CNRS : Centre National de la Recherche Scientifique
Liens utiles CNRSLe CNRSAnnuairesMots-Clefs du CNRSAutres sites
Accueil  Environnement et développement durable - Centre National de la recherche scientifiqueAccueil  Institut écologie et développement - Centre National de la recherche scientifique
  Accueil > Espace communication > En direct des laboratoires

sur ce site :

En direct des laboratoires

 

18 juillet 2012

Daceton armigerum : changement de point du vue sur la fourmi arboricole la plus photogénique d’Amérique du Sud

 

Daceton armigerum est une fourmi arboricole tropicale assez connue, qui présente une photogénie avantageuse avec des mandibules hypertrophiées lui permettant de chasser des proies de taille imposante. Cependant, dans une publication récente proposée par la revue Plos One, une équipe de chercheurs français et belges livre une vision originale de Daceton armigerum en révélant, ce qui était inconnu, l’existence de très imposantes colonies, de plusieurs centaines de milliers à probablement quelques millions d’individus vivants dans les sommets inaccessibles de la canopée des forêts tropicales. De ce fait, c’est toute l’écologie de cette espèce, et son rôle dans la structuration forestière, qui est peut-être à repenser.

 

fourmis

Fourmis Daceton armigerum dans une action de chasse collective © Alain Dejean

 

En milieu tropical, les fourmis occupent une place prépondérante dans l’écosystème, par le nombre d’individus qui constituent les colonies et leur biomasse cumulée. Ces fourmis sont considérées comme terrestres ou arboricoles suivant l’endroit où elles construisent leur nid, les ouvrières fourrageant, quelquesoit le cas, souvent sur les plantes. Les espèces purement arboricoles sont nombreuses, elles se comptent en milliers, pour un nombre total d’espèces de fourmis évalué à 20 000. Elles ne sont pas toujours très bien connues, car il est difficile aux chercheurs d’accéder aux étages supérieurs de la forêt. Parmi les espèces de fourmis arboricoles des forêts tropicales, certaines dites « dominantes territoriales » ont des colonies très populeuses et très agressives entre elles, tant entre différentes colonies de la même espèce qu’entre espèces différentes. De ce fait, leurs territoires s’étendent sur la cime de plusieurs arbres voisins et sont distribués en mosaïque dans la canopée, avec parfois des situations de co-dominance de colonies d’espèces différentes. Elles ont un rôle régulateur par leur aptitude à chasser en groupe des insectes herbivores, potentiellement ravageurs. Les proies chassées fournissent une ration protéïque, mais ces fourmis sont aussi des herbivores indirects, ou « cryptiques ». Elles élèvent des hémiptères (pucerons, cochenilles) afin de disposer, au travers du miellat riche en sucre, de l’énergie nécessaire pour défendre leur territoire et en maintenir le périmètre.

 

Dans une étude récente, l’équipe de biologie des interactions de l’UMR Ecofog (Ecologie des forêts de Guyane) a découvert que la fourmi Daceton armigerum est une espèce dominante territoriale, qui vit en colonie de plusieurs centaines de milliers d’individus. Précisément, une des colonies étudiées a pu être estimée à 952 000 individus. Cet aspect était jusqu’à présent inconnu chez cette espèce pourtant bien étudiée car elle présente une adaptation morphologique notable : des mandibules hypertrophiées fonctionnant comme un piège à mâchoires redoutable lorsqu’il se referme sur des proies. La nouveauté, c’est la mise à profit de cette adaptation dans une stratégie de chasse en groupe. Du fait de cette morphologie particulière, on pensait jusqu’à présent que Daceton armigerum était une chasseresse solitaire, ce qui s’associe plutôt avec des colonies de faible taille.

 

Les chercheurs viennent de mettre en évidence une organisation qui permet aux ouvrières, grâce à différents modes de recrutement de congénères, de capturer des insectes sauteurs ou volants, donc très agiles. Les plus gros d’entre eux font environ 94 fois le poids d’une ouvrière, ce qui correspondrait à attraper, pour un homme de 70 kg, une proie de 6,5 tonnes. Cette performance est rendue possible chez la fourmi D. armigerum par une technique de chasse à l’affût où les plus grosses des ouvrières sont postées le long des branches, mandibules hypertrophiées grandes ouvertes. Si un insecte a le malheur de se poser près de l’une d’entre elles, il se fait prendre dans le piège des puissantes mandibules qui se referment sur sa tête, l’assommant sur le coup. Par la vue et l’échange de phéromones attractives, les congénères arrivent alors très vite et procèdent à la neutralisation et au dépeçage de la proie.

 

La découverte de cette capacité de chasse collective d’insectes potentiellement ravageurs pour le feuillage des canopées, combinée à l’élevage d’hémiptères et à l’existence de colonies très populeuses amène à repenser le rôle de Daceton armigerum dans la structuration écosystémique de la canopée des forêts, là où cette espèce se rencontre.

 

Référence de la publication

The Ecology and Feeding Habits of the Arboreal Trap-Jawed Ant Daceton armigerum, Plos One, Alain Dejean, Jacques H. C. Delabie, Bruno Corbara, Fréderic Azémar, Sarah Groc, Jérôme Orivel, Maurice Leponce, article en ligne depuis le 21 juin 2011.

 

Lien vers l’article en ligne : http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0037683

 

Contact chercheur
Alain Dejean, UMR Ecofog-Ecologie des forêts de Guyane, Kourou, France, mail : alain.dejean@wanadoo.fr

 

Contact communication

Gaëlle Fornet, CNRS-Guyane/InEE, gaelle.fornet@cnrs-dir.fr - tel : 06 94 45 35 61


 

Accueil du Sitecontactimprimer Plan du sitecredits