![]() |
|||
![]() |
|||
| Accueil > La recherche en sciences humaines et sociales > Enquête sur le suivi des victimes du séisme de Port-au-Prince à Haïti | |||
Vie des Laboratoires
![]() Enquête sur le suivi des victimes du séisme de Port-au-Prince à HaïtiUMR8179 Lille - Economie et Management (LEM)15 juillet 2013
En collaboration avec des chercheurs de l'Université d'Artois et de l'ONG ALIMA, Stéphane Callens, chercheur au sein du laboratoire Lille - Economie et Management (UMR8179, CNRS / Université Lille 1 / Université catholique de Lille) vient de publier, dans la revue PLOS, une étude sur le suivi des victimes du séisme survenu en janvier 2010 à Port-au-Prince (Haïti). Le projet initial a bénéficié d'un financement de l'ANR.
Les situations de très grande catastrophe sont peu documentées. Des difficultés et des controverses sur les modes opératoires peuvent apparaître, comme ce fut le cas lors du tremblement de terre de Port-au-Prince qui provoqua un afflux massif de blessés graves des membres. Réalisée à partir d'un suivi sur deux ans d'une cohorte de 305 blessés graves — amputés ou ayant bénéficié d'un traitement alternatif de chirurgie de sauvegarde — la base de données Sutra2 permet d'évaluer les conséquences des choix de traitement pour la prise en charge des traumatismes des membres. Cette étude vise à promouvoir une gestion intelligente du suivi des victimes du séisme à partir d'une évaluation de la qualité des soins, ainsi que l'amélioration de la qualité des soins dans les catastrophes entraînant un grand nombre de blessés. Elle est basée sur la comparaison de deux cohortes de victimes du tremblement de terre : d'un côté, les patients ayant fait l'objet d'un traitement de chirurgie en dehors de l'amputation ; de l'autre, les amputés en première intention. L'étude comprend deux vagues d'entretiens avec les victimes, réalisées pour la première un an après le séisme et pour la seconde, au moment du deuxième anniversaire, en janvier 2012. Les résultats à un an témoignent d'une population en prise avec des difficultés résultant du séisme du 10 janvier 2010. Cet effet de nivellement des situations personnelles justifie aussi une durée d'étude plus longue. Il a été intéressant de voir à deux ans les nouveaux éléments de différenciation sociale et économique qui sont apparues dans l'année 2011. L'échantillon se compose des données médicales, fonctionnelles, psychologiques et socioéconomiques. Tous les âges sont représentés. Le genre féminin est mieux représenté (57,5%), ce qui résulte sans doute à la fois de caractéristiques démo-économiques (émigration masculine) et des conditions du séisme. Bien que les données aient été collectées dans une localisation unique, les 305 victimes ont été prises en charge par une grande diversité d'équipes médicales, souvent peu spécialisées, pratiquant une modulation des actes chirurgicaux selon la gravité des cas rencontrés. En moyenne, les personnes amputées en première intention étaient, au moment du séisme, dans des situations susceptibles de provoquer des blessures graves (habitant des étages supérieurs d'un immeuble, par exemple) et dans un état infectieux plus avancé (étant restées de nombreuses heures enfoui sous les décombres). L'étude permet aujourd'hui d'émettre des réflexions quant à la promotion d'une gestion intelligente du suivi des victimes du séisme. En effet, les interventions en situation de crise doivent se faire sur le long terme. Les victimes elles-mêmes ont émis le souhait d'une reconstruction et donc d'un suivi à long terme. Aussi, l'analyse du consentement à payer montre que le soin est une priorité pour la majorité de la population. Seulement la moitié des patients atteints de lésions sévères des membres a jugé satisfaisant son état fonctionnel à 2 ans. Le point de vue des patients encourage une gestion prudente et de sauvegarde dans la mesure du possible. Des soins prolongés sont nécessaires pour optimiser les résultats pour les survivants des tremblements de terre. Parmi les résultats obtenus, il peut être constaté qu'en Haïti, le taux d'inclusion des blessés graves ayant suivi un traitement de chirurgie de sauvegarde à un an n'est atteint qu'à deux ans par les amputés. La jeunesse de la population induit des prises en charge médicale répétées en cas d'amputation. Ces résultats plaident pour une professionnalisation des acteurs de l'humanitaire et permettent de mieux anticiper la survenue de catastrophes en milieu urbain. L'évaluation a posteriori de cette recherche par l'ANR indique que « le projet apporte une meilleure connaissance des victimes, de leur suivi et de leur qualité de vie selon le type de soins médicaux effectués en chirurgie d'urgence et surtout, il apporte des éléments tangibles sur la compatibilité entre les souhaits des patients de préserver un membre atteint, autant que faire se peut, et les coûts réels des amputations en termes socio-économiques, psychologiques et médicaux. Ce projet apporte des bases de procédure normative pour une meilleure prise en charge des besoins lors d'actions humanitaires dans des contextes similaires ». Les principaux résultats de cette étude viennent de faire l'objet d'une publication dans la revue PLOS Currents Disasters dans une livraison en date du 5 juillet 2013.
Référence de l'article :
|
|||