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Jean-Julien Aucouturier : « Ce qui restera de mon projet, ce sont les jeunes chercheurs formés »

Point de vue sur l’aventure ERC de Jean-Julien Aucouturier, chargé de recherche au sein du laboratoire Sciences et Technologies de la Musique et du Son (STMS - CNRS/Ircam/Ministère de la culture et de la communication/Université Pierre et Marie Curie), lauréat d’une bourse ERC Starting Grant en 2013.

Mon projet ERC (2014-2019) vise à développer l’apport des technologies du traitement du signal sonore (parole et musique) pour l’expérimentation en psychologie/neurosciences cognitives – plus précisément pour comprendre comment la voix et la musique créent des émotions. En un peu plus de 2 ans, grâce à la constitution d’une équipe "qui tourne" (2 doctorants, 2 postdoctorants et 1 ingénieur de recherche) et à l’acquisition dès la première année du projet de notre propre matériel d’expérimentation, nous avons déjà eu plusieurs résultats marquants tant au niveau fondamental (un article PNAS en janvier 2016) que technologique (un brevet déposé en février 2017).

Je me souviens de ce que m’avait dit un de mes mentors, la professeure de linguistique Elisabeth Lhote (Université de Franche Comté à Besançon), quand je lui avais annoncé la sélection de mon projet par l’ERC. À ma grande surprise, elle ne m’avait parlé ni de science ni de carrière personnelle, mais de responsabilité envers la société. "Voilà une institution publique", avait-elle résumé, "qui te confie une importante somme d’argent pour donner l’opportunité à de jeunes scientifiques de se former à la recherche en participant à ton projet, et c’est maintenant à toi de faire en sorte qu’ils aient pour cela les conditions optimales". Cette vision m’avait à l’époque semblé à contre-pied complet du contexte de sélection de l’ERC, bienveillant certes, mais centré sur les idées, l’expérience - certains diraient sur l’égo - d’une seule personne.

Aujourd’hui à mi-parcours du projet, je comprends pleinement ce qu’elle avait voulu dire : dans un contexte de financement scientifique où les crédits récurrents des laboratoires sont en proportion minime, où les financements sur projets durent de 1 à 3 ans et sont conditionnés par un cahier des charges scientifique et applicatif de plus en plus pré-déterminé, qui d’autres que nous, lauréats ERC, ont aujourd’hui la liberté d’accompagner un doctorant ou un postdoctorant sur 4 ans ou plus, de donner leur chance à des profils interdisciplinaires, atypiques ou traditionnellement défavorisés, ou de financer des formations aux chercheurs de nos équipes ? Qui ont de meilleures conditions que nous pour encourager aussi toutes ces pratiques souvent vantées mais rarement réalisées faute de temps : répliquer nos expériences avant de les publier, mettre en forme notre code ou nos données pour les partager avec nos pairs, prendre le temps enfin de vulgariser nos résultats et d’en expliquer l’importance ?

L’ERC est bien entendu une formidable machine à résultats scientifiques. Mais outre nos articles, nos brevets ou nos découvertes, j’aime à penser que le principal impact de nos projets, ce qui restera après eux, ce sont d’abord les étudiants et jeunes chercheurs qu’ils auront permis de former et d’accompagner, et les bonnes pratiques scientifiques et humaines qu’ils auront permis de mettre en œuvre - une forme d’utopie qu’il nous appartient de faire perdurer, dans l’esprit sinon dans les moyens, une fois le projet terminé.

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