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Accès aux revues scientifiques et Open Access

28 février 2013

open access , revues scientifiques , editeurs

De l’enquête dans les laboratoires de l’INP sur l’accès aux revues scientifiques aux réflexions actuelles sur l’open access.

L’Institut de physique s’est interrogé sur la pertinence de créer un portail spécialisé dans l’accès aux revues utilisées par les chercheurs travaillant dans ses laboratoires, sur le modèle de ceux qui existent déjà pour la biologie (Bibliovie), la chimie (Titanesciences) ou les SHS (BiblioSHS). Il a donc mené une enquête. Ainsi, près de 800 chercheurs et enseignants-chercheurs travaillant dans les laboratoires de l’INP, ont été invités à indiquer la liste des revues qui les intéressaient et auxquelles ils n’avaient pas accès et donc à ne se manifester que dans le cas où ils rencontraient des difficultés d’accès à ces revues. Pablo Jensen, chargé de mission IST à l’INP, a reçu 120 réponses, dont beaucoup émanaient de "portes-parole" de laboratoires.

Deux points essentiels sont à retenir de cette étude :
- Le recensement fait état d’une quarantaine de revues jugées utiles mais non accessibles : notamment la série des Nature : Nature Physics, Nature Photonics... ainsi que de nombreuses revues plus spécialisées (High Pressure Research, MRS Bulletin, Optics Letters...)
- L’idée d’un portail spécifique INP n’est pas plébiscitée : cette solution ne résoudrait pas les problèmes de nombreux laboratoires à la frontière de différents instituts, et qui plaident pour un portail interdisciplinaire. Seul un tel portail permettrait l’accès à des revues utilisées par des chercheurs INP mais aussi à la frontière de la physique et la chimie (ACS Nano...), de l’électronique (série des IEEE), voire des SHS (Transportation Science).

Cependant, concernant ces portails interdisciplinaires, il faut savoir qu’ouvrir, par exemple,l’accès aux portails de chimie / biologie aux chercheurs des autres disciplines représenterait un surcoût car les abonnements sont payés au nombre de chercheurs ayant l’accès formellement, même s’ils ne les utilisent pas. On pourrait imaginer payer chaque accès à un document, mais le budget serait alors difficile à maîtriser.

Au niveau du CNRS, aujourd’hui, l’accès à de nombreuses revues est possible grâce aux abonnements pris collectivement au niveau de l’institution, ainsi que par des abonnements pris localement par des établissements. Les coûts sont très élevés et en augmentation constante, alors que les budgets de la recherche sont contraints. Ainsi, l’ensemble recherche enseignement supérieur français (ESR) dépense environ 35 M€ pour les revues de l’éditeur Elsevier. Des négociations d’abonnements ont lieu avec des éditeurs à peu près en permanence. En général, elles sont menées conjointement par le consortium Couperin, qui regroupe les bibliothèques universitaires et les établissements de recherche. Une refondation de Couperin est en cours, qui vise à réunir tous les établissements de l’ESR en vue d’établir un négociateur unique.

Plus généralement, on peut constater que l’origine du problème d’accès aux revues se trouve dans les coûts explosifs des publications qui pèsent de plus en plus sur les budgets des organismes, des bibliothèques et des laboratoires. La question se pose donc de savoir si le modèle économique actuel, basé sur la souscription, est toujours le modèle qui nous convient le mieux. Avec un budget estimé à 150 M€ consacré aux publications en France, et avec quelque 350.000 articles scientifiques publiés par la France en 4 ans, on estime le prix d’un article à 1700 €.

Des pistes sont explorées : la "voie dorée" et les "épis-revues".

Dans le modèle « open access gold », l’article serait financé en amont (par l’organisme, l’auteur, …) pour ensuite être en libre accès sur internet. Les prix négociés par le projet « doré » SCOAP3, porté par le CERN et qui implique surtout l’IN2P3 au CNRS, sont de l’ordre de 1500 €. L’INSU, de son côté, a tout récemment conclu un accord avec l’éditeur Copernicus avec des prix qui sont de l’ordre de 600 €. Au-delà de l’accès ouvert à toutes les publications dont la recherche a été financée sur des crédits publics, réclamé par la commission européenne, la "voie dorée" offre de nombreux autres avantages comme l’absence du transfert du copyright, et consiste en un outil puissant pour échapper aux grands bouquets de revues qui sont imposés par les grands éditeurs scientifiques. Ce modèle répondra peut-être aux besoins actuels de la communauté avec l’avantage de pouvoir enrayer les hausses des prix.

Une autre piste, explorée actuellement par la communauté des mathématiciens, consisterait à développer des "épi-revues", éditées par des collectifs de chercheurs sur leur temps de travail, ce qui évite des coûts d’éditeur. Il s’agit de revues électroniques en libre accès, alimentées par les articles déposés dans les archives ouvertes telles que HAL ou ArXiv, et non publiés par ailleurs. Les comités éditoriaux des épi-revues organisent l’activité d’évaluation et de discussion scientifique des prépublications soumises ou sélectionnées. A terme, on pourrait imaginer se passer de ce travail de sélection éditoriale, en construisant des systèmes d’évaluation à posteriori des articles déposés sans filtrage. Cette évaluation se ferait grâce aux commentaires déposés par la communauté des chercheurs et des systèmes de recommandation automatiques, comme il en existe sur les réseaux sociaux. Pour cela, il faudrait que ce travail de commentaire d’articles déposés soit massif, et donc reconnu par les évaluateurs, au même titre que le travail de referee dans les revues classiques.

Contacts à l’INP :
Pablo Jensen, chargé de mission IST
Bart Van Tiggelen, directeur adjoint scientifique

PDF - 3.6 Mo

Présentation de Bart Van Tiggelen devant l’Académie des Sciences en juin 2012 : "La voie dorée : un nouveau défi pour les publications scientifiques".

En savoir plus :
- Le site de la DIST, direction de l’information scientifique et technique du CNRS.

- Consulter le site des conférences "Généraliser l’accès ouvert aux résultats de la recherche" organisées par Couperin les 24 et 25 janvier 2013.
- Discours prononcé par la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche dans ce cadre.

- Liste de diffusion mise en place par le GIP Renater, qui permettra de partager veille, avis, questions et encouragements sur la question de l’accès ouvert, qu’il soit “green”, “gold” ou autre. Libre d’accès.

- Le blog du CCSD : Episciences : de quoi s’agit-il ?

- L’article paru dans Le Monde : A qui appartient le savoir ?