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Iordanis Kerenidis : « L’expérience ERC est la plus enrichissante de ma carrière »

Point de vue sur l’aventure ERC d’Iordanis Kerenidis, directeur de recherche au sein de l’Institut de Recherche en Informatique Fondamentale (IRIF - CNRS/Université Paris-Diderot), lauréat d’une bourse ERC Starting Grant en 2012.

Mon projet ERC a commencé en 2013 et va finir en avril 2018. Il porte sur la communication et la cryptographie quantique, un sujet qui a le potentiel de révolutionner la science et notre vie quotidienne.
D’un côté, un adversaire quantique peut casser tous les systèmes de sécurité qu’on emploie aujourd’hui, par exemple le système de paiement en ligne ou le chiffrement des e-mails. C’est pour cette raison que la National Security Agency des États-Unis (NSA), le National Institute of Standards and Technology (NIST) et l’European Telecommunications Standards Institute (ETSI) ont décidé de commencer la procédure de changement de leurs systèmes de sécurité avec des systèmes « quantum-safe ». En France, nous avons monté à cette occasion le grand projet RISQ (Regroupement de l’Industrie française pour la Sécurité Post – Quantique) financé par BPIFrance qui regroupe les industriels français ainsi que les académiques qui travaillent sur la cryptographie classique et quantique.
D’un autre côté, l’information et la communication quantiques peuvent contribuer à construire des protocoles cryptographiques qui sont inconditionnellement sûrs. Dans le cadre de mon projet ERC, nous avons analysé et démontré pour la première fois un protocole quantique pour le tirage à pile ou face (Nature Communications, 2014) et pour la vérification des états intriqués (Nature Communications, 2016). Notre but est de continuer nos recherches avec nos partenaires européens sur la conception de l’internet quantique, efficace et sûr. Dernièrement, nous avons aussi mené des recherches sur l’apprentissage quantique. Plus précisément, nous avons montré qu’un ordinateur quantique peut résoudre le fameux « challenge de Netflix », c’est-à-dire faire une recommandation à un client d’un produit qu’il apprécie beaucoup, de façon exponentiellement plus efficace qu’avec un ordinateur classique. Sur cette thématique nous collaborons aussi avec l’entreprise ATOS.

Sur le plan personnel, l’expérience ERC est la plus enrichissante de ma carrière. Elle m’a donné la possibilité de créer mon équipe avec plusieurs doctorants et post-doctorants, mais aussi de fonder et diriger la fédération de recherche Paris Centre for Quantum Computing (PCQC), qui regroupe plus de 20 chercheurs permanents d’institutions différentes en région parisienne. Cela nous a donné beaucoup de visibilité au niveau national et surtout international. Cela nous a également aidé à construire des liens scientifiques plus étroits avec des organismes de recherche en Europe et à l’international, y compris avec les Pays-Bas, les États-Unis, le Canada, le Japon ou Singapour.
Il n’est pas toujours facile de jongler entre cinq thésards et la direction du PCQC, mais je suis extrêmement heureux de pouvoir mener ma recherche dans l’Union Européenne avec l’aide d’une bourse ERC, particulièrement au moment où l’Union Européenne a pris la décision stratégique de monter un Flagship sur les technologies quantiques d’un billion d’euros de financement. C’est une période passionnante pour l’informatique quantique, et la liberté de poursuivre mes recherches ainsi que le sens des responsabilités que l’ERC m’a offert sont inestimables.

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