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Paris, le 25 Juin 2012 Les automates cellulaires : une manière de modéliser les systèmes complexes et en particulier les dunes étoiles
Les dunes étoiles sont des dunes géantes dont les ramifications s'étendent dans de nombreuses directions. Un cas d’école, en somme, pour tester l’efficacité des « automates cellulaires de l’espace réel » mis aux point par des chercheurs de l'Institut de Physique du Globe de Paris (CNRS-IPGP) et du laboratoire de Matière et Systèmes Complexes (CNRS-MSC) pour aborder plus généralement la question du transport sédimentaire dans les nombreux environnements géophysiques soumis à des écoulements multidirectionnels. A partir de modèles numériques de la catégorie des automates cellulaires et prenant en compte des régimes de vents multidirectionnels, ces chercheurs montrent que les dunes étoiles peuvent être considérées comme une superposition de dunes longitudinales. L'orientation et le taux de croissance de chaque ramification dépendent de la configuration des écoulements et de la quantité de sable disponible. Ces nouveaux résultats ouvrent de nouvelles perspectives pour l'analyse du transport sédimentaire et plus particulièrement des champs de dunes dont celles de nos planètes soeurs. Une étude parue ce jour dans Nature Geoscience Advance on line
Dune étoile à l'Est du désert du Badain Jaran (Chine). Sur cette dune géante d'une hauteur d'environ 150 m, on observe une bifurcation des lignes de crêtes et la présence de dunes superposées. © IPGP, ph. C. Narteau
Dune étoile dans le grand Erg Algérien. Des ramifications dans de nombreuses directions soulignent la variabilité des vents. © Google Earth
Population de dunes étoiles dans le grand Erg Algérien. Entre les dunes étoiles, on note la présence de plus petites structures qui peuvent jouer un rôle important dans la manière dont interagissent les dunes géantes.© Google Earth
Si les océanographes et les climatologues ont affaire à des milieux fluides qu’ils peuvent décrire et modéliser en utilisant les équations de la mécaniques des fluides, les scientifiques qui s’intéressent aux écoulements et transports sédimentaires ont affaire à une multitude de particules dont la modélisation requiert de nouveaux formalismes. C’est pourquoi des chercheurs de l’IPGP et du MSC se sont intéressés aux automates cellulaires et à leurs possibles applications en sédimentologie. Un exemple de l’interdisciplinarité entre laboratoires rattachés à l’INSU et l'INSIS du CNRS. Mais qu’est-ce qu’un automate cellulaire ?
Automates cellulairesLes automates cellulaires sont des modèles considérant le temps et/ou l’espace comme un assemblage de structures discrètes. Dans l’espace, l’élément de base est appelé cellule. Dans la nature, la cellule peut par exemple représenter un certain volume de sable. Ces modèles consistent alors à établir des règles simples à l'échelle de la cellule élémentaire et à les répéter jusqu'à ce que le jeu des interactions entre les cellules produise de lui-même des structures cohérentes ou des formes organisées à l'échelle macroscopique, une dune par exemple.
Automates cellulaires de l'espace réelLe principe de base des automates cellulaires de l'espace réel est de remplacer les variables physiques continues (par exemple : flux sédimentaire, vitesse, pression) par une variable d'état discrète représentant les différentes phases d'un système naturel (par exemple : air, sable mobile, sable immobile). Ainsi, chaque point de l'espace du modèle n’est pas décrit par une gamme de variables physiques mais par une seule variable représentant localement l'état du système.
Un automate cellulaire de l'espace réel pour l'étude des populations de dunes
Dune étoile au sein de l'automate cellulaire de transport sédimentaire. La partie inférieure de la figure montre un plan vertical de cellules le long du transect AB. Les deux encarts montrent des cellules au niveau des lignes de crêtes. Les cellules bleues correspondent à un état fluide, par exemple de l'air. Les cellules rouges et noires correspondent respectivement à des cellules de sédiment mobile et immobile. Les transitions entre des états mobiles et immobiles permet de prendre un compte les mécanismes d'érosion et de déposition. Le transport de sédiment (cellules rouges) dans l'air (cellules bleues) permet de reproduire des flux de sable.
Une nouveauté du modèle développé pour l'étude des populations de dunes est d'avoir couplé un automate cellulaire de l'espace réel dédié au transport sédimentaire avec un modèle d'écoulement turbulent (un gaz sur réseau). Ce couplage entre le compartiment sédimentaire et le compartiment fluide converge seul vers des équilibres qui permettent de reproduire la formation des dunes sur lit plat mais aussi sur le dos de plus grandes dunes. Ce nouvel outil numérique permet ainsi de reproduire des objets plus complexes, comme les dunes étoiles, et de mieux contraindre les flux sédimentaires qui leurs sont associés sur différentes échelles de temps.
Les dunes étoiles![]()
Formation et évolution des dunes étoiles en utilisant des régimes de vents multidirectionnels. Du haut vers le bas, le vent souffle de n = {3, 4, 5, 6, 7} directions régulièrement espacées (voir la rose des vents). Les ramifications se propagent seulement pour un nombre de vent impair (voir flèches bleues). Dans ce cas, on peut mesurer, au niveau des lignes de crêtes, l'effet de la topographie sur le transport de sédiment. Les dunes étoiles sont des dunes de très grande taille (plus de 100 m de haut) qui se composent le plus souvent d'un dôme central sur lequel se développe toute une hiérarchie de plus petites structures n'ayant apparemment aucune orientation privilégiée. Elles peuvent être décrites comme un enchevêtrement de formes dunaires dont les crêtes et les faces d'avalanche se propagent dans de multiples directions. Probablement du fait de leur taille et d'une apparente complexité, leurs formes et leurs dynamiques n'ont fait l'objet, jusqu'à maintenant, que d'une poignée d'études.
Source(s):Morphology and dynamics of star dunes from numerical modelling Deguo Zhang1, Clément Narteau1, Olivier Rozier1 & Sylvain Courrech du Pont2 Nature Geoscience, Published online: 24 June 2012 | doi:10.1038/ngeo1503 1-Institut de Physique du Globe de Paris, Sorbonne Paris Cité, Univ Paris Diderot, UMR 7154 CNRS, Contacts : narteau@ipgp.fr, 01 83 95 74 23 sylvain.courrech@univ-paris-diderot.fr
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