|
En direct des laboratoires

13 mars 2008
L’étonnante adaptation d’une plante sauvage en ville
Une étude conduite en milieu urbain (1) par Pierre-Olivier Cheptou et ses collègues du Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (CNRS/Université Montpellier 2) vient de montrer que l’évolution de la dispersion des plantes se produit plus rapidement qu’on ne le pensait jusqu’alors.
Les résultats de cette étude sont publiés ce mois-ci dans la revue PNAS.
Le crépis de Nîmes (crepis sancta) est une espèce de plante sauvage parente du pissenlit qui pousse en abondance à Montpellier et souvent dans les endroits les plus improbables : dans une fracture de bitume, à la jointure d’un immeuble ou dans des parterres entourant les arbres. Elle a la particularité de produire deux types de graines : une majorité de graines plumeuses, au sommet de la fleur, pouvant se disperser par le vent et une minorité de graines plus lourdes sur les côtés, multipliant ainsi ses chances de reproduction au loin et au près.
Une espèce et un terrain de choix pour qui veut comprendre l’impact du morcellement de l’écosystème sur l’évolution d’une espèce…
Après comparaisons et analyses, les scientifiques ont tout d’abord constaté qu’en milieu urbain, les graines plumeuses ont une chance plus réduite que les grosses graines (- 55%) de trouver un habitat favorable pour faire souche.
Ils ont également observé qu’en ville, l’espèce a tendance à produire chaque année un plus grand nombre de grosses graines que dans les champs. Une modification génétique que les chercheurs ont réussi pour la première fois à quantifier : + 4 %, ce qui correspond à une douzaine d'années d'évolution seulement, en milieu urbain.
Ainsi, en réponse à la fragmentation de son habitat dû à une urbanisation croissante, la plante a rapidement privilégié pour sa survie la proximité plutôt que la dissémination, qui s’avèrerait peu productive.
Une stratégie d’adaptation qui pourrait venir éclairer l’évolution d’autres espèces végétales dans tout écosystème victime de morcellement, du fait de l’urbanisation ou de la déforestation notamment.

Les deux types de graines produites par le crépis de Nîmes (Crepis sancta - Asteraceae) : en haut, les lourdes qui tombent à son pied ; en bas, les légères qui sont disséminées par le vent.
© Eric Imbert / Université Montpellier 2
Références :
(1) P.-O. Cheptou et al., PNAS 2008 ; 105 : 3796-3799
Contact chercheur :
Pierre-Olivier Cheptou
Centre d'Ecologie Fonctionnelle et Evolutive, UMR 5175
Site du CEFE
Contact Communication :
Karine Baligand
Département Environnement et développement durable (EDD) du CNRS
|