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En direct des laboratoires

 

10 octobre 2011

Qui, des mâles ou des femelles, contrôle la polyandrie ?

 

La polyandrie est une énigme évolutive. Pourquoi certaines femelles s'accouplent-elles avec plusieurs mâles ? Cèdent-elles à une forme de harcèlement sexuel ou trouvent-elles un intérêt à ces copulations multiples ? Dans une expérience originale rapportée dans les Proceedings of the Royal Society B, une équipe franco-allemande comprenant plusieurs chercheurs de l'équipe Mécanismes adaptatifs et évolution (UMR 7179 CNRS / Muséum national d’histoire naturelle) montre que, chez un petit primate de Madagascar, les femelles, loin de subir, mènent la danse.

 

Dans la plupart des espèces animales, les mâles peuvent augmenter leur nombre de descendants en multipliant les partenaires sexuels, mais ce n’est pas le cas des femelles qui ont un nombre limité d’ovocytes. Ce constat explique souvent les comportements sexuels observés dans la nature : les mâles entrent en compétition pour accéder aux femelles qui, en retour, choisissent soigneusement leur partenaire. Ce schéma traditionnel peine néanmoins à expliquer l'existence, chez de nombreuses espèces, de la polyandrie, le fait qu'une femelle s'accouple avec plusieurs mâles. Les femelles cèdent-elles au harcèlement sexuel des mâles ? Ou bien les femelles suscitent-elles des copulations multiples pour en retirer des bénéfices, comme l'assurance d'être fécondées ou la sélection du « meilleur » sperme dans leur appareil génital ?

 

Pour savoir lequel de ces deux mécanismes opère chez le microcèbe gris, un petit primate de Madagascar, les auteurs de l'étude publiée dans les Proceedings of the Royal Society B ont manipulé la masse des femelles. Certaines ont subi un régime d'un mois pour que leur masse soit inférieure à celle des mâles au moment de l'ovulation, tandis que d'autres avaient de la nourriture à volonté pour être plus lourdes que les mâles. L'idée consistait à tester la première hypothèse, à voir si les petites femelles s’accoupleraient avec plus de partenaires du fait d’une moindre aptitude de résistance aux assauts sexuels. Le contraire  s'est produit : ce sont les femelles plus grosses que les males qui ont multiplié les partenaires. Ces résultats favorisent la seconde hypothèse : la polyandrie, loin d’être le résultat d'un harcèlement sexuel des mâles, serait activement sollicitée par les femelles dans cette espèce, probablement du fait des bénéfices sélectifs associés tels que la transmission de gènes avantageux à leur descendance. Pour certaines femelles, s’accoupler avec plusieurs partenaires peut donc s’avérer plus avantageux que de choisir entre eux, ce qui suggère que les rôles des sexes sont flexibles.

 

MicrocebeBreve 1 Elise Huchard

A gauche, le microcèbe gris est un petit primate vivant à Madagascar

© Elise Huchard.

A droite, un accouplement de microcèbes gris dans la forêt de Kirindy, sur la côte ouest de Madagascar

© Manfred Eberle.

 

Référence
Convenience polyandry or convenience polygyny ? Costly sex under female control in a promiscuous primate, Proceedings of the Royal Society B, Elise Huchard, Cindy I. Canale, Chloé Le Gros, Martine Perret, Pierre-Yves Henry & Peter M. Kappeler.

 

 

Contact chercheur
Elise Huchard via Pierre-Yves Henry, Mécanismes adaptatifs et évolution, UMR 7179 CNRS-MNHN, 1 avenue du Petit Château, 91800 Brunoy. Tél. : 01-60-47-92-28. Email : henry@mnhn.fr et ehuchard@gmail.com

 

Contact communication
Isabelle Hardy, Mécanismes adaptatifs et évolution, UMR 7179 CNRS-MNHN, 1 avenue du Petit Château, 91800 Brunoy. Tél. : 01 60 47 92 30, hardy@mnhn.fr

 

 

 

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