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En direct des laboratoires

 

25 juillet 2017

Changements climatiques : la mortalité des oryctéropes menace les écosystèmes africains

 

Les oryctéropes sont des mammifères africains menacés par les changements climatiques. En collaboration avec une équipe de l’Université du Witwatersrand (Afrique du Sud), nous avons enregistré en continu la température interne et l’activité d’oryctéropes dans le Kalahari. Après un été particulièrement sec et chaud, nombreux sont retrouvés morts sur le site d’étude après avoir développé une profonde hétérothermie et inversé leur rythme d’activité (de nocturne à diurne). L’aridification des habitats semble très préjudiciable aux populations d’oryctéropes. Compte tenu de leur rôle en tant qu’ « ingénieur des écosystèmes », leur disparition est une grande menace pour la biodiversité conclut l’article publié dans Biology Letters.

 

Oryctérope du Cap (Orycteropus afer) dont l’activité, principalement nocturne, consiste à se nourrir de termites et de fourmis et a creuser de longue galeries de plusieurs mètres de long. © Benjamin Rey

 

Perché sur une branche isolée de l’arbre du vivant, quelque part entre l’éléphant et le lamantin, l’oryctérope du Cap (Orycteropus afer) est l’unique représentant actuel d’un ordre fascinant, celui des tubulidentés. Son aire de répartition s’étend à presque toute l’Afrique sub-saharienne à l’exception des déserts arides. Cependant, cette espèce nocturne, craintive et discrète demeure relativement mal connue (bien que figurant dans le répertoire de jurons du Capitaine Haddock(1)). L’oryctérope joue un rôle structurant majeur en écologie des communautés : il s’agit d’un animal fouisseur pouvant atteindre 80 kg et dont les terriers gigantesques, les galeries et les cavités qu’il creuse servent de refuge à une multitude d’espèces de mammifères, d’oiseaux et de reptiles africains. « Ces espèces exploitent les terriers pour échapper aux froid comme au chaud, pour se reproduire et pour échapper aux prédateurs » explique Benjamin Rey, membre du Laboratoire de Biométrie et de Biologie Evolutive (LBBE) de l’Université Lyon1, « sans la prodigieuse activité des oryctéropes, il n’y aurait pas ces refuges ». Avec la recrudescence des évènements climatiques extrêmes, l’oryctérope revêt donc un intérêt patrimonial pour la biodiversité dans ces régions.


L’oryctérope est classé dans la catégorie ‘Préoccupations Mineures’ par l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN), et ce, malgré l’absence de suivi populationnel et notre méconnaissance totale de sa capacité à faire face aux caprices du climat. Pourtant, la survie des oryctéropes semble bien compromise par les changements climatiques contemporains. C’est ce qu’ont montré les résultats d’un projet collaboratif entre le LBBE et l’Université de la Witwatersrand (Afrique du Sud), publiés par le journal Biology Letters de la Royal Society(2). Les chercheurs ont équipé des oryctéropes de manière chirurgicale avec des micro-enregistreurs de température, des accéléromètres et des émetteurs VHF. Ces technologies embarquées ont permis de suivre en continu l’évolution de leur physiologie et de leur comportement en absence de toute perturbation humaine en plein cœur du Kalahari. Au cours d’un été austral particulièrement chaud et sec, les oryctéropes ont montré une dégradation progressive de leur condition corporelle. Leurs rythmes d’activité se sont inversé pour leur permettre de s’alimenter de jour, tandis qu’une chute de leur température interne révélait une profonde détresse métabolique fatale à la majorité des animaux étudiés. « Nos résultats suggèrent que cette mortalité est associée, non pas à leur incapacité à résister aux fortes chaleurs, mais à l’impact de la sécheresse sur les colonies de termites et de fourmis, leur principale ressource alimentaire», argumente Benjamin Rey.

 

L’étude des tendances climatiques réalisée à partir de données satellitaires n’est pas de bon augure : «nous avons constaté une augmentation des températures moyennes pendant les mois les plus chauds ainsi qu’un renforcement très marqué de la vitesse des vents au cours des 35 dernières années » continue Benjamin Rey. « Cette combinaison de facteurs favorise les pertes évaporatives et laisse présager d’autres épisodes de forte sécheresse dans le Kalahari, notamment les années de faibles précipitations». L’aridification progressive des habitats pourrait causer l’extinction locale des oryctéropes. Compte tenu de leur rôle dans les écosystèmes africains, les conséquences d’une telle extinction sur la biodiversité africaine pourraient être dramatique : « A l’horizon 2050, l’oryctérope ne sera probablement pas la seule espèce à être rayée des guides touristiques ».


  1. Hergé G. 1950.Tintin au pays de l’or noir. Casterman, 62 pp.

  2. Rey B., Fuller A., Mitchell D., Meyer L., Hetem R. Drought-induced starvation of aardvarks in the Kalahari: an indirect effect of climate change. Biology Letters. 13:20170301.

 

 

Référence :
Drought-induced starvation of aardvarks in the Kalahari: an indirect effect of climate change. Rey B, Fuller A, Mitchell D, Meyer LCR, Hetem RS. Biol Lett. 2017 Jul;13(7). pii: 20170301. doi: 10.1098/rsbl.2017.0301.


 

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Contact chercheur :

Benjamin Rey – Laboratoire de Biométrie et Biologie évolutive (Université Claude Bernard Lyon 1 / VetAgroSup / CNRS / INRIA) : benjamin.rey@univ-lyon1.fr

 

 

 

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