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En direct des laboratoires

 

23 juin 2015

La bilharziose gagne l'Europe

 

La schistosomiase ou bilharziose est une maladie parasitaire négligée (Neglected Tropical Disease - NTD) qui touchait, jusqu’alors les populations des régions tropicales et subtropicales, principalement en Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique du Sud et dans l’est de l’Asie. En raison de son taux élevé de morbidité et du nombre important de personnes infectées (plus de 200 millions dont 85 % en Afrique), la schistosomiase est une priorité pour l'Organisation Mondiale de la Santé. Or, depuis 2011, plusieurs cas ont été signalés en Corse. Dans un article publié le 22 juin 2015 dans le journal The Lancet Infectious Diseases, une équipe européenne composée notamment de chercheurs du laboratoire Interactions Hôtes-Pathogènes-Environnements (IHPE – CNRS/Univ. Perpignan Via Domitia/Ifremer/Univ. Montpellier) attire l’attention sur les leçons qui doivent être tirées de l'émergence de cette maladie parasitaire en Europe.

 

La tique du mouton, Ixodes ricinus, est une des 40 espèces où de nouvelles souches de Coxiella atypiques ont été identifiées. Ces bactéries, bien que génétiquement apparentées à l’agent de la fière Q, Coxiella burnetii, sont non pathogènes et entretiennent des interactions symbiotiques avec leurs hôtes tiques. – © Elsa Léger

Foyer de transmission de schistosomiase uro-génitale en Corse. En encard : Bulinus truncatus, vecteur de la schistosomiase" – © Boissier-IHPE-2015

 

Causée par des parasites qui colonisent les vaisseaux sanguins de l'homme et sont transmis spécifiquement par certains mollusques d'eau douce : les planorbes, la schistosomiase est une des maladies parasitaires négligées la plus répandue au monde.
L'infection humaine se produit dans une eau contaminée par la pénétration transcutanée du stade larvaire infectieux émis par le mollusque vecteur. Parmi les sept espèces de schistosomes, Schistosoma haematobium est connue pour infecter seulement l’homme. S. haematobium est responsable de la bilharziose uro-génitale et du cancer de la vessie lorsque l’infection perdure. Les températures nécessaires au développement des stades larvaires dans le mollusque vecteur ainsi que l’incapacité de ce parasite à se développer dans un hôte alternatif (non humain) avaient limité l’expansion de ce parasite le cantonnant aux régions chaudes et humides, tropicales et subtropicales. Ainsi, cette maladie ne figurait même pas dans la liste des maladies parasitaires présentant un risque d'introduction en Europe. Mais à partir de 2011, en Corse, des résidents, des touristes de France continentale, d'Allemagne et d'Italie ont été infectés dans une rivière très fréquentée durant la saison estivale. La maladie a été introduite par des personnes infectées, qui ont contaminé la rivière en urinant, transmettant ainsi le parasite au mollusque vecteur, présent dans les rivières de l'île.

Les investigations moléculaires ont mené à un résultat très inattendu : en plus des formes pures de S. haematobium, la moitié des parasites recueillis auprès des patients sont le fruit d’une hybridation entre S. haematobium et S. bovis, un parasite connu pour contaminer le bétail. Ce dernier résultat complique la situation puisqu’il existe un risque d’implication de réservoirs animaux d'élevage ainsi que d’espèces de mollusques vecteurs supplémentaires susceptibles d'être utilisés par le schistosome hybride pour sa transmission. Ces derniers résultats élargissent considérablement le risque d'introduction à plusieurs pays d’Europe tels le Portugal, l'Espagne et l'Italie, où les mollusques vecteurs potentiels sont présents. De plus, le changement climatique et l'augmentation de la température dans le sud de l’Europe peut permettre au schistosome d’effectuer son cycle de vie en infectant des espèces de mollusques adaptées et dont les aires de répartition changent ; ou en s'adaptant aux espèces de mollusques présentes.

De nombreuses questions se posent maintenant, parmi lesquelles : quelle est la capacité du schistosome hybride à s'adapter aux mollusques vecteurs d'Europe du Sud ? Le schistosome peut-il survivre tout au long de l'année dans le sud de l’Europe ? Quelle est la capacité du schistosome à se propager grâce à l'adaptation à des réservoirs d'élevage ? Quelle est la virulence du schistosome hybride chez l’homme ?... Les gouvernements, les organismes de recherche ainsi que les agences de financement de la recherche doivent considérer la nécessité d'investir dans la recherche sur les maladies liées aux mollusques vecteurs. Il ne s’agit plus d'un risque d'introduction en Europe en raison de changements climatiques et globaux, l’introduction s’est produite.

 

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Références :

Schistosomiasis reaches Europe, par Jérôme Boissier, Hélène Moné, Guillaume Mitta, M Dolores Bargues, David Molyneux, Santiago Mas-Coma. publié le 22 juin dans The Lancet Infectious Diseases.

DOI: http://dx.doi.org/10.1016/S1473-3099(15)00084-5


Contact chercheur

Jérôme Boissier, Interactions Hôtes-Pathogènes-Environnements (IHPE - CNRS/Univ. Perpignan Via Domitia/Ifremer/Univ. Montpellier)

Tél. : 04 30 19 23 12
Email : boissier@univ-perp.fr

 

Contact communication

Anne Modat, Interactions Hôtes-Pathogènes-Environnements (IHPE - CNRS/Univ. Perpignan Via Domitia/Ifremer/Univ. Montpellier)

Tél. : 04 68 66 20 50
Mél. : anne.modat@univ-perp.fr


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