercheur 

Bernard Meunier , Laboratoire de chimie de coordination - Toulouse
Courriel : bmeunier@lcc-toulouse.fr


Contacts institut

Christophe Cartier dit Moulin, Jonathan Rangapanaiken

 

3 octobre 2012

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