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Des reliures cisterciennes de l’abbaye de Clairvaux recouvertes de peau de phoque

UPR841 Institut de recherche et d'histoire des textes (IRHT)

13 juin 2017

 

Élodie Lévêque, chargée du volet « Reliures de Clairvaux » au sein de l’Institut de recherche et d'histoire des textes (IRHT, UPR841, CNRS) et Claire Chahine (CNRS) — qui a créé et dirigé la section cuir et parchemin du Centre de Recherche sur la Conservation (CRC, USR3224, CNRS / MNHN / Ministère de la culture et de la communication) —, mènent des recherches sur les manuscrits de l’abbaye de Clairvaux. Elles ont ainsi mis à jour la présence de reliures en peaux de phoque sur des manuscrits datant du XIIe siècle, en plein cœur de la Champagne.

 

L’abbaye de Clairvaux, fondée en 1115 et gouvernée par le futur saint Bernard jusqu’à sa mort en 1153, abritait une exceptionnelle bibliothèque figurant parmi les plus riches d’Occident. Alors que l’abbaye jouissait d’une remarquable prospérité dès les années 1130, la constitution du fonds initial se fit grâce aux dons des premiers moines venus de Cîteaux, puis par la production du scriptorium de l’abbaye, ainsi que par des donations. À la fin du siècle, la bibliothèque de Clairvaux possédait environ 350 volumes, conservés dans différents lieux de l’abbaye, selon les usages auxquels ils étaient destinés. Dès le milieu du XIIIe siècle, la bibliothèque s’enrichit, principalement grâce à des achats, jusqu’à atteindre 1 000 volumes au début du XIVe siècle. La collection continua à se développer tout au long du Moyen Âge, ce dont témoigne un inventaire rédigé en 1472 pour l’abbé Pierre de Virey par Jean de Voivre, alors bibliothécaire à Clairvaux, répertoriant 1 790 ouvrages.

Des quelque 1 240 manuscrits de Clairvaux aujourd’hui conservés à la Médiathèque du Grand Troyes, une série de quatorze reliures, datées du XIIe siècle, se distingue par la présence de couvrures ayant conservé leurs poils. Ces reliures, toutes de grand format, possèdent les caractéristiques structurelles des reliures romanes : le corps d’ouvrage, cousu sur des lanières de peau, est maintenu serré entre deux ais de chêne, recouverts d’une peau vraisemblablement mégie. À Clairvaux à l’époque romane, le cuir mégis est remarquablement blanc, délicat et fin. Mais ces reliures se distinguent avant tout grâce à leur housse (ou chemise à liseuse) qui recouvre précautionneusement l’ensemble du volume, jusqu’aux tranches de tête, queue et gouttière, protégeant ainsi efficacement les manuscrits contre les agressions extérieures. La housse, contrairement à la couvrure sous-jacente, est constituée d’une peau brune, épaisse, non épilée.

Afin d’identifier l’espèce animale, et dans l’espoir de confirmer l’usage de peaux d’animaux sauvages tels que les cervidés mentionnés dans la description des catalogues modernes, une première analyse biologique a été menée sur six des quatorze manuscrits, à l’aide d’une technique développée par le département d’archéozoologie de l’université de York, au Royaume-Uni. La nature patrimoniale de la collection imposant l’utilisation de techniques d’analyse non destructives, ne nécessitant pas le transport des manuscrits en dehors de leur lieu de conservation, le choix s’est porté sur la technique d’analyse protéomique ZooMS, qui a permis d’identifier la présence de peau de phoque sur les six premiers échantillons. Une observation minutieuse à l’aide d’un microscope numérique portatif a amené à confirmer la présence de peaux de phoque sur l’ensemble des quatorze reliures de la collection.

Des traces de peau ayant conservé ses poils sur une reliure de plus petit format, ainsi que certains signes suggérant la présence de housses (ou chemises, aujourd’hui disparues) sur un très grand nombre de manuscrits de la collection, posent la question de savoir si l’ensemble de ces manuscrits aurait pu être recouvert de peau de phoque à l’époque médiévale. Sans grande surprise, l’usage du phoque pour la couvrure des manuscrits est chose courante dans les pays scandinaves et en Irlande au cours de l’histoire, mais leur existence est également attestée en Angleterre, sur des reliures cisterciennes du XIIe siècle.

Alors que l’on imagine assez bien l’usage de peaux de phoque dans les régions largement peuplées par ce mammifère marin, la question de leur usage en Champagne au XIIe siècle se pose indéniablement. La présence de moines anglais et irlandais à Clairvaux à cette époque suggère de possibles apports extérieurs de provenances lointaines.

Une étude comparative de sept reliures de Clairmarais conservées à Saint-Omer (dont le matériau de couvrure est étrangement ressemblant) suggère davantage une pratique cistercienne que géographique. Les recherches en cours, en partenariat avec une équipe de scientifiques danois, permettront bientôt de confirmer la provenance de ces peaux.

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contact Contact :

Elodie Lévêque | elodie.leveque@irht.cnrs.fr

 

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