CNRS : Centre National de la Recherche Scientifique
Liens utiles CNRSLe CNRSAnnuairesMots-Clefs du CNRSAutres sites
Accueil Département scientifique homme et société : Centre National de la reherche scientifiqueAccueil Département scientifique homme et société : Centre National de la reherche scientifique
  Accueil > La recherche en sciences humaines et sociales > Sauvegarder pour préserver : une ethnomusicologue au pays des Toraja

Vie des Laboratoires

 

 

Sauvegarder pour préserver : une ethnomusicologue au pays des Toraja

UMR8170 Centre Asie du Sud-Est (CASE)

30 mars 2012

 

Musicienne dès son plus jeune âge, Dana Rappoport a choisi d'orienter sa vie vers la recherche. Depuis l'âge de 23 ans, elle enquête sur l'origine du chant de plusieurs populations d'Indonésie centrale et orientale et en étudie leurs polyphonies. Après une thèse d'ethnomusicologie à l'université de Nanterre, elle intègre le CNRS en 1998 en tant qu'ethnomusicologue au laboratoire d'ethnomusicologie du Musée de l'Homme. Elle est à présent membre et directrice adjointe du Centre Asie du Sud-Est - UMR8170 (CNRS/EHESS). Après plusieurs années de recherches sur l'île de Sulawesi (Célèbes), elle vient de publier un ouvrage intitulé Chants de la terre aux trois sangs : musiques rituelles des Toraja de Sulawesi, Indonésie (Editions de la Maison des sciences de l'homme).

 

Cet ouvrage inédit se présente sous la forme d'un coffret comportant deux livres - un récit ethnographique et un recueil de poèmes choisis – ainsi qu'un dévédérom restituant l'ensemble des données collectées ayant servi à construire l'interprétation. Le dévédérom est exceptionnel par l'ampleur du résultat : il donne accès à une anthologie poétique musicale de plus de quarante heures de musique, ainsi qu'à un argumentaire multimédia, richement illustré. Les innovations éditoriales sont multiples, comme par exemple l'effort fait pour donner des clés d'écoute (animation graphique). Grâce à cette anthologie, il est possible d'écouter les poèmes — dits, scandés, psalmodiés, chantés — dans leur contexte de profération ; il est possible de comprendre, grâce à l'image, à quoi les mots réfèrent (aux morts, aux nobles, aux arbres, aux divinités, au sang, à la viande des sacrifices, aux plantes, aux rituels...).

Pour voir la vidéo, vous devez télécharger Adobe Flash Player.

 

Les poèmes toraja (5000 vers environ) sont traduits en trois langues (français, anglais, indonésien). Tout cela est le résultat d'un grand nombre d'années d'enquêtes, de traductions et d'analyses. L'ouvrage est aussi paru en intégralité en anglais sous le titre Songs from the Thrice-Blooded Land: Ritual Music of the Toraja (Sulawesi, Indonesia). Il paraîtra cette année en indonésien sous le titre Nyanyian Tana Yang Diperciki Tiga Darah: Seni Suara dan Ritus-Ritus toraja (Sulawesi, Indonesia). Le coffret est actuellement en maquettage.

L'ouvrage vient de recevoir le coup de cœur de l'Académie Charles Cros 2012 pour la catégorie musique du monde. Une belle récompense pour la jeune femme, soulagée de voir ces chants expliqués et restitués : un moyen essentiel pour les préserver à une époque où la christianisation et l'indonésianisation ont tendance à les faire disparaître.

A la suite de ses travaux sur le patrimoine musical toraja, Dana Rappoport a initié un nouveau sujet de recherche portant sur le rapport entre aires culturelles et systèmes musicaux. Est-ce qu'à une aire culturelle correspondrait une musique propre ? Pour répondre à cette question, elle est partie dans l'Est indonésien. En passant des Toraja aux Lamaholot (habitants les îles de Flores, Adonara, Solor et Lembata), la chercheuse – qui a passé un an sur le terrain lamaholot – a découvert des pratiques musicales bien différentes d'Indonésie centrale. Ces dernières années ont été consacrées à l'analyse et à la publication des premiers résultats issus de ce long terrain : plusieurs articles et un disque (« coup de cœur » de l'Académie Charles Cros 2010).

Depuis 2009, Dana Rappoport approfondit plusieurs thèmes : musique et peuplement, musique et esthétique, musique et émotion, musique et lieux puissants. Dans le cadre du premier thème de recherche (musique et peuplement), la chercheuse essaie de déterminer la provenance d'un langage musical qui fait figure d'isolat à l'est. Elle fait pour cela appel aux autres disciplines (archéologie, linguistique, histoire) pour comprendre pourquoi dans une toute petite enclave de l'est de l'île, les gens chantent exclusivement à deux voix et à un intervalle très restreint. La chercheuse postule une possible migration de Papouasie, par la similitude d'un langage musical à l'est de l'île de Timor. Plusieurs indices permettent d'envisager une relation entre cette pratique de duos avec l'île de Timor : d'une part, l'homologie entre les systèmes musicaux d'un groupe lamaholot (de langue austronésienne) et d'un groupe fataluku (de langue non austronésienne) ; d'autre part, les récits d'origine ; enfin, la présence commune d'autres traits culturels tel par exemple, la valorisation du crocodile comme ancêtre dans les deux populations. La musique encore pratiquée jusqu'à aujourd'hui pourrait être la survivance d'une tradition que des hommes auraient apportée avec eux par-delà les mers. La fragmentation des stylistiques vocales de l'île de Flores résulterait donc de migrations variées.

Afin de valider cette hypothèse migratoire, Dana Rappoport poursuit donc ses enquêtes de terrain, toujours plus à l'est.

 

 

Chants de la terre aux trois sangs : musiques rituelles des Toraja de l'île de Sulawesi

Chants de la terre aux trois sangs est une somme unique de  connaissances et d'archives audiovisuelles sur les musiques toraja. Rare et méconnu, aujourd'hui menacé, le patrimoine culturel de ces populations montagnardes de l'île de Sulawesi  fait partie d'un fonds linguistique ancien, la strate  austronésienne (-6000 avant JC). Le chant, toujours précédé de sacrifices, accompagnait l'intégralité d'un cycle rituel. Ce cycle permettait aux humains de passer du côté du soleil couchant au côté du soleil levant par une série de gestes, de paroles et de chants.

en savoir plus En savoir plus sur l'ouvrage

 

 

contact Contact :

Dana Rappoport, chargée de recherche CNRS

 

en savoir plus En savoir plus sur Dana Rappoport

en savoir plus En savoir plus sur le Centre Asie du Sud-Est

Accueil du Sitecontactimprimer Plan du sitecredits