CNRS : Centre National de la Recherche Scientifique
Liens utiles CNRSLe CNRSAnnuairesMots-Clefs du CNRSAutres sites
Accueil Département scientifique homme et société : Centre National de la reherche scientifiqueAccueil Département scientifique homme et société : Centre National de la reherche scientifique
  Accueil > La recherche en sciences humaines et sociales > Les langues des signes peuvent révéler la structure logique cachée des langues parlées et leurs limites

Vie des Laboratoires

 

 

Les langues des signes peuvent révéler la structure logique cachée des langues parlées et leurs limites

UMR8129 Institut Jean-Nicod (IJN)

20 novembre 2018

 

Les langues des signes peuvent révéler des aspects cachés de la structure logique de la langue parlée, mais elles soulignent aussi ses limites, car la parole manque des riches ressources iconiques dont les langues des signes font usage en plus de leur grammaire très sophistiquée. C’est ce que suggère Philippe Schlenker, chercheur à l'Institut Jean-Nicod (UMR8129, CNRS / EHESS / ENS Paris) et professeur à New York University, qui mène depuis près de dix ans des recherches sur la langue des signes française (LSF) et la langue des signes américaine (ASL). Ses travaux ont récemment fait l’objet d’une publication dans la revue Theoretical Linguistics, avec neuf commentaires de spécialistes du domaine.

Les linguistes considèrent les langues des signes comme des langues à part entière, grammaticalement très sophistiquées et essentielles à la communication des personnes sourdes. Mais ces langues offrent également une perspective unique sur le langage en général. Dans plusieurs cas, elles rendent visible une structure logique qui doit être inférée de façon très indirecte dans le cas des langues parlées.

Ainsi la structure logique de la phrase « Sarkozy a dit à Obama qu'il serait élu » est-elle réalisée de façon plus transparente en langue des signes. La phrase française est ambiguë car le pronom il peut se référer aussi bien à Sarkozy qu’à Obama. Les linguistes ont émis l'hypothèse que cette ambiguïté provient de la présence dans cette phrase de variables logiques non prononcées — mais cognitivement réelles — comme x et y.

Si la phrase est comprise comme « Sarkozyx a dit à Obamay qu'ilx serait élu », avec la même variable x sur Sarkozy et sur il, le pronom désigne alors Sarkozy ; si, au contraire, il porte la variable y (= ily), le pronom désigne Obama. Le fait frappant est que, en langue des signes, les variables x et y peuvent être réalisées de manière visible par des positions dans l'espace, par exemple en signant Sarkozy à gauche et Obama à droite. Le pronom il est réalisé par un pointage. Si l'index pointe vers la gauche, il se réfère à Sarkozy ; s’il pointe vers la droite, il se réfère à Obama : gauche et droite sont ainsi la réalisation visible des variables x et y.

Mais les langues des signes ne révèlent pas seulement la structure logique cachée de la langue parlée ; elles soulignent également certaines de ses limites. Bien que certains mots parlés puissent être modulés de façon iconique pour ressembler à ce à quoi ils se réfèrent (que l'on pense au mot looooooooong utilisé pour signifier « très long »), il s'agit là de cas fort rares.

En revanche, « les modulations iconiques sont tout à fait courantes dans les langues des signes », observe Philippe Schlenker. « En langue des signes américaines (ASL), le verbe grandir (comme dans : "mon groupe a grandi") peut être signé dans un espace plus grand pour indiquer une croissance plus forte et il peut être réalisé plus rapidement pour représenter une croissance plus rapide. »

« Une seule et même expression peut être à la fois logique et iconique, comme c'est le cas pour les pronoms », ajoute le chercheur, qui a publié plusieurs travaux en collaboration avec des consultants et chercheurs sourds. « Si l'on se réfère à un individu très grand, on peut pointer vers le haut parce que sa tête est dans une position élevée; mais si la personne est suspendue tête en bas, on pointera vers le bas : la variable logique est en même temps une image simplifiée de la personne qu'elle désigne ».

« À certains égards, les langues des signes sont plus expressives que les langues parlées parce qu'elles combinent le même type de ressources logiques avec des moyens iconiques beaucoup plus riches », conclut-il. « Ce sont, en un sens, des « super-langues », qui ont une contribution unique à apporter à notre compréhension de la sémantique des langues humaines ».

 

Référence :
Schlenker P. 2018, Visible Meaning: Sign language and the foundations of semantics, in Theoretical Linguistics 44. https://www.degruyter.com/view/j/thli.2018.44.issue-3-4/tl-2018-0012/tl-2018-0012.xml


en savoir plus Voir les réponses aux neuf commentaires. https://www.degruyter.com/view/j/thli.2018.44.issue-3-4/tl-2018-0022/tl-2018-0022.xml?format=INT

 

contact Contact :
Philippe Schlenker, philippe.schlenker@gmail.com

 

en savoir plus En savoir plus sur l’Institut Jean-Nicod

 

Accueil du Sitecontactimprimer Plan du sitecredits