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Antoine Joux reçoit le prix Gödel pour son modèle en cryptographie

Antoine Joux, chercheur au PRISM (UVSQ/CNRS), s’est vu décerner avec deux autres scientifiques américains le prix Gödel, le 3 juin 2013 lors de l’ACM Symposium on the Theory of Computing, à Palo-Alto (Californie). Antoine Joux a élaboré un système de calcul innovant dans le domaine de la cryptographie basé sur le couplage.

Antoine Joux est né en 1967. Après des études à l’Ecole Polytechnique, il choisit de travailler en cryptographie et prépare une thèse avec Jacques Stern à l’Ecole normale supérieure. Il est actuellement ingénieur en chef de l’armement et professeur associé à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines et membre du laboratoire PRISM (Parallélisme, réseaux, systèmes, modélisation), une unité mixte à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines et au CNRS.

La cryptographie est un domaine à l’interface entre mathématiques et informatique, qui vise à élaborer la plupart des outils et des méthodes qui sous-tendent la sécurité informatique et, par exemple, les problèmes liés à la sécurisation des données et des transactions sur Internet. C’est une science, qui manie des concepts théoriques pointus, liés aux mathématiques pures (théorie des nombres) comme à l’informatique théorique (complexité, théorie de l’information). Mais ces concepts se matérialisent aussi rapidement, avec une constante de temps très courte, en des objets ou des protocoles qui influencent directement notre vie quotidienne (carte à puce, monnaie électronique, vote électronique). Il y a en cryptographie deux approches principales : la cryptographie à clé secrète dite aussi symétrique, et la cryptographie à clé publique dite asymétrique. Il y a aussi deux manières de progresser en cryptographie, selon que l’on cherche à créer des dispositifs adéquats ou à ’’casser’’ les dispositifs proposés par d’autres, en montrant qu’ils ne sont pas ’’sûrs’’.

Antoine Joux est de ce point de vue un cryptographe universel : auteur de nouvelles approches conceptuelles, il s’intéresse également à les concrétiser dans des protocoles efficaces ; il travaille en clé secrète comme en clé publique ; il crée mais il "casse" aussi.

L’invention pour laquelle Antoine est récompensé aujourd’hui par ce prix Gödel relève de la cryptographie asymétrique, qui utilise en particulier de nombreux objets de la théorie des nombres en les détournant de leur utilisation classique. Les courbes elliptiques sont ainsi devenues depuis vingt ans un outil cryptographique très utilisé. On s’est en effet rendu compte que ces courbes étaient très souples, efficaces et qu’elles permettaient d’élaborer de nombreux protocoles assez sophistiqués. Mais c’est Antoine Joux qui a remarqué le premier que l’on pouvait utiliser sur ces courbes une opération bien connue des mathématiciens : le couplage (pairing en anglais) qui était inconnu des crytographes. C’est une opération ’’bilinéaire", et Antoine a pressenti que c’était précisément de cette propriété mathématique dont la cryptographie avait besoin pour élaborer de nouveaux protocoles aux fonctionnalités multiples essentielles dans les nouvelles applications "sociétales" comme la monnaie électronique et le vote électronique.

Antoine Joux a montré, dans l’article pour lequel il est récompensé, que le couplage, détourné de son utilisation première, permettait de faire un échange direct de clé entre trois entités. Puis Dan Boneh et Matthew Franklin ont compris que cet outil avait d’autres applications essentielles en cryptographie, et qu’il permettait de faire de la cryptographie "basé sur l’identité’’, répondant ainsi à une question ouverte depuis plus de vingt ans. Ce sont ces trois scientifiques qui sont récompensés cette année par le prix Gödel.

Le prix Gödel, nommé ainsi en l’honneur du logicien Kurt Gödel, a été créé en 1992 par l’European Association for Theoretical Computer Science (EATCS) et le Pôle Algorithmique et Informatique théorique de l’ACM (SIGACT) de l’Association for Computing Machinery (ACM) pour honorer des travaux remarquables d’informatique théorique. Antoine Joux est le deuxième chercheur français à remporter le prix Gödel, après Géraud Sénizergues en 2002.

Communiqué de presse (PDF, 1.2 Mo)