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En direct des laboratoires

 

18 mai 2018

Il y a 8000 ans : la transmission de l’information et les réseaux sociaux au cœur de l’histoire culturelle européenne

 

Mot-clés : Evolution humaine, Archéologie, Néolithique

 

La diffusion rapide des technologies agricoles en Méditerranée occidentale il y a 8000 ans soulève des questions sur les mécanismes qui ont conduit au développement de réseaux de contacts intensifs et de larges voies de circulation établis entre les communautés néolithiques originaires du Proche-Orient qui arrivent en Europe.

 

En s’intéressant à la manière dont les communautés humaines ont affiché, transformé et transmis leurs symboles, 3 chercheurs des laboratoires de préhistoire de Bordeaux (UMR5199-PACEA), Toulouse (UMR 5608-TRACES) et de l’Université de Valladolid en Espagne, observent comment les communautés ont cherché à se différencier les unes des autres tout en maintenant un large réseau de communication.


Pour mener cette étude, les auteurs ont appliqué des méthodes de Biologie évolutive à l’étude de la culture matérielle des communautés préhistoriques. L’étude de l’évolution culturelle selon cette approche prédit que l’émergence, la persistance et la perte de traits culturels à travers le temps sont impactés par des processus de sélection, de mélange et de dérive.


En appliquant ces méthodes à une large base de données de caractères relatifs aux parures corporelles et aux techniques utilisées pour décorer les poteries, les auteurs identifient de multiples échelles d’interactions et de communications.  Ils observent également que ces traits culturels ont leur propre dynamique, subordonnée aux mécanismes de transmission mais également aux réseaux sociaux.

 

Figure : Exemple d’objets de parure et de poteries utilisés il y a 8000 ans en Méditerranée occidentale. La carte indique les zones de forte diversité culturelle (en rouge) à cette période et l’analyse NeighborNet révèle l’importance des processus de mélanges culturels entre les groupes d’agriculteurs.

(Crédit : Photos, DAO, S. Rigaud /CNRS-PACEA, Université de Bordeaux et C. Manen /CNRS-TRACES, Université Toulouse-Jean Jaurès)

 

L’utilisation de terre cuite pour façonner des poteries représente une innovation technologique associée au mode de vie agro-pastoral en Méditerranée occidentale. Les analyses montrent que les techniques de décoration des poteries marquaient les communautés à des échelles locales et ont contribué à matérialiser des frontières culturelles entre les groupes. Ces frontières reflètent peut-être les prémices de l’émergence de la notion de propriété et de contrôle des territoires en lien avec le mode de vie sédentaire. A l’inverse, la production des ornements corporels à la fois par les chasseurs-cueilleurs locaux et les agriculteurs arrivant en Europe depuis le Proche-Orient, implique des réajustements culturels distincts qui ont conduit à une variabilité des parures dans le temps et l'espace complètement différente de la variabilité des poteries. La circulation des objets de parures contribuait à tisser et maintenir des liens étendus sur le territoire et persistant à travers le temps. Cette stabilité dans les contacts a permis la circulation d’informations sociales, techniques et économiques indispensables à l’accès à de nouvelles terres arables dont certaines étaient déjà occupées par les communautés de chasseurs-cueilleurs. La préservation des messages symboliques matérialisés par les objets de parure des chasseurs-cueilleurs au sein des parures des agriculteurs a contribué au maintien de la grande stabilité des réseaux de contact à travers le temps et l'espace.

Nous concluons que la présence de chasseurs-cueilleurs européens, qui ont vu l’arrivée de ces communautés agricoles originaires du Proche-Orient et qui ont établi des contacts géographiquement discontinus mais répétés avec ces nouvelles communautés, a conditionné le développement différentiel des réseaux d’interactions.

 

En définitive, à l’heure où nos sociétés voient le développement massif des réseaux de contact virtuels, cette étude démontre l’importance de la création et du maintien des réseaux sociaux dans l’histoire évolutive de l’Homme.


 

Références :

S. Rigaud, C. Manen, I. Garcia-Martinez de Lagrán. Symbols in motion: Flexible cultural boundaries and the fast spread of the Neolithic in the western Mediterranean. (2018) PLOS ONE 13(5) : e0196488. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0196488

Une étude réalisée dans le cadre de l'ANR PROCOME (ANR-13-CULT-0001-01) - http://www.anrprocome.com/


Contact chercheur :

Solange RIGAUD – De la Préhistoire à l'Actuel : Culture, Environnement et Anthropologie – PACEA (CNRS / Université de Bordeaux) - srigaud17@gmail.com

 

Claire MANEN – Travaux et Recherches Archéologiques sur les Cultures, les Espaces et les Sociétés – TRACES (CNRS / Université Toulouse-Jean Jaurès) - Claire.manen@univ-tlse2.fr

 

Contact communication :

Isabelle ESQURIAL – PACEA (CNRS / Université de Bordeaux) - isabelle.esqurial@u-bordeaux.fr

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