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Vingtième Siècle 112, octobre-décembreHistoire et romanDossier dirigé par Judith Lyon-Caen et Marie-Bénédicte Vincent
Fondée par François Bédarida, Jean-Pierre Rioux et Michel Winock, au nom de l'Association pour l'histoire du XXe siècle, la revue Vingtième Siècle privilégie l'histoire contemporaine, de l'affaire Dreyfus à nos jours, et fait jouer le rapport entre le présent et le passé. Consacré au face-à-face entre histoire et roman, ce dossier entend saisir la fiction romanesque moins comme une source d'histoire que comme un objet pour l'histoire du XXe siècle : la production, la diffusion et les appropriations des écrits de fiction sont ici considérées comme des faits sociopolitiques à part entière. Il existe toute une série de travaux, à la confluence de l'histoire des historiens et des études littéraires, visant à saisir le « rôle historique » des œuvres littéraires, à regarder le pouvoir de la littérature comme un objet d'histoire et à comprendre ce que tel ou tel écrit romanesque fait de son temps et à son temps. Dans un premier temps, le dossier explore les opérations par lesquelles les romans ont pu être produits et reçus comme des savoirs spécifiques sur le monde ou comme des témoignages. Marie-Bénédicte Vincent explique le succès de Quoi de neuf, petit homme ? d'Hans Fallada, roman qui décrit la prolétarisation d'un couple d'employés des années 1930 en Allemagne, en montrant ses liens entre la sociologie naissante des employés et les œuvres littéraires. Ce roman intéresse l'historien actuel car il invite à l'exploration de champs encore peu connus de recherche, tels que la culture quotidienne, la sphère familiale et la langue de ce groupe social. Puis l'article de Frédéric Gugelot décrit comment la figure héroïque du prêtre-ouvrier, mythe romanesque très présent dans les « romans catholiques » des années 1950, incarne l'aspiration à un renouveau du catholicisme au sortir de la guerre. Au carrefour des champs religieux, politiques et littéraires, ces œuvres rejaillissent également dans l'institution ecclésiale. Les deux articles suivant proposent des réflexions sur la valeur de témoignage de la fiction romanesque. Nicolas Beaupré revient sur les nombreux débats autour des témoignages littéraires de la Première Guerre mondiale, de leur véracité et de leur qualité de source documentant l'expérience de guerre et permettant d'appréhender des phénomènes culturels plus larges comme les effets de la guerre sur le champ littéraire. Cécile Vaissié envisage la production romanesque de la période gorbatchévienne comme des œuvres ayant aidé la société soviétique à prendre conscience de ce qu'elle a subi et à quoi elle a participé sous Staline, en l'incitant à explorer sa propre mémoire, ses traumatismes, voire sa responsabilité. Dans un second temps, 4 lectures de romans du XXe siècle menées par des historiens réfléchissent à la manière dont ces romans transportent dans le présent quelque chose du passé, jusqu'à affecter et déplacer le travail même de l'historien et son regard sur le temps. Anne Simonin met en lien l'émission consacrée à Babar sur la BBC entre 1941 et 1944 avec le prix Goncourt de Romain Gary en 1956, Les Racines du ciel. Sous les traits d'une célèbre figure de la littérature enfantine, Babar, ou en tant que représentant des droits de l'Homme sous la plume de Gary, l'éléphant incarne cette dimension essentielle de la France idéale : la grandeur. Christian Jouhaud évoque les rapports à l'histoire d'un roman de Georges Simenon, Maigret et les témoins récalcitrants scruté ici pour sa capacité à évoquer l'emprise du passé sur les êtres et les lieux. En prenant au sérieux l'insertion de l'intrigue dans l'espace parisien, le propos est de mettre au jour les rapports troublés au passé du roman et du romancier. A partir de La Plaisanterie de Milan Kundera, Alain Boureau, médiéviste, analyse la destruction des grands ressorts romanesques et existentiels comme autant de déroutes de l'intention. Devant le chaos, le romancier et l'historien doivent formuler des hypothèses qui tentent de dépasser le désordre individuel. La Plaisanterie rappelle formellement que l'histoire est la science du contingent. Enfin Yves Carrez-Maratray, spécialiste de l'Égypte ancienne, évoque son parcours de recherche et les formes de présence du passé antique dans l'Égypte actuelle. En comparant l'Immeuble Yacoubian d'Alaa al-Aswani, roman à succès publié en 2002, et des sources antiques, il réfléchit à ce que la littérature contemporaine peut fournir à l'historien en termes d'analogies et de mises en relations.
Rédacteur : Odile Contat |
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