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En direct des laboratoires

 

30 juillet 2009

La loi du marché n’est pas l’apanage des sociétés humaines

Les primates utilisent généralement le toilettage comme monnaie d’échange afin d’obtenir une grande variété de services : être toilettés à leur tour, soutien lors de conflits, accès à un nouveau-né ou à un partenaire sexuel, etc. Si de prime abord le toilettage semble être une activité sociale et hygiénique plutôt récréative, il entraîne des coûts certains pour des animaux sauvages : diminution de la vigilance et du temps de fourragement, notamment. Ainsi, ces derniers ne toilettent un partenaire que le juste temps nécessaire.

Grâce à l’étude de deux groupes sauvages de vervets (ou singes verts) évoluant dans la réserve naturelle de Loskop en Afrique du Sud, une équipe de chercheurs associant l’Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (CNRS/Université Louis Pasteur de Strasbourg) a démontré que le toilettage fonctionne comme un marché biologique gouverné par la loi de l’offre et de la demande : la quantité de toilettage qu’un individu est prêt à donné en échange d’un service dépend de sa rareté ou de son abondance.

A l’aide de boîtes à ouverture à distance remplies de morceaux de pommes, les scientifiques ont constitué un marché artificiel en deux étapes. Premièrement, ils ont créé une situation de monopole : dans chaque groupe, une seule et même femelle subordonnée donnait accès aux pommes contenues dans la boîte en venant toucher le couvercle. Lors d’une phase d’observation préalable, les chercheurs avaient constaté que l’échange de toilettage chez les vervets est asymétrique (un des partenaires toilette plus longtemps que l’autre) et toujours à l’avantage de l’animal le plus dominant. En revanche, dès lors que la femelle subordonnée a eu le pouvoir d’ouvrir la boite et offrir ainsi une grande source de nourriture au reste du groupe, son statut a changé : l’échange de toilettage est devenu à son avantage. Dans un second temps, les scientifiques ont introduit un élément de compétition : dans chaque groupe, une seconde femelle subordonnée pouvait, simultanément à la première, donner accès à de la nourriture contenue dans une seconde boîte. Chaque groupe s’est alors adapté à ce duopole en réduisant quasiment de moitié le temps de toilettage alloué à la première femelle et en augmentant la quantité de toilettage donné à la seconde.

En suivant la loi de l’offre et de la demande de manière quasi instantanée, les vervets ont montré que chaque échange de toilettage permet de négocier le juste prix d’un service et que l’effet de marché est non seulement une réalité chez les primates mais fait partie intégrante de leur répertoire comportemental.

 

Groupe de Chlorocebus aethiops (vervets ou singes verts),
Réserve naturelle de Loskop, Afrique du Sud.

© Ronald Noë

 

Références :

Fruteau, C., Voelkl, B., van Damme, E. & Noë, R. Supply and demand determine the market value of food providers in wild vervet monkeys. PNAS July 21, 2009 vol. 106 no. 29 12007-12012 (doi:10.1073/pnas.0812280106)

 

Contacts chercheurs :

Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC), UMR 7178
Ethologie des Primates
Dept. Ecologie, Physiologie et Ethologie

Cécile Fruteau

Ronald Noë

Consulter la page de Ronal Noë sur le site de l'IPHC

 

Contact Communication :

Karine Baligand

Institut écologie et environnement (INEE) du CNRS

 

 

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