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Quand la motivation pour l'argent bouscule nos priorités

 

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le cerveau des joueurs pathologiques ne semble pas caractérisé par une sensibilité exacerbée aux gains monétaires mais par une sensibilité amoindrie aux autres types de récompenses, pourtant vitales à la survie de notre espèce. Ce résultat pourrait expliquer un déséquilibre de motivation en faveur des jeux d'argent et suggère une nouvelle approche thérapeutique pour aider les joueurs à reconsidérer les récompenses à leur juste valeur. Ces travaux ont été publiés dans Brain par l'équipe de Jean-Claude Dreher au Centre de neuroscience cognitive (CNC, CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1).

 

Le cerveau humain est pourvu d'un ensemble de structures qui forment le « système de récompense ». Ce système est typiquement sollicité lorsqu'un individu éprouve du plaisir, par exemple suite à un gain d'argent, mais aussi lorsqu'il anticipe ce plaisir, par exemple dans la période qui précède l'obtention de ce gain. Une hypothèse populaire et intuitive suggère qu'une hypersensibilité de ce système pourrait conduire à un comportement excessif de recherche de plaisir et donc à une pratique addictive des jeux d'argent. Cependant, les travaux scientifiques menés ces dix dernières années à l'aide de l'imagerie cérébrale n'ont pas permis de valider clairement cette hypothèse. Alors qu'un certain nombre d'études réalisées chez des joueurs pathologiques rapportent effectivement une hyperactivité du système de récompense en réaction aux gains monétaires, d'autres font au contraire état d'une hypo-sensibilité.

Face à ce constat, Guillaume Sescousse, premier auteur de l'étude, et ses collègues chercheurs au CNC se sont demandé si en lieu et place d'une sensibilité exacerbée aux gains monétaires, les joueurs ne présenteraient pas une sensibilité amoindrie aux autres types de récompenses dites « primaires », telles que la nourriture, le sexe… Un tel déséquilibre entre motivation monétaire et motivation non-monétaire pourrait fournir une explication de l'attrait particulier exercé par les jeux d'argent. Afin de tester cette hypothèse, les chercheurs ont demandé à 18 joueurs pathologiques et 20 sujets témoins de participer à un jeu impliquant deux types de récompenses, de l'argent et des images érotiques plaisantes. Pour avoir une chance de remporter les récompenses mises en jeu, les participants devaient agir dans la rapidité. Cette procédure combinée à l'imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle (IRMf) a permis aux chercheurs de mesurer la motivation des participants ainsi que leurs réponses cérébrales pour chaque type de récompense.

D'un point de vue comportemental, cette expérience a montré que les sujets témoins présentaient une motivation identique pour les gains monétaires et les images érotiques, alors que les joueurs avaient une motivation amoindrie pour les images érotiques. Cette différence de comportement s'est également exprimée au sein d'une structure clé du système de récompense appelée « striatum ventral ». Les chercheurs ont montré qu'au cours de la phase d'anticipation des récompenses, le striatum ventral des joueurs était nettement moins réactif aux images érotiques qu'aux gains monétaires, alors que le niveau d'activité cérébrale était similaire chez les sujets témoins. Enfin, les chercheurs ont observé que cette hyposensibilité aux récompenses érotiques était positivement corrélée à la sévérité des symptômes de jeu pathologique, suggérant qu'il pourrait s'agir d'un véritable « marqueur » de cette addiction.

Les chercheurs se sont ensuite intéressés à la phase de réception des récompenses. De manière surprenante, ils ont montré que la partie postérieure du cortex orbitofrontal latéral, normalement recrutée exclusivement par les récompenses primaires chez les sujets sains, était activée aussi bien par les gains monétaires que par les images érotiques chez les joueurs pathologiques. Tout se passe donc comme si le cerveau des joueurs interprétait les gains monétaires comme des récompenses primaires, au même titre que le sexe ou la nourriture. Cette hypothèse concourt avec le fait que les joueurs semblent rechercher l'argent non pas pour ce qu'il permet d'acheter, c'est-à-dire comme une récompense « secondaire », mais pour lui-même, comme s'il était intrinsèquement récompensant.

Ces résultats mettent l'accent sur un dérèglement des processus motivationnels chez les joueurs pathologiques. D'un point de vue clinique, ils suggèrent une double approche thérapeutique, focalisée sur la revalorisation des sources de plaisir autres que le jeu et la redéfinition de l'argent en tant que récompense secondaire.



 

Figure : Les joueurs pathologiques présentent un déficit de motivation et d'activité cérébrale au sein du système de récompense lorsqu'ils sont confrontés à des récompenses autres que monétaires, telles que des images érotiques.
© CNC, Guillaume Sescousse, Jean-Claude Dreher

 


 

En savoir plus

  • Imbalance in the sensitivity to different types of rewards in pathological gambling, Guillaume Sescousse, Guillaume Barbalat, Philippe Domenech, Jean-Claude Dreher, Brain (2013), doi:10.1093/brain/awt126.

 

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