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Quel avenir pour les enfants placés ?

UMR8085 Laboratoire PRINTEMPS (Professions, Institutions, Temporalités)

16 octobre 2017

 

Menée par l’Ined et le laboratoire PRINTEMPS - Professions, Institutions, Temporalités (UMR8085, CNRS / Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) et coordonnée par Isabelle Frechon, chercheuse au PRINTEMPS, l’étude Longitudinale sur l’accès à l’Autonomie des jeunes Placés (ELAP) livre de nouveaux résultats sur l’avenir des jeunes sortant du dispositif de protection sociale.

L’étude Longitudinale sur l’accès à l’Autonomie des jeunes Placés (ELAP) a pour objectif de mieux connaitre les profils des jeunes pris en charge par la protection de l’enfance lorsqu’ils ont entre 17 et 20 ans, et d’évaluer leur condition de vie dans le placement et leur devenir à court terme. Elle comporte plusieurs volets de collecte de données, à la fois quantitative et qualitative. C’est la première fois qu’une enquête de cette ampleur a été réalisée dans le milieu de la protection de l’enfance.

Réalisée entre 2013 et 2014, une première vague d’enquête (v1) a permis d’interroger, sur un échantillon représentatif, 1622 jeunes placés, âgés de 17 à 20 ans. Cette étude a été menée dans sept départements du Nord Pas-de-Calais et de l’Île-de-France. Ces territoires rassemblent 27 % des enfants placés en France.

Afin de mieux cerner le passage de la protection de l’enfance à la protection pour les jeunes majeurs, une seconde vague d’enquête (v2) a été réalisée 18 mois après sur un sous-échantillon composé, d’une part, des jeunes qui avaient 17 ans lors de la V1 et, d’autre part, de ceux qui, âgés entre 19,5 et 21 ans en V1, étaient sortis du système de protection 18 mois plus tard. 756 jeunes ont répondu.

Un an plus tard, un groupe de 12 chercheurs en sociologie, démographie, anthropologie, sciences de l’éducation, a réalisé des entretiens individuels auprès d’une centaine de jeunes ayant répondu aux deux premières vagues. Une seconde vague qualitative est prévue en 2018.

Un suivi « passif » est en cours de réalisation afin d’observer quelle est la fin du parcours de prise en charge pour l’ensemble des jeunes interrogés en V1. Il se terminera lorsque le plus jeune de l’échantillon aura atteint 21 ans.

Par ailleurs, une enquête similaire est menée au Québec auprès de 1000 jeunes placés — en partenariat avec le Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada (CRSH) et l’école Nationale d’Administration Publique (ENAP), sous la responsabilité de Martin Goyette. La première vague de cette comparaison franco-québécoise a eu lieu cette année. 

Les enseignements sont multiples et vont se poursuivre dans les mois et les années à venir.
La France a historiquement fait le choix d’un système social qui repose pour l’essentiel sur les solidarités familiales. Ainsi, de nombreux droits sociaux restent inaccessibles aux jeunes ou dépendent du revenu parental. Aussi, savoir comment se compose l’entourage des jeunes pris en charge par la protection de l’enfance apporte un éclairage sur les difficultés rencontrées ou les supports à mettre en place lors de la sortie du dispositif de protection. L’étude ELAP a mis en évidence le fait que l’entourage de ces jeunes est particulièrement affaibli. Ce n’est pas tant la mésentente ou les conflits avec les parents qui sont à l’œuvre, mais l’absence souvent irrémédiable de liens avec eux (décès, parent inconnu, rupture totale du lien). Une thèse est en cours à l’Ined afin de mieux comprendre les modifications d’entourage qui s’opèrent au moment de la sortie de placement.

Les jeunes placés ne doivent souvent compter que sur eux-mêmes pour s’en sortir. La temporalité de la protection de l’enfance peut s’avérer trop courte pour respecter les calendriers de cette jeunesse vulnérable et sa préparation à l’autonomie. En effet, malgré l’existence d’une prolongation de placement jusqu’à l’âge de 21 ans — ce sont les contrats jeune majeur (CJM) —, on constate toujours une carence dans les besoins d’accompagnement de ces jeunes : formation, santé, recherche d’un logement, d’un emploi, etc.

Par ailleurs, on note une proportion très importante de retard scolaire chez les jeunes placés : 3/5 ont redoublé au moins une fois, dont 2/5 en primaire, soit deux à trois fois plus que parmi la population générale. Les jeunes en fin de parcours de placement sont en général orientés vers des scolarités courtes et professionalisantes, parfois de manière imposée. C’est seulement pour les jeunes protégés jusqu’à 20 ans, voire 21 ans, que l’on remarque une réduction des inégalités de niveau scolaire lorsqu’on les compare aux jeunes du même âge issus des familles modestes.

Tous les jeunes placés ne bénéficient pas d’un contrat jeune majeur (CJM) jusqu’à 20 ans. Ainsi, parmi les jeunes de 17 ans interrogés en première vague, 40 % étaient déjà sortis du dispositif au moment de la seconde vague. Plus la sortie est précoce, moins ces jeunes sont armés de diplômes : 44 % n’ont aucun diplôme, seulement 22 % ont un BAC. En seconde vague, ils sont majoritairement sortis du dispositif scolaire (70 % ne sont plus scolarisés) et sont sans emploi (seulement un quart travaille). Sans ressources, la plupart sont hébergés, le plus souvent dans leur famille alors même que ces jeunes étaient protégés de celle-ci.

Une telle collecte de données entraînera encore de nombreuses analyses, par exemple sur des thèmes plus précis, comme la notion d’engagement ou l’accès au logement social. On s’intéressera également à des sous-groupes de population, comme le devenir des mineurs isolés étrangers, des jeunes accueillis en famille d’accueil, etc. Une partie de l’équipe vient d’ailleurs d’obtenir un financement de la fondation OCIRP pour étudier plus précisément les conditions de vie des jeunes orphelins.  

 

Ce projet est réalisé dans le cadre d’un programme ANR. Il bénéficie de plusieurs sources de financement : DREES, DGCS, Ined, ONED, AnMecs, Fondation Grancher.

 

contact Contact :

Isabelle Frechon l isabelle.frechon@uvsq.fr

 

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