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Prix et distinctions

 

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Le film Dissonances récompensé au dernier Festival du Film de chercheurs

11 juillet 2012

 

Le 8 juin dernier, à Nancy, Thierry Ribault, membre de l'USR3331 Asie orientale (CNRS/Ministère des Affaires étrangères), et Alain Saulière, réalisateur, ont reçu le prix Film de Chercheur pour Dissonances, un film documentaire – produit par les Ateliers du Passeur avec le concours de CNRS Images – sur la place de la jeunesse dans le Japon contemporain.

 

Dès 2009, dans le cadre de ses recherches, Thierry Ribault cherche à savoir comment les « jeunes » Japonais inventent des manières de vivre face à l’épreuve de la crise, dont la dimension économique n’est que la surface des choses. Accompagné d’Alain Saulière, il mène des entretiens filmés auprès d’étudiants, travailleurs précaires, artistes et sans-abris ayant souhaité s’affirmer en choisissant un autre mode de vie. « Nous ne nous sommes pas présentés en ethnologues ou en sociologues », précise Thierry Ribault. « Nous avons essayé de nous rendre disponibles à de véritables rencontres. » Pari gagné pour les deux auteurs qui ont centré les 53 minutes de leur documentaire autour de cinq protagonistes s’opposant au carcan sociétal qu’on voudrait leur imposer.

Certains d’entre eux ont choisi de vivre dans la rue. Ils cherchent ainsi à tenter de répondre au désespoir que génère chez eux la vie en société. « L’enjeu est celui du départ qui, vécu comme nécessaire, peut prendre la forme de l’errance ou celle de la mort. Tetsuo Ogawa, qui vit dans le parc de Yoyogi est en situation de liminarité, dans un entre-deux mondes », explique Thierry Ribault. « Il nous défamiliarise d’avec la réalité pour nous projeter dans une autre réalité, toute aussi réelle. A l’instar d’un personnage de tragédie grecque, il interroge le réel, là où la plupart de nos « représentations » se contentent de l’interpréter. Il fait jaillir une prolifération des sens, là où il y a une élimination des sens. Il restaure le caractère pluri-dimensionnel de l’événement, notamment celui de la mise à l’écart de la société, de la désertion, là où nous baignons dans l’uni-dimensionalité de son interprétation. »

Dissonances est aussi le parcours d’une question de recherche. « Comme les protagonistes du film, les chercheurs n’échappent pas au tâtonnement, aux erreurs et aux errances dont rend compte le film. La recherche ne va pas sans un goût pour l’aventure, aventure des personnes interrogées, mais aussi des chercheurs et des spectateurs. La liberté par le départ et par la migration intérieure fait partie de cette aventure à la fois conceptuelle, mais aussi sensible, qui consiste à se représenter le monde en en faisant l’expérience. »

« On ne peut pas parler des dissonances sans être soi-même dissonant », conclut Thierry Ribault.

Diffusé au Japon, dans les milieux militants et associatifs et dans des universités japonaises, Dissonances a suscité de nombreuses réactions. « Une des réactions qui m’a le plus troublé est celle d’une femme âgée qui nous remerciait d’avoir porté l’attention sur ce fragment méconnu de la jeunesse japonaise », raconte Thierry Ribault. « Elle a ajouté qu’elle avait honte de voir que le Japon ne savait pas être attentif à sa jeunesse. » Une autre réaction intéressante consistait à rapprocher les aspirations à de nouvelles formes de vie en société exprimées par les personnes dans le film aux mouvements des jeunes d’Afrique du Nord et du Moyen Orient.

Egalement lauréat de l’appel NEEDS Fukushima – un an après censé donner une large place aux questionnements suscités par le nucléaire, au lendemain de la catastrophe de Fukushima de mars 2011, Thierry Ribault explique comment les deux projets ont trouvé une résonance : «  Le 11 mars 2011, quand est survenu le désastre de Fukushima, dépassant en gravité celui de Tchernobyl et de Three Mile Island, les divers protagonistes filmés dans Dissonances sont devenus, avec d’autres, des acteurs majeurs de l’intense période de panique qui a suivi. Ils ont fait ce que l’État se montrait incapable de faire : organiser l’aide pour les populations frappées par le désastre, tenter de convaincre les gens de quitter les zones dangereuses, mettre en place les départs, aider à refaire sa vie ailleurs et – pour la grande majorité qui n’a pas pu ou pas voulu quitter les terres concernées – mettre en place un contrôle autonome de la radiation, afin d’informer chacun, de décider des protocoles de suivi et de soins à venir et de définir les termes d’une nouvelle vie. Depuis le désastre de Fukushima, l’existence de ces hommes et femmes a été bouleversée. »

En mars 2012, Nadine Ribault et le chercheur ont publié un livre, Les Sanctuaires de l’abîme – Chronique du désastre de Fukushima (Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, Paris 2012) : ils y relatent l’engagement d’une de ces voix « dissonantes » dans la protection des populations contre les radiations. Cette voix est celle de Wataru Iwata – compositeur de la musique du film Dissonances – qui, en juillet 2011, a ouvert la première station du réseau autonome de mesure de la radioactivité à Fukushima.

Plus d’un an après l’accident de la centrale de Fukushima Daiichi, Thierry Ribault et Alain Saulière souhaitent continuer l’aventure de Dissonances en filmant ce que sont devenues les existences de ceux qui ont connu un bouleversement. Réfléchir à de « nouvelles manières de vivre », ainsi qu’aux lieux dans lesquels ces manières de vivre peuvent s’inscrire, reste une question centrale. « Notre intention est de réaliser un documentaire de 90 minutes qui suivra le parcours de quatre personnes dont la vie s’est radicalement « transformée » après le 11 mars 2011, mais dont les choix et les désirs passés annonçaient cette transformation. Ce film parlera de la terre morte et de l’impossibilité d’y vivre. »

Dissonances sera projeté le 21 septembre et le 3 octobre 2012 à la Maison de la culture du Japon à Paris.


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