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Atlas de l'esclavage rural au Brésil

UMR7227 Centre de recherche et de documentation des Amériques (CREDA)

27 juin 2012

 

A la demande de l'OIT (Organisation internationale du travail), Hervé Théry, chercheur au CREDA (UMR7227, CNRS/Université Paris 3), vient de publier l'Atlas do trabalho escravo. Cet atlas en ligne, fruit d'un travail collectif réalisé en collaboration avec Neli Aparecida de Mello, Julio Hato et Eduardo Girardi, est disponible sur le site Amazonia de l'ONG Amigos da Terra. Il examine les formes contemporaines de l'esclavage dans certaines régions rurales du Brésil, où les travailleurs exécutent des tâches pénibles dans des conditions inhumaines, sans recevoir un paiement approprié pour leur travail et sans pouvoir le quitter librement.

 

L’existence de cas d’esclavage rural au Brésil, en plein XXIe siècle, met en lumière la contradiction profonde entre le niveau de développement atteint par le pays dans de nombreux domaines et la persistance d'archaïsmes inacceptables.
Pour mener à bien leurs recherches, les auteurs se sont appuyés sur deux bases de données, l’une issue de la Commission pastorale de la terre (CPT), l’autre du Ministère du Travail et de l’Emploi (MTE). La CPT enregistre, depuis les années 1980, les dénonciations de travail forcé pratiquement ignorés par l’État jusqu’en 1995, époque à laquelle le MTE a commencé à inspecter les cas signalés, en créant le groupe spécial d’inspection mobile qui, avec l’aide et la protection de la police fédérale, se rend sur les lieux où ont été signalés des cas d’esclavage.
S'ils sont avérés, les travailleurs sont libérés et des amendes sont infligées à l’employeur, qui doit effectuer immédiatement le paiement des salaires et des impôts. Les travailleurs sont ensuite renvoyés vers leurs lieux d’origine – les coûts du voyage étant de la responsabilité de l’employeur – et peuvent alors bénéficier de l’assurance chômage.
Les données du MTE recensent les cas dans lesquels le travail esclave a été prouvé. Ils indiquent le nombre de travailleurs libérés par le groupe mobile de 1995 à 2008. Le nombre réel de travailleurs esclaves est certainement plus élevé, car il n’est pas possible de vérifier toutes les plaintes et de contrôler les éventuelles fuites.
Entre 1990 et 2006, la CPT a enregistré  des dénonciations concernant près de 133 656 travailleurs forcés et, entre 1995 et 2006, le département du Travail a libéré de l’esclavage 17 961 travailleurs dans onze États de la fédération brésilienne.

L'analyse des lieux de naissance montre que les travailleurs libérés proviennent de tout le pays, à l’exception des états situés à l’extrême ouest, très peu peuplés. Il apparaît cependant une importante zone dans les états de Maranhão, du Piauí, dans le nord du Tocantins et dans le nord-est du Pará. Un deuxième groupe est originaire du “polygone de la sécheresse”, principalement du nord-nord-ouest du Minas Gerais et des régions centrale et occidentale de Bahia.

 

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La concentration des communes où ont eu lieu des libérations de travailleurs esclaves est plus nette encore. Certes le phénomène est présent dans 22 États du Brésil, même dans les plus riches. Mais la majorité des travailleurs libérés l'ont été dans un petit nombre d'entre eux, d'abord le Pará, suivi par le Mato Grosso, puis par l’ouest de Bahia et le centre-sud du Goiás.

En analysant les données issues des dénonciations, les informations publiées par la CPT depuis 1986 et les registres de travailleurs libérés par le groupe mobile de surveillance du MTE à partir de 1995, on remarque que le travail esclave se concentre principalement dans quelques activités économiques : production de charbon de bois, sidérurgie (fabrication de fonte au charbon de bois), mines et orpaillage, scieries, tuileries et briqueteries, exploitations agricoles, entreprises de reboisement, etc. Il est notoire que les conditions sont extrêmement précaires dans la production du charbon de bois et de bois d’œuvre, principalement en Amazonie où la majorité absolue du bois est produite illégalement, sans plan de gestion sylvicole : si l’activité est illégale, on peut s’attendre à ce que la situation des travailleurs qui y sont impliqués le soit également.

Par ailleurs, violence et travail esclave sont, sans aucun doute, des pathologies sociales en étroite corrélation : 28 personnes ont été assassinées dans des conflits fonciers en 2007, un peu moins qu’en 2006, où avaient été enregistrés 39 meurtres.

En s’appuyant sur les données disponibles et en tenant compte des variables économiques et sociales permettant au travail esclave de se développer, il est possible d’élaborer, sans attendre les dénonciations, un indice de probabilité aidant à repérer les régions où des cas de travail esclave peuvent exister.

 

atlas

 

L’étape suivante consiste, quant à elle, à identifier les régions de forte vulnérabilité au recrutement d’esclaves. À l’échelle nationale, on observe ainsi une coïncidence entre les plages de haut indice de vulnérabilité et les lieux où sont nés les travailleurs libérés de situation d’esclavage notamment dans le Nordeste, d’où viennent la plupart des cas connus.

 

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L’analyse menée pourrait aider les autorités compétentes à identifier les régions recelant non seulement des travailleurs esclaves, mais aussi d’autres atteintes aux lois sociales et environnementales du pays. On sait qu’il existe une grande différence entre la nécessité de surveillance et les moyens dont dispose l’État, qui ne réussit même pas à traiter toutes les dénonciations qui lui sont acheminées. Mais des actions ciblées sur les lieux où le risque de présence de travail esclave est élevé pourraient rendre plus efficace l’action de surveillance.

Améliorer la connaissance fine des situations de travail esclave permettra en outre de bien distinguer les cas qui tombent sous le coup de la législation brésilienne de ceux où les conditions de travail, de logement et d’alimentation sont mauvaises sans toutefois être illégales, comme cela peut être le cas dans la production de soja et de canne à sucre.

En conclusion, il est à espérer que la publication de ces analyses géographiques et cartographiques offrira une plus grande transparence sur la situation des travailleurs asservis et permettra une plus grande efficacité des associations engagées sur ce thème, malgré les pressions politico-économiques qui poussent un très grand nombre à fermer les yeux sur ce genre de pratiques.

en savoir plus Consulter l’Atlas do Trabalho Escravo no Brasil

 

 

Références :

Théry, H., Mello Théry, N.A de,  Girardo E. et Hato, J.,  Atlas as do trabalho escravo no Brasil, Amigos da Terra Amazônia, 2012, 82 p.
Théry, H., Mello Théry, N.A de,  Girardo E. et Hato, J., « Géographies du travail esclave au Brésil » , Cybergeo : European Journal of Geography, Espace, Société, Territoire, article 541, mis en ligne le 23 juin 2011, modifié le 24 juin 2011
Théry, H., Mello Théry, N.A de,  Girardo E. et Hato, J, “Geografias do trabalho escravo no Brasil”, Nera 17, Presidente Prudente, juin 2011, pp. 7-28

 

contact Contacts :
Hervé Théry


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