CNRS : Centre National de la Recherche Scientifique
Liens utiles CNRSLe CNRSAnnuairesMots-Clefs du CNRSAutres sites
Accueil Département scientifique homme et société : Centre National de la reherche scientifiqueAccueil Département scientifique homme et société : Centre National de la reherche scientifique
  Accueil > La recherche en sciences humaines et sociales > Vers une anthropologie comparée du bouddhisme

Vie des Laboratoires

 

Recyclage des déchets végétaux pour l'industrie au IIIe siècle de notre ère - L'exemple de la production des amphores à huile d'Andalousie

UMR5140 Archéologie des sociétés méditerranéennes

30 mars 2015

 

Les recherches sur l’oléiculture antique commencées en 2013 dans le bassin du Guadalquivir (province de Séville, Andalousie, Espagne), par une équipe franco-espagnole du laboratoire Archéologie des Sociétés Méditerranéennes (ASM, UMR5140, CNRS / Ministère de la Culture et de la Communication / Université Paul Valéry Montpellier III)*, de l’Université de Séville et de la Casa de Velazquez-Madrid, dans le cadre du Labex Archimede, ont permis de recueillir les preuves de l’utilisation massive des résidus de production d’huile comme combustible pour les fours à amphores.On savait que les grignons, ces fragments de noyaux broyés mêlés à un peu d’huile et d’eau, issus du broyage puis du pressurage des olives étaient massivement brûlés dans les fours des boulangeries de Pompéi où leur très fort pouvoir calorifique faisait merveille, mais c’est la première fois que leur utilisation dans l’industrie de la production d’amphores est mise en évidence. Ces travaux ont fait l'objet d'un article dans le dernier numéro d'Archéologia.

 

 

Une production d’amphores industrielle

L’équipe qui mène des recherches sur la commune d’Ecija depuis deux ans, fouille le vaste atelier de Las Delicias, dans lequel étaient fabriquées les amphores servant au transport de l’huile d’olive. Deux grands fours de 70 m3, sur la vingtaine que devait comporter ce complexe quasi industriel fonctionnant entre le milieu du Ier siècle de n. è. et la seconde moitié du IIIe s., ont été mis au jour. Datés des années 220/270 ap. J.-C., ils pouvaient produire annuellement 7000 amphores contenant 490 000 litres d’huile correspondant à une surface cultivée en oliviers de 360 hectares.

Las Delicias appartient à une série de 90 ateliers du même type, répartie sur une centaine de kilomètres entre Cordoue et Séville (province romaine de Bétique), qui approvisionnait en huile, grâce à l’intensité du commerce fluvio-maritime, les Gaules, les Germanies, la Grande-Bretagne et surtout Rome, qui comptait dans l’Antiquité 1 million d’habitants. Les estimations pour cette seule ville font état de 85 millions d’amphores de la vallée du Guadalquivir qui auraient été acheminées pendant 300 ans pour fournir l’huile alimentaire consommée quotidiennement. On est là face au plus grand flux commercial de l’Antiquité révélé par l’archéologie, depuis la fin du XIXe siècle.

Les amphores de Las Delicias se retrouvent dans toutes ces régions de l’Empire romain comme l’indiquent les très nombreuses découvertes de fragments portant les estampilles (marques imprimées dans l’argile encore fraiche) de l’atelier. Cependant, si le commerce et la consommation de l’huile de Bétique sont désormais bien appréhendés, il n’en va pas de même de la question de sa production. Aucune huilerie n’a été fouillée le long du Guadalquivir, seuls quelques fours ont été dégagés et les divagations du fleuve ainsi que les ravages de l’agriculture mécanisée détruisent un peu plus chaque année ce patrimoine largement méconnu.

 

Une source d’énergie renouvelable

L’un des objectifs des recherches menées à Ecija est de comprendre quelles ont été les stratégies d’approvisionnement en combustible mises en œuvre par les propriétaires d’ateliers d’amphores pour le fonctionnement de milliers de fours nécessaires à l’exportation de l’huile. Le postulat de départ est que cette activité a dû avoir des effets très néfastes sur l’environnement et en particulier sur le couvert forestier dont Strabon, géographe grec qui écrivait sous le règne de l’empereur Auguste, nous révèle qu’il était fort développé dans cette région, à la fin du Ier siècle av. J.-C. Quelle était la situation 300 ans plus tard ? Les espaces forestiers ont-ils été gérés de façon raisonnée ? Les oliviers ont-ils fini par les remplacer au fur et à mesure des défrichements ? Finalement, les grignons ont-ils remplacé le bois ?

Les résultats obtenus à Las Delicias apportent sur ces questions des éléments de réflexion essentiels puisqu’ils montrent, grâce aux tamisages des cendres issus des différents niveaux de fonctionnement de l’atelier et au recueil de milliers de charbons de bois et de noyaux carbonisés, un phénomène tout à fait intéressant de recyclage des déchets.

Au milieu du Ier siècle de n. è. on brûle, dans les fours, du bois probablement issu des forêts proches. Une centaine d’années après, bois et grignons sont utilisés conjointement. Dans le second quart du IIIe siècle, l’utilisation des grignons paraît presque exclusive et démontre que désormais, l’atelier est inséré dans une chaîne de production fournissant son propre combustible. La découverte, à quelques mètres des fours, d’une imposante huilerie à deux pressoirs semble confirmer cette proposition : c’est d’elle que proviennent les grignons pour les fours. On a longtemps considéré que les huileries étaient installées dans les coteaux et que l’huile était transportée dans des outres vers les berges du Guadalquivir où se trouvaient les ateliers d’amphores. Cette affirmation doit probablement être reconsidérée pour le IIIe siècle car il semble que désormais, la mise à contribution de cette biomasse ait imposé de nouvelles façons de produire.

 

Vue générale d'un four du IIIe s. et de l'atelier de Dr. 20 en cours de fouille

Las Delicias – Andalousie (Espagne) - © CNRS / Stéphane Mauné

 

 


Vue générale de l'huilerie en cours de fouille avec au premier plan le dispositif de réception de l'huile
Las Delicias – Andalousie ( Espagne) © CNRS / Stéphane Mauné

 

 

contact Contacts :

Stéphane Mauné - Tel.: 04 67 15 61 29 / P.: 06 67 42 92 56

Chercheur CNRS - UMR5140 Archéologie des sociétés méditerranéennes


Véronique Humbert - Tel.: 04 67 15 61 29

Chargée de communication CNRS

 

Aurélie Lieuvin - Tel.: 04 67 61 35 10 / P. : 06 25 53 89 73

Presse CNRS

 

 

en savoir plus En savoir plus sur Archéologie des Sociétés Méditerranéennes
en savoir plus En savoir plus sur le Labex Archimede

en savoir plus En savoir plus sur la Casa de Velazquez

 


Accueil du Sitecontactimprimer Plan du sitecredits