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En direct des laboratoires

 

17 mars 2017

L'urbanisation affecte la croissance du moineau domestique

 

Pour les organismes vivants, l’urbanisation est synonyme de multiples contraintes par rapport au milieu rural. La conséquence est une biodiversité urbaine appauvrie, même si un petit nombre d'espèces s'est adapté. Chez les oiseaux, certaines espèces inféodées au milieu urbain semblent pourtant en déclin. C’est notamment le cas du moineau domestique (Passer domesticus), dont les populations ont chuté de 64 % en Europe depuis les années 1980. Les causes restant mystérieuses, une équipe de chercheurs du CNRS, du Centre d’études biologiques de Chizé et au Muséum national d’Histoire naturelle a mené une étude pour évaluer dans quelle mesure la « qualité » des individus varie entre moineaux ruraux et urbains, en se basant sur des données concernant leurs plumes et leur morphologie. Ces données, collectées sur 30 sites de France métropolitaine par les bagueurs bénévoles du Centre de recherches sur la biologie des populations d’oiseaux, font de ce programme un bel exemple de sciences participatives. Les résultats, publiés dans la revue Landscape and Urban Planning, démontrent que les moineaux domestiques sont d’autant plus petits qu’ils vivent dans un milieu fortement urbanisé, et que la qualité du plumage des juvéniles est fortement altérée en milieu urbain.
Des études supplémentaires sont désormais nécessaires afin de déterminer quels sont les facteurs de stress liés en milieu urbain qui affectent le plus l'espèce.

 

 

 

« Notre étude constitue une première par son ampleur, se félicite Frédéric Angelier, chercheur au Centre d’études biologiques de Chizé et l'un des membres de l'étude. Grâce aux bagueurs bénévoles du Centre de recherches sur la biologie des populations d’oiseaux, nous avons pu recueillir des données sur près de six cents moineaux domestiques juvéniles et adultes capturés un peu partout en France, sur des sites bien répartis. C'est une taille d'échantillonnage très importante ! »

Le degré d'urbanisation des lieux de capture a ainsi été particulièrement variable, depuis les fermes de la campagne profonde aux centres-villes de grandes métropoles comme Paris. Cinq grands types d'habitats ont pu être déterminés selon le gradient d'urbanisation. Frédéric Angelier poursuit : « Nous avons choisi de nous focaliser sur des critères morphologiques simples, comme la qualité du plumage et la taille du corps. Cette dernière a été mesurée par la longueur de l'aile et du tarse, c'est-à-dire la patte située entre la cuisse et le pied. On sait que la taille du tarse n’évolue plus une fois que l'oiseau acquiert son indépendance, c'est pourquoi il est un bon indicateur des conditions de développement au nid. Pour les plumes, nous avons prélevé les deux rectrices de la queue afin de mesurer la qualité du plumage. Le plumage nous a également permis de connaître l'âge des individus, qui ont enfin été pesés et sexés. Bien sûr, les oiseaux ont été relâchés aussitôt. »

L'étude des critères morphologiques n'a pas révélé d'incidence de l'urbanisation sur la longueur de l'aile, ni sur l'indice de condition corporelle, où la masse de l'oiseau est corrigée par sa taille afin de déterminer son état nutritionnel et énergétique. En revanche, les chercheurs ont observé une diminution significative de la longueur du tarse chez les moineaux urbains, qu'ils soient juvéniles ou adultes. Chez les adultes, l'effet néfaste de l'urbanisation apparaît d'ailleurs plus important sur les mâles que sur les femelles, même si cela semble a priori un peu plus anecdotique.

Ensuite, l'étude des plumes a révélé que leur densité est affectée chez les juvéniles uniquement. « Chez les adultes, les plumes délivrent des informations sur les contraintes rencontrées durant la mue précédente. Chez les juvéniles, elles reflètent les conditions de vie lors du développement des poussins dans le nid, explique Frédéric Angelier. En effet, les moineaux domestiques renouvellent l'ensemble de leurs plumes en seulement quelques semaines, et ainsi la qualité du plumage est directement liée à celle de l'environnement dans lequel les individus ont mué. »

Les chercheurs n'ont par contre pas décelé de corrélation entre l'urbanisation et la présence de « fault bars », ces barres alaires translucides présentes sur les plumes et qui apparaissent quand un stress intervient lors de la mue. Des études tendent à montrer qu'elles seraient liées à un stress d'origine psychologique, et non pas nutritionnel ou énergétique. 

Il reste désormais à définir la cause de ces variations entre oiseaux urbains et ruraux : pourraient-elles simplement résulter de divergences adaptatives ? « Nous ne l'envisageons pas vraiment, confie Frédéric Angelier. Si c'était le cas, nous aurions des populations en bonne santé, or les chiffres prouvent l'inverse. À Londres par exemple, on ne voit quasiment plus un seul moineau domestique ! De plus, les adultes n'élèvent pas autant de poussins en ville qu'à la campagne. Tout porte à croire que ce sont les importantes contraintes nutritionnelles qui freinent la croissance des poussins. Une forte pénurie d'invertébrés est observée en contexte urbain, alors qu'ils fournissent l'essentiel des protéines aux poussins. Les adultes s'en sortent mieux, car leur régime alimentaire est totalement différent : ils sont granivores et peuvent donc se contenter d'une nourriture d'origine anthropique. Enfin, en ville, le périmètre de recherche de nourriture autour du nid par les parents est considérablement limité et n'excède pas le quartier. »

Pour autant, cette étude ne permet pas de savoir quelle contrainte est la plus importante en milieu urbain. « Il existe bien sûr plusieurs pistes sérieuses et aux effets cumulables : le manque de nourriture donc, mais aussi la pollution, le bruit, de nouvelles communautés de prédateurs comme les chats, voire les ondes électromagnétiques. Leur combinaison pourrait être catastrophique si elle était avérée, car les effets sur la morphologie des individus perdurent dans le temps et à terme peuvent obérer leur capacité à se reproduire et donc à survivre. Il faut désormais mener des approches expérimentales. »

Le chercheur conclut : « Cette étude, la première à l'échelle d'un territoire, permet de dégager des tendances robustes et globales sur notre continent, quels que soient le climat ou la région. D'ailleurs en général, les gens ne s'y trompent pas : ils commencent à réaliser que des espèces autrefois si communes disparaissent peu à peu de nos paysages. »

 

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Référence 

Growing in a city: Consequences on body size and plumage quality in an urban dweller, the house sparrow (Passer domesticus) par Alizée Meillère, François Brischoux, Pierre-Yves Henry, Bruno Michaud, Roger Garcin et Frédéric Angelier publié dans Landscape and Urban Planning le 12 janvier 2017
http://dx.doi.org/10.1016/j.landurbplan.2016.12.014

 

Contact chercheur

Fréderic Angelier, Centre d'études biologiques de Chizé (CEBC)
email: frederic .angelier@cebc.cnrs.fr


Contact communication

Bruno Michaud, Centre d'études biologiques de Chizé (CEBC)
email: Bruno.MICHAUD@cebc.cnrs.fr

 



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