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En direct des laboratoires

 

15 septembre 2017

Se plonger dans la vie sociale des requins, une affaire d'échelle spatiale

 

Dans un article publié cette semaine dans la revue Royal Society Open Science, le Dr Johann
Mourier en post-doctorat au CRIOBE, et en collaboration avec Macquarie University en Australie, a
utilisé l’approche des réseaux sociaux pour étudier les interactions sociales chez le requin de Port-
Jackson, une espèce de requin endémique de l’Australie qui forme de grandes agrégations lors de
la période de reproduction. “Un des points intéressants de cette étude est que nous avons pu
montrer pour la première fois que lors de ces rassemblements annuels, ces petits requins
benthiques montraient de fortes affinités pour certains individus ” nous confie le Dr Johann Mourier,
premier auteur de cette étude. “Les grandes agrégations lors de la période de reproduction
représentent une collection non-aléatoire d’individus. Ces requins choisissent les individus avec qui
ils préfèrent échanger”.

 

Groupe de requins Heterodontus portusjacksoni sur leur récif de reproduction - Jervis
Bay, New South Wales, Australie. (Crédit : Johann Mourier)

 

 

Les requins ne sont pas reconnus pour leurs caractères sociaux mais les chercheurs se sont
intéressés à leur vie sociale dans la région de Sydney en Australie. De nombreux animaux forment
des groupes sociaux à des degrés de complexité différents, mais étudier la socialité d’animaux
aquatiques de grande taille est indéniablement complexe car il est souvent difficile d’observer leur
comportement naturel. Le Fish Lab à Macquarie University avec qui le Dr Mourier a collaboré s’est
intéressé à cette problématique depuis plusieurs années en utilisant des marques acoustiques qui
identifient les passages des animaux équipés dans la zone de détection de récepteurs (typiquement
des hydrophones) disposés dans la Baie de Jervis au sud de Sydney où se ressemblent en nombre
les requins de Port-Jackson. En analysant leur présence sur zone, les chercheurs ont pu
déterminer quels étaient les individus qui s’associaient et quelle était la durée de ces contacts.


L’article met non seulement en avant le fait que la socialité des requins pouvait être étudiée mais
aussi que l’échelle à laquelle ces interactions doivent être mesurées est très importante si l’on veut
révéler de vraies interactions. “Il est évident que vous ne pouvez pas avoir une image plausible des
interactions sociales si vous collectez des données à une échelle spatiale trop grande.” explique
Johann. “Des interactions sociales n’ont de sens que si elles sont détectées à une petite échelle
spatiale qui dépend de l’écologie de l’espèce que vous étudiez. Le requin de Port-Jackson étant un
petit requin généralement peu actif, passant de longues heures posé sur le fond en compagnie de
ses congénères, il est donc important de mesurer ses interactions à l’échelle de quelques mètres
uniquement.”


“Malgré leur petite taille et leur mode de vie benthique, les requins de Port Jackson effectuent
d’impressionnantes migrations”, explique Culum Brown qui dirige le Fish Lab à Macquarie
University. En effet, les requins marqués durant la période de reproduction en hiver dans la Baie de
Jervis en Galle du Sud, peuvent effectuer des migrations jusqu’en Tasmanie située à plus de 1000
km au sud puis revenir la saison suivante1. “Lorsqu’ils reviennent sur leur récif de reproduction, ils le
font avec une précision incroyable. Mâles et femelles retournent exactement sur le même petit récif
pour se reproduire année après année ce qui est rare chez les requins” explique Jo Day du Zoo de
Taronga à Sydney et partenaire de l’étude. Johann Mourier qui s’intéresse depuis longtemps au
développement de la socialité chez les requins conclue d’ailleurs que “ces préférences sociales se
sont certainement établi sur le long-terme grâce au fait que ces requins se connaissent à force de
revenir sur le même site année après année”.


L’équipe de chercheurs espère que son travail contribuera à une meilleure connaissance des
comportements sociaux et des déplacements chez les requins, ainsi qu’à changer l’image
généralement négative des requins dans la société.

 

Les requins Heterodontus portusjacksoni - Port-Jackson, Jervis Bay, Australie. (Crédit :
Johann Mourier)

 

1Complement d’information : Bass N, Mourier J, Day J, Knott N, Guttridge T, Brown C (2017) Long-term migration patterns and bisexual philopatry in a benthic shark species. Marine and Freshwater Research 68(8): 1414-1421.

 

Référence :
Mourier J, Bass NC, Guttridge TL, Day J, Brown C (2017). Does detection range matter for
inferring social networks in a benthic shark using acoustic telemetry?
R. Soc. open sci. 4:
170485.

.

 

________

Contact chercheur :

Johann Mourier – Centre de recherche insulaire et observatoire de l'environnement - CRIOBE (CNRS / Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE) / Université de Perpignan Via Domitia) : johann.mourier@gmail.com

 

Contact communication :

Jeanine Almany – Centre de recherche insulaire et observatoire de l'environnement - CRIOBE (CNRS / Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE) / Université de Perpignan Via Domitia) : jeanine.almany@univ-perp.fr

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