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En direct des laboratoires

 

4 avril 2018

Visibilité des femmes dans une des principales conférences internationales en biologie évolutive : des améliorations mais des problèmes demeurent

 

Une étude s’est intéressée à la visibilité des femmes lors de la conférence annuelle de la Society for Molecular Biology and Evolution (SMBE), une des principales conférences internationales en biologie évolutive, et a constaté une augmentation annuelle du nombre de présentations orales données par des femmes depuis 2001. Cependant ces dernières posent nettement moins de questions aux orateurs et oratrices que les hommes. Cette étude, publiée dans la revue Genome Biology and Evolution, appelle à réfléchir à ces différences de comportement ainsi qu’à de nouvelles mesures pour accroitre la visibilité des femmes.

 

Crédit photo : Raquel Tavares

 

Le manque de visibilité des femmes scientifiques dans la communauté est un frein connu à leur avancement de carrière, et pourrait expliquer pourquoi la proportion de femmes diminue tout au long de l’avancement dans les carrières scientifiques. Un aspect important de la visibilité des scientifiques est leur participation à des conférences internationales.


Des chercheurs•euses du CNRS, Maud Tenaillon, membre du conseil de la société savante SMBE, Jos Käfer et Gabriel Marais, ont étudié la visibilité des femmes lors de la conférence annuelle de la SMBE. Leurs résultats montrent qu’au cours des 16 dernières années, de plus en plus de femmes donnent des présentations orales, ce qui contribue à améliorer leur visibilité. L’augmentation observée pourrait être en lien avec la politique inclusive menée par la SMBE  : une attention particulière à la parité dans les invitations de spécialistes à présenter leur travail, et des mesures pratiques en faveur de la participation des femmes. Par ailleurs, aucun biais de genre n’a été constaté au cours du processus de dépôt et de sélection des orateurs et oratrices dans les conférences récentes.


Avelyne Villain, Marie Fernandez et Clémentine Vignal, professeure à Sorbonne Université ont lancé un projet sur l’étude des questions posées dans les conférences scientifiques qui est en cours. En utilisant leur protocole, J. Käfer, G. Marais, M. Tenaillon et une équipe de volontaires ont consigné les questions posées lors de deux conférences SMBE récentes (2015, 2016). Ces données ont révélés que, après les exposés oraux, les femmes posaient moins d’un tiers des questions. Cette différence entre femmes et hommes reste très significative, même après correction pour le biais de participation femmes-hommes à la conférence.

 

Cette observation est confirmée par d’autres études de cas récentes, mais ses causes ne sont pas encore comprises. Le fait que les étudiant•es, doctorant•es et post-doctorant•es, parmi lesquel•les la proportion de femmes est la plus élevée, posent moins de questions que les chercheurs•euses ayant une carrière établie pourrait expliquer une partie de cette sous-représentation. Mais des idées stéréotypées à propos du rôle des femmes dans la société et dans les sciences pourraient aussi être à l’origine de ces différences de comportement. Ce constat appelle à réfléchir à de nouvelles mesures pour promouvoir la visibilité des femmes lors des conférences.

 

La proportion des questions posées par des femmes est plus petite que la proportion des femmes présentes aux conférences. A gauche, le nombre total de personnes participant,  par genre et par catégorie. En 2016, les personnes post-doctorantes n'étaient pas distinguées des autres présentes (en poste permanent de recherche). A droite, le nombre de questions posées après les présentations orales (relevées par observation directe).

 

 

Référence :

Jos Käfer, Andrea Betancourt, Avelyne S. Villain, Marie Fernandez, Clémentine Vignal, Gabriel A.B. Marais, Maud I. Tenaillon, 2018. Progress and prospects in gender visibility at SMBE annual meetings. Genome Biology and Evolution


Contact chercheur :

Maud I. TENAILLON - Génétique quantitative et Evolution - Le Moulon (CNRS/Université Paris Sud/INRA/ Agroparistech) - maud.tenaillon@inra.fr

 

Gabriel A.B. MARAIS - Laboratoire de Biométrie et Biologie Evolutive (Univ. Lyon /Université Lyon 1/CNRS - gabriel.marais@univ-lyon1.fr

 

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