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La transdifférenciation au secours de la médecine régénérative

 

Des chercheurs de l’Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC, CNRS/Inserm/Université de Strasbourg) ont décrit pour la première fois les étapes du mécanisme de transdifférenciation. Ce processus permet à une cellule différenciée de changer d’identité et offre ainsi de belles perspectives à la médecine régénérative. Ces résultats ont été publiés dans la revue Development le 9 mars 2011.

 

Actuellement, pour remplacer un organe perdu ou défectueux, la médecine n’offre pas de solution alternative à la greffe. Pourtant, la transplantation d’organes présente des inconvénients majeurs comme la trop faible quantité de donneurs, les problèmes de compatibilité ou encore les effets secondaires dus aux traitements anti-rejets.

Pour régénérer des organes sans avoir recours à la greffe, trois pistes sont en cours d’exploration à ce jour. La première repose sur l’utilisation de cellules souches embryonnaires humaines (cellules ES). Pour des raisons de bioéthique, cette technique est cependant controversée et l’accès à ce type de cellules est très contrôlé. Depuis quelques années, une deuxième méthode permettrait de travailler à partir d’autres cellules : les cellules souches pluripotentes induites (cellules iPS). L’avantage de ce procédé est de pouvoir dédifférencier une cellule adulte pour qu’elle retrouve ses caractéristiques embryonnaires. Toutefois, une telle reprogrammation cellulaire peut entraîner l’accumulation d’aberrations chromosomiques et augmenter le risque tumoral, lié à la nature des cellules iPS. De ce fait, la transdifférenciation, processus qui permet à une cellule différenciée de changer directement d’identité, apparaît comme une autre piste prometteuse.

L’équipe de Sophie Jarriault de l’IGBMC s’est très tôt intéressée à la transdifférenciation. En 2008, son groupe de recherche a montré l’existence de ce phénomène en travaillant sur un modèle de choix : le ver Caenorhabditis elegans. Cet organisme a permis à l’équipe de suivre, étapes par étapes, la transformation d’une cellule rectale en motoneurone (*).

En inactivant spécifiquement certains gènes, les chercheurs ont cette fois-ci décrit différents états intermédiaires pour le mécanisme de transdifférenciation, et ce, malgré l’absence de division cellulaire. De plus, ils ont constaté que l’une de ses étapes inclut une dédifférenciation, sans pour autant passer par le stade cellule pluripotente. Ces résultats indiquent d’une part qu’il existerait un découplage entre dédifférenciation et multipotence in vivo et d’autre part, que le potentiel cellulaire est soumis à des processus de contrôle très stricts dans un contexte physiologique. Enfin, les scientifiques ont remarqué que, lorsque la cellule se dédifférencie et se redifférencie, elle passe par plusieurs stades semblables à ceux observés pendant le développement neural embryonnaire.

En tant que voie alternative pour la production de cellules de remplacement, utilisables par la médecine régénérative, la transdifférenciation pourrait constituer une réelle promesse pour l’avenir. La compréhension des mécanismes à l’œuvre dans les phénomènes de conversion d’un type cellulaire à l’autre permettra de répondre à des questions fondamentales en lien avec l’identité et la plasticité cellulaires. Leur caractérisation offrira également la possibilité d’estimer quels risques cette thérapie cellulaire pourrait présenter pour le patient.


 

Figure : Modèle majeur en biologie du développement, Caenorhabditis elegans est un petit ver (un nématode) qui possède un nombre fixe de cellules, 959 exactement. Depuis 1983, le devenir de chaque cellule (lignage) au cours du développement est connu et permet de suivre très précisément les étapes de la transdifférentiation d’une cellule rectale (en vert, à gauche) en motoneurone (en bleu, à droite) dans l’organisme. © IGBMC, S. Jarriault.

 

 

Note

  • (*) A Caenorhabditis elegans model for epithelial-neuronal transdifferentiation, Sophie Jarriault, Yannick Schwab, Iva Greenwald, PNAS (105(10):3790-3795, March 11, 2008.

 

En savoir plus

  • Direct in vivo reprogramming involves transition through discrete, non-pluripotent steps, Jai Prakash Richard, Steven Zuryn, Nadine Fischer, Valeria Pavet, Nadège Vaucamps, Sophie Jarriault, Development, Published online before print March 9, 2011, doi:10.1242/dev.063115.

 

Contact chercheur

  • Sophie Jarriault
    Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC)
    UMR 7104 CNRS/Inserm/Université de Strasbourg
    Université de Strasbourg 1
    1 Rue Laurent Fries
    BP 10142
    67404 Illkirch Cedex

 

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