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En direct des laboratoires

 

16 mai2018

Des pesticides interdits depuis plus de 40 ans continuent d’empoisonner les oiseaux de l’Antarctique

 

Un pesticide autrefois utilisé en zone tempérée affecte le comportement territorial et réduit la fécondité d’un oiseau antarctique. C'est ce que révèle une étude du Centre d'études biologiques de Chizé (CNRS/Université La Rochelle), du laboratoire Environnements et Paléoenvironnements Océaniques et Continentaux (CNRS/Université Bordeaux), de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes et publiée dans Science of the Total Environment. Bien qu’interdits depuis longtemps, ces polluants historiques restent donc toujours une menace, y compris aux pôles.

 

Mots clés : pollution, antarctique, oiseaux marins

 

En Terre Adélie, le skua antarctique fait l’objet d’un suivi par baguage depuis les années 50. De telles données démographiques à long-terme sont indispensables pour appréhender les conséquences sur un temps long de l’exposition aux contaminants. ©Pierre Blévin CEBC-CNRS / IPEV

 

Les « douze vilains » est le nom peu flatteur donné à une catégorie de polluants organiques persistants (POP) considérés comme les contaminants les plus répandus et les plus nocifs pour l’environnement et la santé humaine. Il s’agit principalement de molécules organochlorées utilisées comme composés industriels (PCB) et d’insecticides dont le chlordane, la dieldrine, ou le tristement célèbre DDT. La Convention de Stockholm a interdit la production et l'utilisation de ces POPs très persistants et très bioaccumulables. Les problèmes liés à ces ‘polluants historiques’, interdits depuis des décennies, sont-ils derrière nous ? Visiblement ce n’est pas le cas…

En Terre Adélie, dans les Terres Australes Antarctiques Françaises, ces molécules toxiques transportées par les courants atmosphériques sont toujours bien présentes dans la faune, au point d’affecter la reproduction et le comportement de certains oiseaux marins. C'est ce que révèlent les travaux de chercheurs du Centre d'études biologiques de Chizé (CEBC, CNRS/Université de La Rochelle), du laboratoire  Environnements et Paléoenvironnements Océaniques et Continentaux (EPOC, CNRS/Université de Bordeaux) et de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE). En réalisant des prises de sang sur des skuas antarctiques, prédateurs d'œufs et de poussins de manchots, les chercheurs montrent que ces oiseaux marins longévifs accumulent des PCB, et de nombreux pesticides organochlorés. C’est le cas en particulier du Mirex qui était utilisé depuis la fin de la deuxième guerre mondiale dans le sud des Etats-Unis, en Amérique du Sud et en Australie, pour combattre certaines fourmis invasives et des termites. En couplant les concentrations sanguines de ces POPs historiques à un suivi démographique à long-terme (skuas identifiés par une bague), les chercheurs montrent que cette contamination au Mirex s’accompagne d’une baisse de la fécondité. De quelle façon ce pesticide peut réduire le succès reproducteur des skuas ? Extrêmement territoriaux, les skuas attaquent tout intrus (autres skuas, volontiers cannibales, mais aussi chercheurs un peu trop curieux !) à grand renfort de piqués vertigineux et de postures agressives destinées à dissuader toute approche des nids. Or, il s’avère que les oiseaux les plus contaminés par le Mirex sont moins agressifs et cette moindre capacité à défendre leurs œufs et leurs poussins pourraient expliquer leur plus faible succès reproducteur.

Ces résultats, publiés tout récemment dans la revue Science of the Total Environment, prévoient un déclin des populations d'oiseaux à cause de l’accumulation de ces polluants historiques au niveau des pôles. Cette étude, soutenue par l'Institut polaire français (IPEV), l'Agence nationale de la recherche (ANR) et le CNRS (Zone Atelier Antarctique), démontre donc que malgré des décennies de régulations et d’interdiction, ces pesticides organochlorés sont bien présents dans des contrées aussi lointaines que l’Antarctique et restent toujours une menace pour la biodiversité polaire.

 

Posture territoriale chez le skua antarctique en Terre Adélie, Antarctique. Le Mirex, un pesticide organochloré historique mais bien présent chez ces oiseaux, affecte leur capacité à défendre le territoire et leur fécondité à long-terme. ©Pierre Blévin CEBC-CNRS / IPEV.

 

Skua antarctique en Terre Adélie, Antarctique. Cet oiseau marin prédateur d’œufs et de poussins de manchots, est situé à un niveau trophique élevé, ce qui entraîne la bioaccumulation de nombreux contaminants. ©Pierre Blévin CEBC-CNRS / IPEV

 

Référence :

Demographic, endocrine and behavioral responses to mirex in the South polar skua, Aurélie Goutte, Alizée Meillère, Christophe Barbraud, Hélène Budzinski, Pierre Labadie, Laurent Peluhet, Henri Weimerskirch, Karine Delord, Olivier Chastel publié dans Science of the Total Environment


Contacts chercheurs :

Aurélie GOUTTE - Centre d'étude biologique de Chizé- CEBC (CNRS / Université de la Rochelle), École Pratique des Hautes Étude - EPHE - aurelie.goutte@upmc.fr

 

Olivier CHASTEL - Centre d'étude biologique de Chizé - CEBC (CNRS / Université de la Rochelle) -olivier.chastel@cebc.cnrs.fr

 

Contact communication :

Bruno MICHAUD - Centre d'étude biologique de Chizé - CEBC (CNRS / Université de la Rochelle) - T. 05 49 09 67 43 - bruno.michaud@cebc.cnrs.fr

 

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