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En direct des laboratoires

 

22 janvier 2019

La fragmentation des habitats est-elle nécessairement mauvaise pour la biodiversité ?

 

Mots clés : érosion de la biodiversité,  perte d’habitat 

Un consortium d’écologues (Canada, Mexique, Brésil, U.K., USA, France1, Australie) montre dans Biological Conservation pourquoi la fragmentation des habitats n’est pas nécessairement mauvaise pour la biodiversité. En effet, les impacts négatifs attendus sur la base de ce qui est observé à l’échelle des fragments ne se retrouvent pas à l’échelle du paysage. A cette échelle, l’accroissement de la diversité des habitats, la dilution des risques, les effets de complémentation entre types d’habitats, sont susceptibles de contrecarrer les effets négatifs observés à l’échelle des fragments individuels.

 

La perte de superficies de nombreux milieux naturels s’accompagne d’une forte érosion de la biodiversité abritée par ces milieux et par le morcellement de ce qui reste en fragments de taille variable.  Les années 1970 ont vu se cristalliser l’idée que cette fragmentation avait par elle-même des effets négatifs sur la biodiversité à l’échelle des paysages et que nos efforts de conservation devaient privilégier les grands fragments. Récemment une approche séparant les effets dus à la perte d’habitat de ceux liés à la fragmentation en tant que telle a pu montrer que la fragmentation per se n’avait dans la majorité des cas pas d’effets négatifs significatifs sur la biodiversité, voire des effets positifs (Fahrig, 2017). Ce résultat contraire aux idées reçues a été accueilli avec réserve (Fletcher et al. 2018). L’article publié dans Biological Conservation montre que ces réserves sont infondées et que l’idée d’un effet nécessairement négatif résultait d’un biais méthodologique qui consistait à extrapoler à l’échelle des paysages des résultats obtenus à l’échelle d’un fragment.


Ce résultat, orthogonal à ce qui était couramment admis ne doit pas, contrairement aux craintes énoncées par Fletcher at al. (2018), être interprété comme un permis de fragmenter. La perte importante de superficie des habitats naturels reste un facteur considérable d’érosion de la biodiversité. Mais, le grand mérite de ce travail est de souligner la forte valeur que gardent les fragments d’habitats restants pour la préservation de ce qui reste de cette biodiversité, et ceci quelle que soit leur taille ou le niveau de fragmentation des taches résiduelles à l’échelle du paysage. L’élément déterminant est la quantité totale d’habitat restant à cette échelle du paysage, quantité à laquelle chaque fragment apporte une contribution essentielle. Le fait qu’à l’échelle du paysage, le niveau de fragmentation a le plus souvent un impact neutre et quelquefois un effet positif pour la biodiversité, y compris pour les espèces natives ou remarquables qui ont survécu à la perte d’habitat, est lui aussi un résultat important pour la conservation. Il montre que, contrairement à la perte d’habitats, la fragmentation, en soi, n’est pas nécessairement mauvaise pour la biodiversité.

 

Pour une quantité d’habitat donnée (ici 30% dans les paysages A et B et 15% dans les paysages C et D), la fragmentation de l’habitat per se augmente avec l’accroissement du nombre de fragments dans un paysage de taille donnée. (de 3 à 12 fragments pour A versus. B, et C versus. D). A noter que la taille du paysage et la qualification de l’habitat vont être contexte et espèces focales dépendant. Différents mécanismes liés soit au fragment (F) soit au paysage (P) peuvent avoir des effets positifs ou négatifs sur les espèces. Les résultats de notre étude suggèrent qu’à l’échelle du paysage les mécanismes positifs compensent voire peuvent excéder les effets négatifs.

 

 

Vue aérienne actuelle de la même portion du plateau de Kellerberrin (sud-ouest de l’Australie), paysage dans lequel le milieu naturel d’origine (vert foncé) a été réduit à l’état de fragments par le défrichement. Les symboles verts représentent les fragments mis en réserve naturelle.

 

Note

  1. Equipe française impliquée : équipe « Dynamique des paysages et de la biodiversité » du Centre d'Écologie Fonctionnelle et Évolutive (CEFE - CNRS/Université de Montpellier/Université Paul Valéry Montpellier/EPHE/IRD) de Montpellier

Référence

Fahrig L., Arroyo-Rodríguez V., Bennett J.R., Boucher-Lalonde V., Cazetta E., Currie D.J., Eigenbrod F., Ford A.T., Harrison S.P., Jaeger J.A.G., Koper N., Martin A.E., Martin J.L., Metzger J.P., Morrison P., Rhodes J.R., Saunders D.A., Simberloff D., Smith A.C., Tischendorf L., Vellend M., Watling J.I. 2019. Is habitat fragmentation bad for biodiversity? Biological Conservation 230 : 179-186


Contact chercheur

Jean-Louis MARTIN - Centre d'Écologie Fonctionnelle et Évolutive (CEFE - CNRS/Université de Montpellier/Université Paul Valéry Montpellier/EPHE/IRD) - jean-jouis.martin@cefe.cnrs.fr

 

http://www.cnrs.fr/inee/z-outils/images/boite-outils/icones-coeur/contact.gifContact communication
Nathalie VERGNE - Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive – CEFE (CNRS / Univ. Montpellier / Univ Paul Valery Montpellier / EPHE / IRD) - T. 04 67 61 32 56 - nathalie.vergne@cefe.cnrs.fr

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