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En direct des laboratoires

 

12 septembre 2018

Il y a 8000 ans dans le Caucase, les plus anciennes structures de gestion de l’eau face aux crues

 

Mots clés : Irrigation, Néolithique, Géomorphologie

 

Des analyses géomorphologiques ont mis en évidence les plus anciennes preuves d’infrastructures de gestion de l’eau, datées de 8000 ans, lors de la fouille du site Néolithique Géorgien de Gadachrili Gora (Caucase). Le détournement du cours d’eau par des canaux a engendré l’inondation du village Néolithique et l’abandon des infrastructures hydrauliques. Des analyses isotopiques sur des graines du site archéologique ont été entreprises pour détecter l’occurrence d’une utilisation de ces canaux pour l’irrigation.

 

 

Localisation et vue générale du site de Gadachrili Gora. Les différents sites néolithiques régionaux sont mentionnés : 1) Aruchlo (Hansen and Mirtskhulava, 2012); 2) Shulaveri Gora (Kiguradze, 1986); 3) Gadachrili Gora (Hamon et al., 2016); 4) Goy Tepe, (Guliyev and Nishiaki, 2010); 5) Mentesh Tepe (Lyonnet et al., 2016); 6) Kamil Tepe (Helwing and Aliyev, 2017); 7) Aratashen (Chataigner et al., 2014); 8) Aknashen (Badalyan et al., 2010). DAO : Vincent Ollivier, photo : T. Agapishvili

 

 

La gestion des rivières pour l’alimentation en eau est généralement connue pour avoir débuté il y a 5500 ans av JC au Proche Orient lors du développement des premières sociétés néolithiques. Dans le Caucase sud, nos travaux ont fourni des preuves de gestion de l’eau étonnamment précoces. Celles-ci ont été découvertes en Géorgie (région de Kvemo-Kartli) dans l’environnement immédiat des célèbres sites archéologiques néolithiques de Shulaveris gora, Gadachrili gora et Imiris gora. Cette région est en effet connue des archéologues pour avoir livré un grand nombre de sites de la culture néolithique de Shulaveri-Shomu (6000-5300 BC). En 2013, des travaux en géomorphologie réalisés des équipes du CNRS (LAMPEA UMR 7269, Aix Marseille Université) et du CEA (LSCE UMR 8212, Université Versailles St Quentin) sont venus alimenter les recherches archéologiques effectuées sur la fouille franco-géorgienne de Gadachrili Gora (Georgian National Museum et Trajectoires UMR 8215 Université Paris 1). Sur cette base, la constitution d’une équipe pluridisciplinaire associant des spécialistes des restes végétaux (UMR 7209 du Muséum d’Histoire Naturelle, Paris), des datations par le radiocarbone (LSCE UMR 8212, Université Versailles St Quentin) et des isotopes stables (LSCE UMR 8212, Université Versailles St Quentin) a permis une reconstitution détaillée de l’évolution des paysages et des sociétés de cette région du Caucase sous toutes ses facettes. Les principaux résultats de cette collaboration internationale ont mis en évidence 6 points majeurs :

  1. La découverte des plus vieux systèmes de gestions hydrauliques datés vers 8000 cal. BP / 5900 cal. BC.
  2. Leur mise en place dans une période de hausse de l’humidité suivant l’évènement climatique de 8200 cal. BP (refroidissement global des températures).
  3. La possibilité du développement des premières pratiques d’irrigation (analyses isotopiques sur graines) par l’utilisation de canaux détournant l’eau de rivière.
  4. L’identification du plus ancien incident de génie civil daté, la rivière détournée ayant emprunté à terme les canaux anthropiques, inondé et détruit le village néolithique. A la suite de cet évènement des changements architectoniques ont été apportés et les structures de gestion hydrauliques vraisemblablement abandonnées.
  5. La mise en relief des plus anciennes traces de déstabilisation d’un hydrosystème, la réalisation des canaux détournant la rivière ayant probablement engendré le franchissement d’un seuil dans l’équilibre de son fonctionnement et favorisé sa migration progressive vers l’Est en érodant par la suite le site.
  6. La découverte de structures du même type et de la même période dans le nord-ouest de l’Azerbaïdjan (site néolithique de Mentesh Tepe, fouille dirigée par Bertille Lyonnet, UMR 7192 PROCLAC, Collège de France.), région appartenant également au Caucase.

Ces importantes découvertes invitent à revoir ou approfondir les modèles de diffusion du développement des pratiques de gestion de l’eau au cours de la Préhistoire dans leur chronologie et leur origine géographique et sociétale. Leurs relations avec les changements climatiques du passé de même que l’impact environnemental des modes d’occupation des sols sur l’équilibre des hydrosystèmes sont également soulignés. L’étude de ces nouvelles pratiques accompagnant le développement des sociétés néolithiques à travers l’Asie et l’Europe trouve désormais un écho particulier dans les milieux rivulaires du Caucase.

 

Le site, les canaux et la stratigraphie des infrastructures de gestion de l’eau néolithiques de Gadachrili Gora (DAO et photos : Vincent Ollivier).

 

 

Référence :

Ollivier V., Fontugne M., Hamon C., Decaix A., Hatté C., Jalabadze M., 2018, Neolithic water management and flooding in the Lesser Caucasus (Georgia), Quaternary Science Reviews, vol. 197, pp. 267-287.


Contact chercheur :

Vincent OLLIVIER – Laboratoire méditerranéen de préhistoire Europe-Afrique - LAMPEA (CNRS/Université Aix-Marseille/Ministère de la Culture) - ollivier@mmsh.univ-aix.fr

 

Contact correspondante formation du LAMPEA :

Estelle HERRSCHER – Laboratoire méditerranéen de préhistoire Europe-Afrique - LAMPEA (CNRS/Université Aix-Marseille/Ministère de la Culture) - herrscher@mmsh.univ-aix.fr


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