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| Accueil > La recherche en sciences humaines et sociales > Une nouvelle campagne de fouilles sur l’épave médiévale de Beutin | |||||||
Vie des Laboratoires
![]() Une nouvelle campagne de fouilles sur l’épave médiévale de BeutinUMR 8589 laboratoire de médiévistique occidentale de Paris (LAMOP)15 juillet 2010 La dernière campagne de fouille subaquatique de l’épave médiévale de Beutin (Pas-de-Calais) située dans la Canche, petit fleuve côtier débouchant dans la Manche à Etaples-sur-Mer, s’est achevée le 19 juin dernier.
Commencée en 2005 par une campagne d’évaluation du site, l’étude de l’épave a donné lieu à une fouille programmée pluriannuelle menée par l’équipe d’archéologie nautique du LAMOP (CNRS/Université de Paris 1) avec le soutien logistique du Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines (Ministère de la Culture). L’étude de l’épave a été envisagée selon les perspectives de l’archéologie nautique associant le bateau à son milieu et à son territoire de navigation. En d’autres termes, les problématiques historiques définies relevaient tout à la fois du champ de l’histoire des techniques et de l’architecture navale et de celui de l’histoire du paysage fluvial et de l’économie des transports par eau. Les analyses dendrochronologiques ont montré que la coque avait été construite principalement avec des chênes d’origine régionale, provenant d’une même coupe datée de l’hiver 1425-1426, avec une probable mise en œuvre des bois au cours de l’année 1426. Au fil des campagnes de fouille et de l’étude des données archéologiques, le portrait architectural de l’épave de Beutin s’est progressivement esquissé. L’architecture du bateau présentait toute une série de caractéristiques interprétables, du point de vue de l’histoire de l’architecture navale médiévale, comme appartenant à la famille des « cogues » associée aux villes maritimes de la Hanse et au grand commerce maritime (grain, sel, vin, poisson…) des derniers siècles du Moyen Age. Cette famille architecturale n’est pas seulement constituée de ces voiliers hauturiers de tonnage élevé dont l’épave de la « cogue » de Brême (Allemagne), datée des années 1380, représente l’illustration la plus connue. Elle comprend aussi des navires de tonnage plus petit affecté à des navigations de cabotage. Elle semble également posséder des branches régionales, dotées de caractéristiques architecturales adaptées à un environnement et à un contexte techno-économique particuliers. C’est, en toute probabilité, à l’une de ces branches régionales que se rattache l’épave de Beutin. La campagne de fouille menée cette année portait sur une zone de l’épave située vers l’une des extrémités (sans doute l’arrière de la coque) ; elle a permis de recueillir de nouvelles données archéologiques confirmant le rattachement du bateau à la tradition architecturale des « cogues ». Ainsi en est-il de l’évolution, très significative au plan de l’architecture d’ensemble du bateau, de la structure des flancs par rapport à la zone centrale de l’épave qui se traduit par des bordages intégralement disposés à clin avec un recouvrement partiel d’un bordage sur l’autre, cela sur toute la hauteur de la coque. Dans l’hypothèse très vraisemblable d’une construction d’origine régionale, l’épave de Beutin apparaît désormais comme la plus méridionale attestation archéologique d’un navire de cabotage fluvio-maritime relevant d’une branche régionale de la famille architecturale des « cogues ». L’épave vient donc compléter, d’une part, notre connaissance de l’histoire de l’architecture navale médiévale et d’autre part, celle de l’histoire régionale de l’environnement nautique et de l’économie des transports par voie d’eau.
Eric Rieth, Directeur de recherche CNRS
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