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En direct des laboratoires

 

29 juin 2018

Les parasites en font voir de toutes les couleurs aux animaux

 

Prendre en compte la variabilité naturelle de coloration des animaux pourrait permettre de mieux prédire leurs réponses face aux agents pathogènes. C’est ce que révèle une étude récente menée par des chercheurs du laboratoire Evolution et Diversité Biologique (EDB, CNRS / Université Toulouse III Paul Sabatier / IRD), en collaboration avec des chercheurs de la Station d’Ecologie Théorique et Expérimentale de Moulis (SETE, CNRS / Université Toulouse III Paul Sabatier), de l’Université de McGill et de Sorbonne Universités. Ces résultats sont parus dans la revue Proceedings of the Royal Society, le 30 mai 2018.

 

Mots clés : coloration, parasitisme, changements globaux

 

Les animaux présentent souvent une incroyable diversité de coloration, cependant les causes et conséquences de cette variabilité sont encore peu explorées. La coloration des vertébrés est principalement due à deux types de pigments : les caroténoïdes, responsables des couleurs oranges du bec et des pattes des oiseaux par exemple, et la mélanine, responsable des colorations brunes et noires du pelage des mammifères ou du plumage des oiseaux (Fig 1). Il était admis depuis longtemps que la mélanine était impliquée dans le processus de camouflage et la protection contre les UV, mais son rôle dans la résistance aux parasites restait encore débattu.

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Fig 1 : Diversité de coloration mélanique chez les pigeons bisets Columba livia (a), les écureuils gris
 Sciurus carolinensis (b) et les truites farios Salmo trutta (c) ©Lisa Jacquin

 

 

En effectuant une revue exhaustive des études empiriques publiées durant les 10 dernières années chez l’ensemble des vertébrés, les auteurs suggèrent que les animaux les plus foncés ont souvent un comportement différent de leurs congénères plus clairs, et que cela pourrait affecter leur probabilité d’être exposés aux parasites. Par exemple, en étant plus actifs, plus explorateurs et plus agressifs, les individus les plus foncés pourraient être exposés à un nombre plus importants de parasites dans leur environnement que les individus plus clairs, avec des conséquences potentielles pour la prévalence de pathogènes dans les populations sauvages.
Néanmoins, les individus les plus foncés pourraient être mieux capables de réguler les infections que leurs congénères plus clairs une fois infectés. En effet, le système de synthèse de la mélanine est étroitement lié à de nombreux traits physiologiques, dont l’immunité, ce qui influencerait leur résistance aux parasites et donc la probabilité de développer des maladies. En accord avec cette hypothèse, un nombre croissant d’études empiriques ont mis en évidence que les différents morphes colorés d’une même espèce possèdent des capacités immunitaires et des charges parasitaires différentes. Les pigeons au plumage plus foncé ont par exemple une meilleure réponse immunitaire cellulaire et présentent moins de parasites de la malaria dans leur sang que les pigeons plus clairs. Cela pourrait influencer également le choix du partenaire lors de la sélection sexuelle.
Les résultats restent malgré tout variables en fonction des études. Dans certains cas les individus les plus foncés ont plus de parasites que les individus clairs, et dans d’autres cas c’est la relation inverse qui est mise en évidence. Le lien couleur/parasitisme semble en réalité fortement dépendre de l’espèce considérée et du contexte environnemental, en particulier des facteurs de stress liés aux activités anthropiques. Ainsi, les pigeons les plus foncés ont moins de parasites que les pigeons clairs, mais seulement dans les zones les plus urbaines. La pollution et la quantité de nourriture liée aux activités humaines pourrait donc affecter les coûts et bénéfices associés à l’immunité. Il est donc crucial de prendre en compte les facteurs de stress multiples dans l’environnement pour mieux prédire l’issue des interactions entre les hôtes et leurs parasites.

Dans les années à venir, les activités humaines vont fortement altérer les risques d’épidémies dans les populations animales. La prise en compte de la variabilité naturelle de coloration des animaux pourrait donc être essentielle afin de mieux prédire leurs réponses face aux pathogènes dans un contexte de changements globaux (Fig. 2).

 

Fig 2 : Liens proposés entre changements globaux, coloration mélanique et parasitisme chez les vertébrés

 

 

 

Référence :
« Melanin-based coloration and host–parasite interactions under global change », J. Côte, A. Boniface, S. Blanchet, A. P. Hendry, J. Gasparini & L. Jacquin, Proceedings of the Royal Society B, 30 mai 2018.


 

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Contact chercheures :

Jessica Côte & Lisa Jacquin, Évolution et Diversité Biologique (EDB – CNRS/Univ. Toulouse III Paul Sabatier/IRD) : lisa.jacquin@univ-tlse3.fr  

 

Contact communication :

Frédéric Magné, Évolution et Diversité Biologique (EDB – CNRS/Univ. Toulouse III Paul Sabatier/IRD) : frederic.magne@univ-tlse3.fr

 

 

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