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Loisirs des jeunes : l’hégémonie des garçons

UMR5185 Aménagement, Développement, Environnement,Santé et Sociétés (ADES)

9 mars 2011

 

100% de garçons dans les citystades, 95% dans les skate-parcs, près de 80% dans les salles et lieux de répétitions des musiques actuelles… C’est à partir de ces chiffres rarement explorés sous l’angle du genre qu’une équipe du laboratoire ADES (CNRS / Université Bordeaux 3) a initié depuis 2005 un travail systématique sur les équipements et espace publics de loisirs des jeunes de l’agglomération de Bordeaux.

 

Cette recherche a pris depuis peu une nouvelle ampleur grâce à un financement de recherche des collectivités territoriales sur 3 ans (Conseil Régional d'Aquitaine, Conseil Général de Gironde, Communauté Urbaine de Bordeaux). Trois villes périphériques de l’agglomération ont ainsi été l’objet d’un inventaire systématique.

 

Les objectifs de cette étude sont donc de :

  • mesurer à partir de la variable sexe les inégalités et les discriminations dans les politiques publiques territoriales de la jeunesse, de la culture et des sports (statistiques par sexe des pratiques sportives, culturelles et de loisirs, observation de l’occupation sexuée des équipements et espaces publics tels que médiathèques, centre sociaux, cités stades, parcs, jardins publics, etc) ;

 

  • analyser les politiques publiques à partir de la variable sexe (mesurer les écarts, comprendre comment ils sont justifiés, interroger les dispositifs tels que contrats éducatifs locaux ou politique de la ville) ;

 

  • comparer les pratiques sociales mixtes et non-mixtes, également du point de vue de chaque sexe (violences réelles et/ou sentiment d’insécurité liés au sexe ou à l’orientation sexuelle, évaluation quantitative et qualitative des actes et/ou comportements sexistes et homophobes).

 

Résultats

Les résultats du travail de recherche mené depuis 2009 affinent et confirment les résultats précédents. On constate que l’offre de loisirs subventionnée s’adresse en moyenne à deux fois plus de garçons que de filles, toutes activités confondues, ce qui permet de dépasser le simple constat d’une inégalité des pratiques pour interroger les collectivités par le biais du gender budgeting. Dans le détail, on observe que les pratiques non mixtes (les plus nombreuses dans les clubs sportifs mais aussi parmi les activités culturelles pratiquées à partir de l’adolescence) renforcent ces inégalités : trois fois plus de pratiques non mixtes masculines (foot, rugby, rock) que de pratiques non mixtes féminines (gym, danse).

Mais le phénomène le plus saillant de l’étude est le décrochage massif des filles à partir de l’entrée en sixième : elle désertent alors les centres d’animation, les maisons de quartiers, ne viennent plus aux séjours vacances organisés par les municipalités, disparaissent peu à peu des équipements et espaces publics des loisirs des jeunes. Ce n’est pas le cas des garçons à qui des moyens importants sont consacrés.

Les entretiens menés avec les élu.e.s et les responsables de services municipaux montrent le souci de « canaliser la violence des jeunes dans des activités positives », sans préciser quel est le sexe des jeunes incriminés. L’hypersocialisation des garçons dans les espaces publics par le sport et les cultures urbaines produit probablement l’effet inverse de celui escompté, valorisant les conduites viriles et leurs avatars, le sexisme et l’homophobie.

Une nouvelle hypothèse apparaît si l’on met ces résultats en continuité avec d’autres recherches menées par l’équipe sur « l’usage de la ville par le genre » : cette éducation différenciée des garçons et des filles à l’usage de l’espace public ne prépare-t-elle pas aussi l’hégémonie masculine dans la ville et le sentiment d’insécurité pour les femmes qui en découle ?

 

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© Marie-Louise Penin, février 2011 © Marie-Louise Penin, février 2011

 

contact Contacts :

Edith Maruéjouls, doctorante en géographie

Yves Raibaud, Maître de conférence, habilité à diriger des recherches, ADES CNRS

 

Partenaires scientifiques :

1. UMR5044 Centre d'étude et de recherche Travail, Organisations, Pouvoirs (C.E.R.T.O.P.), Pôle Sagesse, Toulouse, qui mène depuis janvier 2011 la même recherche sur deux quartiers de Toulouse et sur la commune de Ramonville.

2. UMS1835 Maison des Sciences de la Ville, de l'Urbanisme et des Paysages" (MSV), Tours

 

Références :

Raibaud Y. « De nouveaux modèles de virilité : musiques actuelles et cultures urbaines », in Regards sur les hommes et le masculin, dir. D. Welzer-Lang et C. Zaouche, Empan, 2011, p.149-161.

Raibaud Y. « Le genre, variable centrale de la violence sociale », avec S. Ayral in Violence et société, regards sociologiques dir. A.Ndiaye et D . Ferrand-Bechmann, Desclée de Brouwer, 2010, p. 233-250.


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