CNRS : Centre National de la Recherche Scientifique
Liens utiles CNRSLe CNRSAnnuairesMots-Clefs du CNRSAutres sites
Accueil  Environnement et développement durable - Centre National de la recherche scientifiqueAccueil  Institut écologie et développement - Centre National de la recherche scientifique
  Accueil > Espace communication > En direct des laboratoires

sur ce site :

En direct des laboratoires

 

30 octobre 2012

Les acanthaires, « voleurs » de micro-algues dans les océans

 

L'association entre ces deux organismes du plancton se retrouve dans toutes les mers du globe, révèle une étude des chercheurs de la Station biologique de Roscoff (CNRS/Université Pierre et Marie Curie Paris 6). Toutefois elle semble se faire essentiellement au profit des premiers qui kidnappent et exploitent les secondes pour bénéficier des produits de la photosynthèse.

 

 

breve1breve2

A gauche : Un acanthaire (300 micromètres), dont on voit nettement le squelette rigide, abrite dans son cytoplasme des microalgues symbiotiques Phaeocystis (cellules jaunes). © J.Decelle/EPPO/SBRoscoff

A droite :Gros plan du cytoplasme de l'acanthaire (l'hôte) où se trouvent des microalgues Phaeocystis. Les chloroplastes, où se déroule la photosynthèse, sont colorés en rouge.  L'algue apparaît plus petite et les chloroplastes moins nombreux dans la même microalgue libre en culture (en haut à droite). La barre d'échelle représente 2 micromètres. © S.Colin/EPPO/SBRoscoff

 

 

« Cytokleptie », autrement dit, vol de cellule. C'est le terme fabriqué par Johan Decelle et ses collègues de l'équipe EPPO - Evolution du Plancton et Paléo-océans à la Station biologique de Roscoff, pour décrire l'étrange relation entre les acanthaires et les algues Phaeocystis.

 

Les acanthaires font partie des radiolaires. Ces organismes unicellulaires possèdent un squelette minéral rigide. Ils sont présents dans tous les océans, à toutes les latitudes. Quant aux Phaeocystis, ces algues unicellulaires également très répandues réalisent la photosynthèse comme les plantes terrestres pour subvenir à leurs besoins en carbone.

 

La symbiose avec des algues photosynthétiques est connue depuis le 19ème siècle. Mais ici, il fallait montrer précisément quelles espèces étaient en jeu. C'est ce qu'a fait l'équipe de la Station biologique de Roscoff, en collaboration avec des chercheurs de l'Observatoire Océanologique de Banyuls (CNRS UMR 7232, UPMC) et de l’Institut Ciencies del Mar (Barcelone), grâce à l'analyse de séquences génétiques extraites de symbioses prélevées dans sept endroits du globe. Les liens de parenté entre les micro-algues impliquées ont ainsi pu être établis. Résultat : les acanthaires apparaissent toujours associés à des Phaeocystis, lesquelles sont d'une espèce différente selon la région océanique.

 

A partir de ces liens de parenté et de datations de fossiles de radiolaires et de micro-algues proches des actuels acanthaires et Phaeocystis, l'équipe a pu déterminer que cette symbiose planétaire est apparue au Jurassique, il y a environ 150 à 200 millions d'années. « Ce résultat coïncide avec celui d'une autre étude qui montre que les océans étaient, à cette époque, très pauvres en nutriments. La symbiose avec un partenaire photosynthétique est une façon de compenser ce déficit  » souligne Johan Decelle, doctorant au laboratoire Adaptation et diversité en milieu marinà la Station biologique de Roscoff.

 

Mais s'agit-il vraiment d'une symbiose avec un apport mutuel ? Les chercheurs ont en effet constaté que lorsque les algues sont à l'intérieur de l’acanthaire, elles changent d'aspect par rapport à leur vie libre. L'hypothèse est que l'acanthaire empêcherait l'algue de se diviser, mais permettrait en revanche la multiplication de ses chloroplastes, où se déroule la photosynthèse (photo). Ainsi, l'acanthaire pourrait récupérer du carbone lorsque nécessaire en « volant » quelques cellules au sein d’immenses populations d'algues qui vivent très bien sous forme libre. Reste à démontrer les mécanismes précis de cette hypothétique « cytokleptie ».

 

 

Référence

An original mode of symbiosis in open ocean plankton, Johan Decelle, Ian Probert, Lucie Bittner, Yves Desdevises, Sébastien Colin, Colomban de Vargas, Martí Galí, Rafel Simó, Fabrice Not,  PNAS, octobre 2012

 

Contacts chercheurs

Johan Decelle, decelle@sb-roscoff.fr
Colomban de Vargas, vargas@sb-roscoff.fr;
Fabrice Not, not@sb-roscoff.fr

 

Contact communication

Marielle Guichoux, Chargée de communication Station Biologique de Roscoff, CNRS - Université Pierre et Marie Curie, Place Georges Teissier, 29680 Roscoff. Tél. 02 98 29 23 02, Mél : guichoux@sb-roscoff.fr

 

Accueil du Sitecontactimprimer Plan du sitecredits