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Vie des Laboratoires
![]() Inauguration de la Maison de Site Rio Bec (Mexique)UMR8096 Archéologie des Ameriques (ARCHAM)8 juin 2010 Au terme de neuf ans d’activité (2002-2010), le projet archéologique Économie et société à Rio Bec à son apogée (basses terres centrales mayas) s'est clôturé par une journée synthétisant remarquablement les trois grandes composantes du travail réalisé : scientifique, patrimoniale et communautaire.
Le 16 mai 2010, les co-responsables du programme, Dominique Michelet et Marie-Charlotte Arnauld (UMR 8096, Nanterre, CNRS / université de Paris 1), ont procédé à la remise formelle du site Rio Bec aux autorités du village Veinte de Noviembre (Campeche, Mexique), en présence de Fernando Ortega Bernés, gouverneur de l’État du Campeche, de Bertrand de Hartingh, conseiller de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France au Mexique, de Sophie Archambault de Beaune, directrice adjointe scientifique à l’Institut des Sciences humaines et sociales (CNRS), de Michel Bichot, président des Empresas francesas en México, de Antonio Benavides Castillo, représentant l’Instituto nacional de Antropología e Historia (INAH), de Carlos Vidal, ministre de la Culture du gouvernement de Campeche, de Delphine Mercier, directrice du Centre d’Études Mexicaines et Centre-Américaines (CEMCA, USR 3337), des autorités du municipe de Calakmul et de l'ejido Veinte de Noviembre (Campeche).
Cette cérémoie a donné lieu à l'inauguration de la Maison Rio Bec, centre d'accueil et d'information, construite dans le village de Veinte de Noviembre. Les visiteurs y trouveront une riche information, en attendant qu’une piste permette l’accès aux ruines tout au long de l’année, notamment pendant la saison des pluies. Le bâtiment, construit entre mars et mai 2010 par les soins du projet Rio Bec, a été financé par Empresas francesas en México — groupement d’entreprises privées ayant soutenu financièrement les recherches à partir de 2003 — le MAEE, le gouvernement de l’État du Campeche et le CNRS. Il présente, en 20 panneaux, les antécédents du projet, les principales opérations menées à bien entre 2002 et 2010 par une équipe internationale et interdisciplinaire d’une quarantaine de spécialistes et les résultats obtenus les plus marquants. Dès que cette maison d’interprétation aura acquis le statut de « musée de site » (museo comunitario), elle abritera plusieurs des pièces mises au jour par les fouilles, notamment l’essentiel des plus de soixante sculptures qui décoraient la corniche supérieure de l'édifice A (5N2) de Rio Bec, le plus grand des palais fouillés et l’un des plus grands à tours de toute la région. Après l'inauguration, une visite du site a permis aux autorités de mesurer l’importance et l’intérêt de Rio Bec.
Découvert en 1894, le site de Rio Bec est un site Maya des basses terres situé aux confins des régions du centre (le Petén) et du nord (Yucatan), célèbre en raison de son architecture exceptionnellement élaborée et décorée. Une vingtaine de groupes monumentaux ont été répertoriés sur plus de 13 kilomètres. L'objectif scientifique du projet était double : à partir d'une connaissance approfondie de l'habitat, comprendre l'organisation socio-politique de Rio Bec à son apogée (550-950 ap JC) et restituer le mode d'exploitation du milieu qui a permis la prospérité du secteur.
Les principaux résultats scientifiques concernent l’originalité de la société locale au sein de l’ensemble des basses terres mayas à l’époque classique, originalité qui se déploie sur plusieurs niveaux. Dès le début des recherches, les prospections effectuées sur une aire de 100 km2 (10x10 km) ont fait apparaître que Rio Bec n’était pas un site archéologique circonscrit, ayant formé une entité facilement identifiable. D’autres opérations ont bien montré aussi que son organisation politique était caractérisée par une centralité faible et une instabilité certaine : Rio Bec n’a jamais été une cité à royauté sacrée comme les autres sites des basses terres centrales mayas sur lesquels se sont concentrés presque tous les projets de recherche depuis les années 1950. Les prospections de surface systématiques sur 159 hectares, les fouilles intégrales de palais et d’habitats plus modestes, leur analyse chronologique, hiérarchique et l’étude de leur contexte écologique permettent de restituer les dynamiques sociales qui se sont développées, notamment entre 550 et 950 ap JC, période d’apogée de la zone et de mise en place progressive du style architectural et iconographique Rio Bec. Des processus spécifiques de coopération et de compétition ont favorisé le maintien d’une configuration de l’habitat dispersée, quoique ponctuée de complexes palatiaux, dans un environnement rural où a prévalu l’exploitation agricole intensive de petits domaines. D’après les hiérarchies, remarquablement cohérentes entre elles, des unités d’habitat et des unités de production, ces processus sociaux ont certainement été liés à une relative prospérité agricole, sans pour autant que celle-ci ait favorisé l’émergence d’une royauté véritable. L’amorphisme politique local soulève, lui, de nouvelles questions, tant à l’intérieur de la région qu’à l’échelle des basses terres mayas en général. D’un côté, en effet, il reste à mieux comprendre l’absence d’une royauté locale effective et ce que représentent, malgré tout, les stèles d’allure royale inventoriées dans la zone. De l’autre, il convient de se demander si l’image que l’on a aujourd’hui du monde maya pendant la période 600-900 ap JC, comme intégralement organisé autour de cités royales, n’est pas, en partie au moins, un artéfact de la recherche, celle-ci ayant fait la part trop belle aux noyaux monumentaux aux dépens des secteurs qui en manquent. Dans ce cas, la société de Rio Bec n’aurait-elle pas été moins originale qu’il n’y paraît à ce jour ?
Dominique Michelet
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