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En direct des laboratoires

 

18 avril 2013

Comment expliquer les variations de l’organisation sociale au sein d’une même espèce ?

 

Il y a peu, on croyait encore que chaque espèce animale disposait d’une organisation sociale spécifique invariable – monogamie, polygamie, vie de groupe ou plus solitaire, etc… On sait désormais que ce système n’est pas figé : des variations sont possibles au sein d’une même espèce. Pour la première fois, Carsten Schradin, chercheur CNRS au Département d'écologie, physiologie et éthologie de l’Institut pluridisciplinaire Hubert Curien de Strasbourg (CNRS/Université de Strasbourg), a tenté de déterminer les causes de ces variations. Il les expose dans un article paru dans Philosophical Transactions of the Royal Society B.

 

Les jeunes souris rayées d’Afrique du sud qui grandissent dans une famille peuvent tout à fait devenir solitaires à l’âge adulte © G. Schmohl

 

Certaines espèces animales présentent un mode de vie social ou solitaire, d’autres sont monogames ou polygames... « Mais cette organisation peut varier dans le temps ou dans l’espace » indique Carsten Schradin, qui a pu notamment constater l’existence d’une plasticité dans les modes de vie chez les singes du Nouveau monde et la souris rayée d’Afrique du sud (Rhabdomys pumilio) qu’il étudie actuellement. En se basant sur ses propres travaux et sur la littérature scientifique traitant de l’organisation sociale, le chercheur a identifié quatre raisons majeures à ces différences d’organisation.


Première cause : la variation génétique entre populations. En vivant dans des environnements différents - avec par exemple une nourriture plus ou moins abondante - des populations d’une même espèce peuvent avoir divergé génétiquement. Une variabilité qui pourrait notamment expliquer les différences de comportement social entre les campagnols des prairies du Kansas (un mâle pour deux femelles) et de  l’Illinois (couple monogame). Deuxième cause : la plasticité au cours du développement précoce. L’environnement dans lequel il grandit peut modifier sur le long terme le comportement du futur individu adulte. On sait par exemple que les souris domestiques mâles deviennent de meilleurs pères lorsqu’elles sont élevées au sein de grands groupes familiaux… Troisième cause : la flexibilité sociale, qui permet aux individus adultes de modifier leur comportement en fonction des conditions rencontrées. Ainsi, la souris rayée peut passer d’un mode de vie en groupe à un mode de vie plus solitaire durant la période de reproduction, si la compétition pour la nourriture est forte. Enfin, dernière raison évoquée : des  événements aléatoires, comme la mort d’un partenaire par exemple, qui peuvent expliquer le réarrangement d’un groupe social.


« Avec le changement climatique et les impacts liés à l’activité humaine notamment, les animaux sont confrontés à des transformations rapides de leurs milieux naturels. En étudiant plus finement les mécanismes qui sous-tendent leurs organisations sociales, des politiques de conservation plus adaptées pourront être mises en place », indique Carsten Schradin.

 

Références

Intraspecific variation in social organization by genetic variation, developmental plasticity, social flexibility or entirely extrinsic factors article publié dans Philosophical Transactions of the Royal Society B. le 8 avril par Carsten Schradin.

 

Contact chercheur

Carsten SCHRADIN, chercheur CNRS au Département d'écologie, physiologie et éthologie de l’Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC) de Strasbourg, CNRS/Université de Strasbourg,  carsten.schradin@iphc.cnrs.fr, Tél. : 03 88 10 69 19

 

Contact presse

Odile PETIT, responsable du Département d'écologie, physiologie et éthologie de l’Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC), odile.petit@iphc.cnrs.fr, Tél. : 03 88 10 69 23


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