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La diversité linguistique globale reflète l'environnement naturel

UMR5596 Dynamique du langage (DDL)

14 novembre 2018

 

Un groupe de recherche international — au sein duquel Dan Dediu, membre de l’unité Dynamique du langage (DDL, UMR5596, CNRS / Université Lumière Lyon 2) — vient de publier dans la revue Nature Human Behaviour une étude visant à prouver une interaction forte entre diversité linguistique et environnement naturel.

Les linguistes s’accordent sur le fait que l’on parle aujourd'hui environ 7 000 langues dans le monde. En revanche, il est plus difficile de se mettre d’accord sur les causes d’une telle diversité. Il est entendu que la diversification linguistique est due à l'accumulation de différences dans l’utilisation de la langue entre les individus et les groupes, structurées dans le temps et l'espace. Au-delà, les positions divergent. Pour certains, la diversité serait un phénomène marginal, dissimulant la véritable unité sous-jacente de toutes les langues et ne méritant pas vraiment d’examen scientifique. D'autres soutiennent que des processus aléatoires, amplifiés par l'isolement géographique et social, génèrent des différences de plus en plus grandes entre les langues. D'autres encore suggèrent que les langues s'adaptent aux environnements sociaux et physiques dans lesquels elles sont utilisées.

L’étude — menée par des chercheurs de l’Université de Tübingen, de l’Institut d’Études Avancées de Lyon, du Max Planck Institute de psycholinguistique à Nijmegen aux Pays-Bas et du Max Planck Institute Science de l'histoire humaine à Jena en Allemagne — révèle en fait une diversité plurielle. Certaines langues sont parlées par quelques dizaines de locuteurs, d’autres par plusieurs millions. Certaines langues n’occupent qu’un tout petit espace, d’autres s’étendent sur de vastes régions, voire sur plusieurs continents (telles que l’Anglais et l’Arabe). L'histoire devient encore plus intéressante lorsqu’on examine les familles de langues, qui sont des groupes de langues descendant d'un ancêtre commun appelé protolangue et possiblement parlé à une époque antérieure. Certaines protolangues se sont diversifiées jusqu’à créer des familles de milliers de membres sur des régions énormes (telles que l’Atlantic-Congo en Afrique ou l’Austronésien dans le Pacifique).

Cependant, la manière dont les facteurs sociaux, géographiques et climatiques affectent la diversification et la propagation des familles de langues reste encore difficilement compréhensible. C’est pour mieux comprendre cette relation que les chercheurs ont analysé plus de 6000 arbres phylogénétiques de quarante-six familles de langues, à l'aide de méthodes empruntées à la biologie évolutionniste. L’objectif était d’évaluer le degré de connexion entre les facteurs environnementaux et la diversification linguistique de ces familles.

Les résultats montrent que, curieusement, pour la majorité des familles et des facteurs environnementaux, le modèle standard, supposant une dérive neutre à un taux constant, ne correspond pas aux données. Ils suggèrent que des processus évolutifs plus complexes, impliquant des taux de changement linguistique variables et la propagation préférentielle des populations humaines à travers l’environnement, sont responsables de l'interaction complexe de l'environnement et de la structure linguistique. En outre, il est peu probable de trouver un modèle unique de diversification linguistique, car les familles de langues du monde diffèrent quant aux facteurs environnementaux les plus pertinents pour leur diversification. Par exemple, alors que les familles linguistiques d’Afrique et d’Eurasie présentent une grande diversification sur l’axe est-ouest, les familles d’Amérique du Nord et du Sud le font sur l’axe nord-sud, reflétant probablement les directions majeures de la dispersion humaine ; dans d’autres familles encore, tels que Sino-Tibétain et Austronésien, d'autres facteurs (tels que l'altitude et la taille de la population) jouent également un rôle important.

Ces résultats renforcent l’idée que les langues ne sont pas indépendantes de la culture et de l’environnement que leurs locuteurs habitent. Au contraire, la diversité linguistique contient de l’information, ayant évolué par des processus similaires à ceux qui façonnent le vivant.

 

diversite-linguistique

Figure 1. L’influence de la géographie sur la diversification et l’expansion des familles linguistiques.
À gauche, la longitude a une forte influence sur la structure historique des langues Atlantic-Congo (dont les langues Bantu font partie) en Afrique. À droite, c’est l’altitude qui influence la diversification et expansion des langues Sino-Tibétaines. Dans les deux cas, on voit les langues représenté sur la carte par des points dont la couleur représente la valeur du paramètre considéré (longitude ou altitude), aussi que l’arbre phylogénétique de la famille linguistique qui représente l’histoire de différentiation des langues (aussi représentées par la couler du paramètre considéré).

 

Références :
Bentz C., Dediu D., Verkerk A. and Jäger G. The evolution of language families is shaped by the environment beyond neutral drift, in Nature Human Behaviour, vol. 2 : 816–821, doi: 10.1038/s41562-018-0457-6.

 

contact Contact :
Dan Dediudan.dediu@univ-lyon2.fr

 

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