![]() |
|||
![]() |
|||
| Accueil > Espace communication > En direct des laboratoires > Incendies et végétation sont intimement liés | |||
En direct des laboratoires
27 septembre 2010Incendies et végétation sont intimement liés : explication d’une fragilité
Dans les forêts de montagne, les incendies contrôlent la composition de la végétation à long terme, mais cette composition détermine en amont le risque de déclenchement et de propagation des incendies. Si l’intervalle entre deux feux de forêts subalpines est de moins de 150 ans, le seuil de résilience de l’écosystème paraît affecté. C’est ce que vient de démontrer une équipe de chercheurs français du Centre de Bio-Archéologie et d’Écologie (CNRS | Ecole Pratique des Hautes Etudes de Paris | Université Montpellier 2). Cette étude a été publiée le 30 août 2010 dans le périodique PLoS ONE.
A l’heure de la déprise pastorale et du réchauffement climatique s’accompagnant d’une sécheresse accrue dans le sud de l’Europe, ce travail tente de comprendre comment se reconstitue une forêt de montagne après un incendie ? Quelle est la dynamique d’apparition des espèces végétales dans le temps et leur incidence sur le risque de déclenchement de nouveaux incendies ? L’étude des charbons de bois et des restes végétaux sub-fossiles (graines, aiguilles, feuilles, organes sexuels ou bourgeons), contenus dans les sédiments des petits lacs de montagne en France et en Italie, apporte une bonne illustration de la composition passée des écosystèmes et de leur histoire de feux de forêt. Leur analyse à haute résolution temporelle renseigne sur la composition de la végétation, située à quelques mètres des petits lacs au cours des 8000 dernières années. À l’aide d’outils statistiques spécifiques aux longues séries temporelles et par modélisation, des trajectoires de dynamique de végétation ont pu être déterminées. Il apparaît que la forêt subalpine met au moins 150 ans pour cicatriser les effets de l’incendie. En premier lieu, une abondance d’espèces opportunistes comme les bouleaux, puis les landes à éricacées (myrtilles, airelles, etc.) est observée. Plus de 75 ans après le feu, apparaissent des sous-bois dominés par des herbes. Au-delà de 100 ans, le mélèze est abondant ; il a un comportement neutre sur le risque de déclenchement d’incendie. Enfin, au bout de 150 ans, le pin cembro ne semble toujours pas aussi abondant qu’avant l’incendie. Or cette essence est l’espèce dominante de l’écosystème subalpin mature. C’est également elle qui sert de combustible aux incendies. Ces résultats soulignent que les écosystèmes dominés par le pin cembro risquent de disparaître, si des feux se déclarent dans des intervalles inférieurs à 150 ans. Ils doivent être protégés prioritairement au niveau européen (Natura 2000). La conclusion de l’étude montre que si les forêts subalpines - écosystèmes à croissance lente - sont affectées par des feux tous les 150 ans et moins, elles subiront une perte de leur capacité à se renouveler à l’identique. De nouveaux écosystèmes dominés par des espèces moins emblématiques prendraient l’ascendant. Le climat à venir, plus chaud et surtout plus sec, et l’abandon des pratiques agraires de haute montagne sont de nature à favoriser une fréquence accrue de feux de végétation et à rendre périlleuse la conservation de ces forêts sensibles. La gestion durable des zones de montagne doit tenir compte de ce risque nouveau, parfaitement envisageable.
|
|||