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En direct des laboratoires

 

27 novembre 2017

Un vin vieux de 8 000 ans attesté par l’archéologie en Géorgie

 

La plus ancienne production de vin connue à ce jour a été mis en évidence en Géorgie actuelle, au début du Néolithique par un groupe de recherche multidisciplinaire en archéologie. L’analyse chimique a notamment détecté des traces de vin à l’intérieur de huit jarres en céramique datées d’environ 6000-5800 ans avant notre ère. Les débuts de la viniculture au Moyen-Orient sont ainsi reculés de 600 à 1000 ans déclare Patrick McGovern (Penn Museum in Philadelphia), auteur principal de l’article. Ces nouvelles découvertes, publiées le 13 novembre 2017 par la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences, ont impliqué des chercheurs de Géorgie, du Canada, du Danemark, d’Israël, d’Italie, des Etats-Unis et en France, de l’Institut des Sciences de l'Evolution de Montpellier et du laboratoire Amélioration génétique et adaptation des plantes méditerranéennes et tropicales.

 

Jarre néolithique du site archéologique de Khramis Didi-Gora (Photo Mindia Jalabadze, Museum National de Géorgie)

 

Des traces de vin ont été découvertes dans huit grandes jarres en céramique provenant des sites de Shulaveris Gora et Gadachrili Gora, dans la province de Kvemo Kartli, à environ 50 kms au sud de la capitale Tbilisi. Ces deux petits villages appartiennent à la culture de « Shulaveri-Shomutepe », qui s’étend vers l’Est et le Sud en Azerbaidjan et Arménie. Ils datent du Néolithique ancien (environ 6000-5000 avant notre ère).

 

La porosité et les propriétés chimiques de la céramique en font un piège idéal pour absorber les éléments organiques et en conserver la trace pendant des millénaires. L’intérieur des jarres a été analysé par la combinaison des techniques chimiques les plus précises disponibles à ce jour : spectroscopie infrarouge à transformée de Fourier (FTIR), chromatographie en phase gazeuse-spectrométrie de masse (CG-SM) et chromatographie liquide-spectrométrie de masse (CL-SM-SM). Ces dernières ont permis de détecter des marqueurs caractéristiques du raisin et du vin, l’acide tartrique et trois acides organiques associés : acide malique, acide succinique et acide citrique.

 

Cette découverte concernant le plus ancien vin connu à ce jour dans le Sud-Ouest asiatique il était important d’en valider précisément la datation. Divers échantillons végétaux à courte durée de de vie (comme du blé ou d’autres semences) ainsi que des charbons de bois, provenant de couches strictement associées aux jarres, ont été datés par le radiocarbone (spectrométrie de masse par accélérateur). L’analyse bayesienne de ces résultats permet de situer la plus ancienne phase d’occupation entre 6000 et 5800 av. notre ère et d’identifier plusieurs phases ultérieures jusqu’à 5500 av. notre ère environ.

 

L’association de l’archéologie, des datations par le radiocarbone, de l’archéobotanique, des analyses chimiques et paléoclimatologiques montre que la vigne (Vitis vinifera) pouvait pousser abondamment autour des deux sites, dans des conditions environnementales qui se rapprochaient au Néolithique ancien du climat des régions viticoles actuelles du Sud de la France et d’Italie. Des recherches archéobotaniques ont ainsi été réalisée en partie en France par l’Institut des Sciences de l'Evolution de Montpellier (ISEM - CNRS/UM/IRD/EPHE) pour retracer les pratiques d'exploitation de la vigne par l'Homme en Géorgie depuis le Néolithique. Les analyses paléoclimatologiques sont basées sur les séquences polliniques du Lac Van, en Turquie, et de la zone humide de Nariani, à proximité de la Mer noire en Géorgie.

 

Les jarres analysées pouvaient contenir jusqu’à 300 litres de vin chacune. S’agissant des types céramiques les plus communs dans les deux sites, P. McGovern considère la production de vin importante et la culture de la vigne comme fortement probable, peut-être déjà avec les techniques de multiplication végétative plus tard communément employées.


Il est intéressant de noter qu’aucune trace de résine, ni autre additif (herbes aromatiques et médicinales, miel, céréales) n’ont été identifiés dans les jarres géorgiennes alors que ces ingrédients deviendront communs à l’avenir au Proche-Orient et en Méditerranée.


Dans les cultures vinicoles le vin pénètre presque tous les aspects de la vie sociale et symbolique, de la naissance à la mort, du quotidien aux festivités les plus somptuaires. Le vin deviendra ainsi un composant essentiel des cultes religieux, des pharmacopées, cuisines, des économies et relations sociales à travers tout le Proche-Orient et la Méditerranée antiques.

 

La Géorgie actuelle est un exemple saisissant de culture vinicole plongeant ses racines dans un passé lointain. Le mode de vinification traditionnel de la Géorgie, aujourd’hui inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco, repose sur de grandes jarres (Qvevri) proches des exemplaires provenant des sites néolithiques. Les jarres modernes sont enterrées, comme celles découvertes sur le site chalcolithique arménien d’Areni (4000 ans av. notre ère).

 

 

Vignoble modern en Géorgie (Photo Laurent Bouby, ISEM-CNRS)

 

 

 

Jarres à vin (Qvevri) modernes fabriquées en Géorgie (Photo Laurent Bouby, ISEM-CNRS)

 

Référence :

McGovern P, Jalabadze M, Batiuk S, Callahan M P, Smith K E, Hall G R, Kvavadze E, Maghradze D, Rusishvili N, Bouby L, Failla O, Cola G, Mariani L, Boaretto E, Bacilieri R, This P, Wales N, Lordkipanidze D. 2017. Early Neolithic wine of Georgia in the South Caucasus. Proceedings of the National Academy of Sciences. DOI : 10.1073/pnas.1714728114

 

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Contact chercheur :

Laurent BOUBY – Institut des Sciences de l'Evolution de Montpellier - ISEM (CNRS / Université de Montpellier / IRD / EPHE) - laurent.bouby@umontpellier.fr

 

Contacts communication :

Christine Bibal - christine.bibal@univ-montp2.fr

Fadela Tamoune - fadela.tamoune@univ-montp2.fr

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