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L’Homme n’est pas le seul primate à combiner des sons pour communiquer

 

Le langage, dont l’origine reste encore un mystère, est infiniment complexe avec notamment une capacité de l’Homme à combiner des sons pour générer un nombre illimité de messages. Les éthologistes du laboratoire EthoS en collaboration avec des chercheurs de l’université de St Andrews (Ecosse) et de l’université d’Abidjan (Côte d’Ivoire, ont testé l’hypothèse que le langage est le fruit d’une longue évolution et que des précurseurs pourraient être présents chez d’autres espèces de primates. Ils ont ainsi montré que des singes cercopithèques ajoutent un suffixe à leur cri d’alarme pour modifier le message encodé. Cette étude est publiée dans la revue Proceedings of the Royal Society of London B


Le langage humain et la communication vocale des primates non-humains sont historiquement présentés comme deux systèmes diamétralement opposés. En effet, si l’Homme est capable d’apprendre des autres, d’imiter et de créer une infinité d’énoncés différents, les répertoires vocaux des primates non-humains sont très limités avec des cris acoustiquement peu flexibles et déterminés génétiquement. Cependant, parce que le langage humain est un phénomène très complexe, des chercheurs pensent qu’il est le fruit d’une évolution ancienne et que des précurseurs des capacités cognitives et des mécanismes communicatifs humains pourraient exister chez d’autres espèces de primates. Une hypothèse propose notamment que certains primates non-humains peuvent combiner plusieurs cris pour générer plus de messages, surmontant ainsi leur manque de flexibilité acoustique. Des phénomènes de ce type existent chez l’Homme, comme par exemple la suffixation qui consiste à combiner un mot à un suffixe pour en modifier le sens.

Les mones de Campbell sont des primates vivant dans les forêts primaires d’Afrique de l’Ouest. Les mâles de cette espèce possèdent un répertoire de six cris d’alarme, parmi lesquels « Krak » et « Krakoo ». Des observations antérieures des contextes d’émissions spontanées ont montré qu’un système analogue à la suffixation serait présent chez ces animaux. Ainsi, les mâles des harems utilisent le cri « Krak » pour signaler la présence d’un léopard (un de leurs dangereux prédateurs) et combinent ce cri à un suffixe « oo », formant ainsi le cri « Krak-oo », afin de signaler des dangers bien moins importants.

Une nouvelle étude, réalisée par les mêmes chercheurs, a franchi une étape importante dans la compréhension de ce phénomène en testant expérimentalement la validité de cette hypothèse combinatoire. Leur objectif était de vérifier si le phénomène observé résultait réellement d’une combinaison d’un cri « Krak » avec un suffixe « oo », autrement dit, de tester si « Krak + oo » = « Krak-oo » pour les singes entendant ces cris. Pour cela, ils ont diffusé par haut-parleur des cris « Krak » et « Krak-oo » naturels ainsi que des cris « Krak » et « Krak-oo » artificiels (en supprimant ou ajoutant le suffixe) à 42 groupes de singes Diane sauvages, une autre espèce de primates non-humains vivant en association avec les mones de Campbell. Les résultats montrent que les sujets ont réagi plus fortement aux cris non suffixés (Krak) qu’aux cris suffixés (Krak-oo), en accord avec l’importance du danger encodé. Surtout, cette étude a révélé que les singes ont réagi de manière comparable aux cris naturels et aux cris artificiels, confirmant l’hypothèse d’une capacité combinatoire.

Ces résultats sont particulièrement intéressants car ils démontrent expérimentalement, pour la première fois chez l’animal, l’existence d’un système combinatoire modifiant le message transmis de manière pertinente pour les receveurs. Ce système permettrait donc effectivement aux singes de diversifier les messages transmis aux autres individus en dépit de capacités articulatoires limitées. La capacité à combiner des sons aurait ainsi été une étape clé dans l’émergence du langage.


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Figure : Jeune mone de Campbell se reposant à la fourche d’une branche.

© Camille Coye

 

 

En savoir plus

Contact chercheur

  • Alban Lemasson
    Ethologie animale et humaine (Ethos)
    CNRS UMR 6552 et Université Rennes 1
    263 Avenue du Général Leclerc
    35042 RENNES CEDEX

    Tel: 02 99 61 81 59


     

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