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Parutions
Des palmiers à huile adaptés aux petits producteurs
Les palmiers qui expriment une faible activité lipase produisent une huile de meilleure qualité et sont techniquement plus faciles à exploiter. Le gène qui code pour cette enzyme peut être utilisé pour sélectionner les meilleures lignées de palmiers pour l'extraction d'huile, introduisant plus de souplesse dans la récolte et permettant ainsi aux petites exploitations d'entrer en concurrence sur le marché international de l'huile de palme. Ces travaux coordonnés par le Laboratoire de biogenèse membranaire (LBM, CNRS/Université Bordeaux Segalen) ont été publiés dans Nature communications en association avec des chercheurs du CIRAD, de l'IRD, de PalmElit, du Cameroun et du Bénin.
Les oléagineux sont des plantes cultivées spécifiquement pour leurs graines ou leurs fruits, riches en matières grasses, dont il est possible d'extraire de l'huile à usage alimentaire ou industriel. Avec un tiers du marché mondial des huiles végétales, le palmier à huile est la première culture oléagineuse. Le mésocarpe, partie charnue du fruit qui contient l'huile, renferme également une enzyme, la lipase. Cette enzyme s'exprime lorsque le fruit mûr est blessé, notamment au cours de la récolte. Elle peut hydrolyser jusqu'à 30% des triglycérides présents dans le mésocarpe, libérant ainsi une quantité importante d'acides gras qui altèrent la qualité de l'huile et qui doivent donc être éliminés par raffinage, entraînant d'importantes pertes d'huile. L'exploitation à large échelle du palmier à huile n'est devenue possible que lorsqu'il a été montré, en 1910, que la lipase pouvait être inactivée en faisant rapidement chauffer les régimes après la récolte. La lipase peut néanmoins continuer d'agir jusqu'au moment de son inactivation, détériorant ainsi l'huile obtenue. Les exploitants doivent donc récolter les fruits les plus mûrs possibles pour avoir le rendement en huile le plus élevé, mais doivent éviter de récolter des fruits à sur-maturité qui contiennent une lipase très active. Tous les fruits n'étant pas exactement mûrs au même moment, la date de la récolte est un compromis qui limite le rendement en huile pour en préserver la qualité. Les grandes exploitations, qui disposent de leur propre huilerie, parviennent à limiter l'hydrolyse de l'huile à 3 ou 4% en traitant les fruits dans les deux jours suivant la récolte. Faute d'infrastructures et de main d'œuvre, les petites plantations familiales, notamment en Afrique, ne peuvent pas en faire autant. L'hydrolyse de l'huile dépasse souvent les 10% et il n'est pas rentable de l'exporter en raison des pertes trop élevées au moment du raffinage. L'huile brute est néanmoins consommée par la population locale mais en raison de la présence d'une grande quantité d'acides gras, l'huile est instable et se conserve moins longtemps, entrainant une hausse des prix à la consommation en période de faible production. Les chercheurs pilotés par Vincent Arondel au LBM de Bordeaux ont identifié des lignées de palmiers à faible activité lipase qui produisent une huile de meilleure qualité. Ils ont montré que ce caractère était très probablement lié à une modification du gène codant pour la lipase qui détériore l'huile de palme. Ce gène, que les chercheurs sont parvenus à identifier, peut donc être considéré comme un marqueur moléculaire du caractère « faible activité lipase » synonyme d'huile de qualité. Il peut également être utilisé pour conférer le caractère « faible activité lipase » aux principales lignées de palmiers commercialisées. Cette technique est beaucoup plus facile et rapide à mettre en œuvre que les méthodes classiques de sélection habituellement privilégiées. Les gains escomptés par une large utilisation de ces nouvelles lignées de palmiers à huile pourraient être de l'ordre du milliard d'euros chaque année. Ces avantages bénéficieront à l'ensemble de la filière, mais surtout aux petits producteurs africains. En effet, ils pourront produire une huile brute de meilleure qualité, remplissant les critères fixés par l'Organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), ce qui leur permettra non seulement de mieux satisfaire la demande locale, mais aussi d'être plus compétitifs sur les marchés internationaux.
![]() Figure : Fruit de palmier à huile ouvert. L'huile de palme est extraite du mésocarpe du fruit, qui renferme des quantités importantes de carotènes lui donnant sa couleur orange. Le mésocarpe contient également une lipase très active qui détériore l'huile pendant la récolte. Les chercheurs ont montré que les arbres ayant une activité lipase réduite produisent une huile de meilleure qualité et que le gène codant pour la lipase peut être utilisé pour sélectionner ce caractère. © CNRS Photothèque, Vincent Arondel
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