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En direct des laboratoires

 

16 octobre 2018

Attribuer une valeur aux services écosystémiques pour mieux protéger les lagunes

 

Quelle valeur donner à la nature des territoires lagunaires de Biguglia et des étangs palavasiens ? Dans le cadre de l’Observatoire Homme Milieu – Littoral méditerranéen, une équipe de chercheurs1 a mené une enquête qualitative auprès des acteurs clés de ces territoires pour réaliser une évaluation non monétaire des services écosystémiques fournis par ces lagunes. Les résultats de cette étude publiés dans la revue Ecologial Economics font ressortir des niveaux de consensus et de divergence quant à la priorisation des services écosystémiques, qui pourraient faciliter la prise de décisions efficaces en matière de conservation et de restauration écologique. 

 

Photographie de l’Etang de Biguglia au lever du soleil en septembre 2014 (Rutger de Wit). Jeux de carte sérieux utilisé des 31 services écosystémiques et grille de tri utilisé pendant les interviews avec les acteurs de l’étang de Biguglia. Pendant l’interview, les acteurs sont demandés de trier les cartes et de les positionner sur la grille selon leur importance. (Conception et production des cartes réalisées par Carole Haerty, stagiaire M2 « Gestion de l’environnement et valorisation des ressources naturelles » à l’université de Corse (2017).

 

 

Les sites de Biguglia au Nord Est de la Corse, proche de la ville de Bastia et le site des étangs palavasiens proche de Montpellier en Occitanie sont des territoires lagunaires riches de par leur biodiversité et leurs ressources naturelles. Ils ont la particularité d’être périurbains et d’être entourés de nombreux espaces naturels, semi-naturels et agricoles. Ils sont ainsi la source de nombreux bénéfices pour les populations locales. De nombreuses activités humaines y sont très présentes, telles que des activités récréatives (découverte naturaliste, sports nautiques, etc. ) et des activités traditionnelles (pêche, chasse, ostréiculture, etc.). Cependant depuis des décennies, ces milieux sont, en raison de leur proximité des villes, fortement touchés par les impacts de la fréquentation humaine et les diverses pollutions d’origine anthropique. Ils ont besoin de mesures de conservation qui doivent être combinées avec des usages durables.

Pour aborder ces questions avec les acteurs cibles de ces territoires, de nouvelles voies de recherches de systèmes d’aide à la décision ont souligné le rôle de l’évaluation des services écosystémiques pour établir des priorités de conservation en évitant des approches de monétarisation. L’attribution de valeurs monétaires aux services écosystémiques s’avère problématique car un certain nombre de services s’y prêtent très mal. Par conséquence, ces méthodes, dites de monétarisation, sont souvent rejetées par les parties prenantes. Ce rejet ne se base pas uniquement sur ce biais méthodologique, mais parfois également sur des arguments de type éthique et sociétal.

Sur ces deux territoires lagunaires, 57 interviews ont été menés (30 sur les étangs palavasiens et 27 sur la réserve de Biguglia) pour une analyse « Q »2. Celle-ci vise à identifier les niveaux de consensus et de divergence de ces acteurs quant à la priorisation des services écosystémiques fournis par ces sites lagunaires. Les acteurs sollicités pour l’étude ont ainsi été groupés en 7 catégories : gouvernance locale, secteur privé, associations (ONG), scientifiques, public et secteurs parapublics, gestionnaires de sites et résidents locaux. La méthode d’échantillonnage utilisée ne nécessite pas un large nombre d’enquêtés. Le but n’est pas de chercher la représentativité au niveau de l’ensemble des parties prenantes. Il s’agit plutôt d’avoir une diversité de points de vue en termes de priorités de conservation des services écosystémiques.

Les résultats ont mis en évidence qu’entre les catégories des parties prenantes, il y a un fort consensus autour des services de régulations et de maintenance de ces sites naturels. Les lagunes, de par leur localisation, permettent de réguler les phénomènes naturels et de maintenir le bon fonctionnement écologique des habitats. Ainsi, les services « Nurserie et Habitat » et « Régulation des inondations et protection des terres intérieures contre les tempêtes et la salinité » sont les services considérés comme une priorité de conservation.

Trois groupes de parties prenantes, partageant le même point de vue quant à la conservation des services écosystémiques, ont été identifiés pour chaque site d’étude. Le premier groupe de parties prenantes partage une vision environnementale et hédonique. Il privilégie principalement les services de régulation et de maintenance, ainsi que les services liés aux aspects esthétiques et symboliques des sites étudiés. Par rapport aux autres groupes, ces acteurs sont principalement des agents publics et parapublics ainsi que des résidents locaux. Le second groupe est en faveur d’une approche environnementale et territoriale, généralement axée sur une vision de l'environnement considérée comme un indicateur de qualité d'un territoire. Dans ce groupe on trouve surtout les ONG et les représentants des gouvernements locaux. Enfin, la vision de la sensibilité environnementale et patrimoniale est partagée par les parties prenantes qui privilégient principalement les services de régulation et de maintenance ainsi que l'identité locale. Il n'y a pas de tendance claire au sein de ce groupe en termes de composition.

En conclusion, la méthodologie « Q » a contribué à une vision plus pluraliste des services écosystémiques et joué un rôle important pour développer une nouvelle approche de leur évaluation non monétaire en se basant seulement sur les valeurs exprimées par les parties prenantes. Cette méthodologie a évité de déclencher un réflexe de rejet par l’évocation d’une monétarisation des services écosystémiques, et pourra être utilisée comme un outil d’aide à la décision pour la conservation des écosystèmes lagunaires et leur restauration écologique.

 

Notes :

1. Centre pour la biodiversité marine, l'exploitation et la conservation ( Marbec - Univ Montpellier/CNRS/IRD/Ifremer) ; Centre d'Economie de l’Environnement  (CEE-M – CNRS/Univ Montpellier/INRA) ; Sciences Pour l'Environnement, Sciences Pour l'Environnement (S P E – CNRS/Univ Corse Pasquale Paoli) ; Aix-Marseille Sciences Economiques (AMSE – Ecole centrale Marseille/CNRS/Univ Aix-Marseille/EHESS)

2. La méthode « Q » est une approche semi-qualitative permettant une analyse systématique de la subjectivité humaine à travers des procédures de collecte de données et des méthodes statistiques rigoureuses. Se rapporter à la référence ci-après pour en savoir plus sur la méthode (pages 699 – 702) : Given, L., 2008. The SAGE Encyclopedia of Qualitative Research Methods, SAGE Publications, Inc., 2455 Teller Road, Thousand Oaks California 91320 United States. doi:10.4135/9781412963909.

 

Référence :

Sy, Mariam Maki; Rey-Valette, Hélène; Simier, Monique; Pasqualini, Vanina; Figuières, Charles; De Wit, Rutger. Identifying Consensus on Coastal Lagoons Ecosystem Services and Conservation Priorities for an Effective Decision Making: A Q Approach. Ecological Economics 154 (December 2018), 1-13 doi.org/10.1016/j.ecolecon.2018.07.018


Contact chercheur :

Rutger de Wit
Centre pour la biodiversité marine, l'exploitation et la conservation ( Marbec - Univ Montpellier/CNRS/IRD/Ifremer)
04 67 14 34 29 | rutger.de-wit@umontpellier.fr | rutger.de-wit@cnrs.fr

 

Contact communication :

Isabelle Vidal Ayouba
Centre pour la biodiversité marine, l'exploitation et la conservation ( Marbec - Univ Montpellier/CNRS/IRD/Ifremer)
04 99 573 256 | Isabelle.VIDAL-AYOUBA@ird.fr


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