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Parutions
La mélanopsine, un photopigment high tech !
Chez l’homme, la mélanopsine est un pigment sensible à la lumière, présent dans des cellules spécialisées de la rétine, qui régule les fonctions non visuelles comme la synchronisation du cycle circadien ou la constriction de la pupille. L’équipe Photoréception et Chronobiologie (Inserm U846, Bron) dirigée par Howard Michael Cooper, directeur de recherche au CNRS, vient de montrer que la mélanopsine présente in vivo des propriétés remarquables qui lui permettent notamment de maintenir une réponse constante face à une exposition lumineuse constante et même de jouer le rôle d’une mémoire photique. Ces travaux publiés le 24 juin 2009 dans la revue PLoS ONE ouvrent des perspectives dans le traitement des troubles des rythmes biologiques ainsi que dans le traitement de certaines formes de cécité.
La vision est rendue possible grâce à deux types de cellules réceptrices de lumière de la rétine. Les cônes sont responsables de la vision de jour, alors que les bâtonnets, plus sensibles, permettent la vision nocturne. Connus depuis plus de 150 ans, les cônes et les bâtonnets ont longtemps été considérés comme les seuls photorécepteurs des vertébrés. La découverte chez l’homme, il y a 10 ans, d’un nouveau photopigment(1) « la mélanopsine » a été une surprise au sein de la communauté scientifique. La mélanopsine est localisée dans des cellules ganglionnaires de la couche interne de la rétine et régule des fonctions non visuelles comme par exemple la synchronisation des rythmes biologiques par la lumière, le cycle veille-sommeil, la vigilance et la constriction pupillaire, fonctions distinctes de la perception visuelle des images. Dès sa découverte, on savait que la structure de la mélanopsine était structuralement plus proche des photopigments des invertébrés que ceux des vertébrés mais ce n’est qu’en 2005, que les mécanismes particuliers de la phototransduction(2) de la mélanopsine ont été mis en évidence. La mélanopsine est un photopigment dit rhabdomérique(3) comme les photopigments des invertébrés alors que ceux des cônes et les bâtonnets sont dits ciliaires(4). Cette dénomination est dépendante de la spécialisation membranaire où réside le photopigment. Pour tous ces types de molécules, la phototransduction est déclenchée par l’absorption d’un photon de lumière qui aboutit à une réponse physiologique (ici le déclenchement d’un potentiel d’action) mais qui, en même temps, désensibilise le photopigment. Cette inactivation résulte de la transformation du chromophore(5), le 11-cis retinal (couramment appelé vitamine A) en all-trans-retinal. Pour rétablir la photosensibilité, le chromophore doit être restauré en 11-cis retinal. Pour les cônes et les bâtonnets, la régénération du chromophore est réalisée dans les cellules de l’épithélium pigmentaire situé au fond de l’oeil. Quand cet épithélium est dégradé, comme par exemple dans certaines pathologies oculaires, cette régénération est impossible et conduit à une cécité irréversible. Contrairement aux photopigments des cônes et des bâtonnets, la mélanopsine est capable de photorégénérer le chromophore en 11-cis retinal par l’absorption d’un deuxième photon, dans une région spectrale différente de celle de la phototransduction. Cette réversibilité, appelée la « bistabilité », permet ainsi à la mélanopsine de basculer entre les deux états de phototransduction et photorégénération. La bistabilité est typique des photopigments rhabdomériques des invertébrés, comme par exemple chez la mouche, l’abeille et le calamar. Le décodage de l’intensité lumineuse n’est pas très utile pour la vision corticale et la perception d’images qui reposent sur la détection des contrastes, tâche pour laquelle les cônes et les bâtonnets sont parfaitement adaptés. Par contre, l’information photique de l’intensité lumineuse environnementale est essentielle pour la synchronisation du système circadien et du cycle veille sommeil à l’alternance jour-nuit. Les chercheurs ont même démontré que la mélanopsine joue le rôle d’une mémoire photique, c’est à dire qu’elle est capable de conserver « l’empreinte » d’une exposition lumineuse précédente. Les applications de ces travaux sont nombreuses, en particulier dans le domaine de la photothérapie et des traitements des troubles des rythmes circadiens du sommeil et de la dépression saisonnière par la lumière. Une application clinique inattendue permettant de restaurer la vision chez les aveugles pourrait être envisagée en exploitant la capacité bistable de la mélanopsine qui fonctionne en l’absence de l’épithélium pigmentaire. Chez la souris aveugle, la transfection virale de la mélanopsine confère d’ailleurs une sensibilité à la lumière aux cellules ganglionnaires restantes dans la rétine et permet à la souris de détecter la présence d’une lumière (Lin et al., 2008). D’où l’idée d’introduire la mélanopsine dans les cellules ganglionnaires de la rétine chez les patients atteints de rétinite pigmentaire, une maladie qui provoque la dégénérescence de l’épithélium pigmentaire et prive les cônes et les bâtonnets de leur chromophore…
![]() Les cellules ganglionnaires de la couche interne de la rétine qui expriment la mélanopsine projettent vers le noyau suprachiasmatique (SCN) (site de l’horloge circadienne interne) et d’autres structures cérébrales non visuelles (OPN, noyau olivaire prétectal ; IGL, feuillet intergéniculé ; LGv, noyau géniculé latéral-ventral )
Dr Howard M Cooper
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