Accueil du site > Vie de la recherche > Prix et distinctions




Recherchez sur ce site


Jean-Pierre Nozières, virtuose de la spintronique

18 juillet 2017

Ins. Néel - UPR 2940

Jeudi 15 juin, Jean-Pierre Nozières a reçu la médaille de l’innovation avec Jean-Marie Tarascon, Jamal Tazi et Raphaèle Herbin, lors d’une cérémonie à la Maison des océans, à Paris. Ce prix décerné par le CNRS récompense des recherches ayant conduit à une innovation marquante dans les domaines technologique, thérapeutique ou social.

Incarnant la synthèse entre recherche fondamentale et application immédiate, Jean-Pierre Nozières est aujourd’hui un entrepreneur accompli. Ce physicien de formation est le fondateur du laboratoire Spintec et de quatre start-up, dont les deux dernières ont moins d’un an. Pourtant, rien ne le prédestinait à une telle carrière. C’est par le hasard d’une rencontre qu’il entre dans le milieu de la recherche en 1987. Au sein du laboratoire Louis-Néel, il réalise une thèse sur le développement d’un procédé de fabrication d’aimants permanents à haute performance, en collaboration avec une PME de Savoie. Il rejoint ensuite le centre de recherches d’IBM à San José (États-Unis), puis l’entreprise Applied Magnetics à Santa Barbara – « ma première expérience du champ de bataille qu’est la production en volume » – où il travaille sur les têtes de lecture magnéto-résistives pour les disques durs d’ordinateurs. Revenu en France au laboratoire Louis-Néel, il conduit des recherches sur l’enregistrement magnétique et le nanomagnétisme, puis s’oriente vers les mémoires magnétiques à accès aléatoire (MRAM).


JPEG - 212.3 ko
Jean-Pierre Nozières (au centre), au laboratoire Spintec, à Grenoble, le 4 mai 2017. © F.PLAS/CNRS PHOTOTHEQUE


Début 2000, il fait un constat déterminant : « Alors qu’une grande majorité des découvertes en spintronique provenait de chercheurs français, aucun des bénéfices industriels n’était réalisé sur le territoire. » Qu’à cela ne tienne : avec Bernard Dieny du CEA Grenoble, Jean-Pierre Nozières décide de fonder, en 2002, le laboratoire Spintec, dont il prend la direction. « L’idée était de réunir au sein du même laboratoire, de façon encore assez inédite en France, des chercheurs académiques, des technologues et des ingénieurs de l’industrie, pour créer des passerelles et accélérer le transfert technologique. » Très rapidement naît une première start-up, Crocus Technology, pour industrialiser la technologie MRAM alors développée au laboratoire. Jean-Pierre Nozières rejoint l’entreprise et en accompagne le développement pendant cinq ans, avant de reprendre la direction de Spintec en 2011.

Mais celui qui se définit volontiers comme un « essuie-glace, oscillant entre public et privé » n’en reste pas là. En 2014, il fonde sa seconde jeune pousse, eVaderis, avec une équipe de jeunes ingénieurs. La start-up conçoit des blocs de mémoire et des circuits à ultra-basse consommation pour l’Internet des objets. Suit, fin 2016, Antaïos, qu’il crée avec Gilles Gaudin, chercheur à Spintec, et qui développe une technologie de MRAM ultrarapides pour les processeurs de calcul. Et enfin Hprobe, une société créée en 2017 avec Laurent Lebrun, ancien chef d’entreprise, en vue d’offrir un équipement de contrôle en ligne pour la fabrication des MRAM.

« Chaque création de start-up part d’une idée, d’une vision. Le challenge consiste ensuite à la pousser plus loin, à convaincre les autres – parfois les inventeurs eux-mêmes – de son bien-fondé et à la faire aboutir. C’est très motivant. Créer de l’emploi est aussi gratifiant. »

Aujourd’hui, cet ancien chercheur a quitté la paillasse. Il assure la direction d’Antaïos, préside le conseil d’administration de Hprobe et prête son conseil scientifique à eVaderis. « Comme un parent avec ses enfants, je souhaite que ces start-up croissent, s’enracinent dans le paysage et vivent une belle et longue vie. Avant, peut-être, la prochaine aventure ! »



Lire la totalité de l’article sur le site de CNRS le journal.