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De notre envoyé spécial à Oslo (3)...

24 mai 2017

Dernier jour de festivités autour du prix Abel d’Yves Meyer à Oslo. Place aux mathématiques avec une journée d’exposés scientifiques !

Durant ces trois jours, la rue principale d’Oslo était pavoisée aux couleurs du Prix Abel, preuve de l’importance que les Norvégiens y attachent.


Cette troisième journée était scientifique, et Yves Meyer avait la part du lion, avec deux exposés !


Le premier, en comité restreint, se tenait devant des spécialistes de détection pétrolière, sujet important pour la Norvège. Cette réunion était un beau retour aux sources, puisque l’aventure des ondelettes a commencé au début des années 80 avec l’invention par Jean Morlet d’algorithmes destinés à améliorer le rendu des images de détection pétrolière obtenues par vibration sismique.






Les exposés suivants étaient publics, dans l’un des grands amphis de l’université d’Oslo. Yves Meyer donnait le premier. Il avait choisi pour thème l’une des applications les plus récentes et les plus médiatisées des ondelettes : leur utilisation dans la détection de la première onde gravitationnelle. Il a commencé son exposé par une remise en perspective radicale de l’analyse par ondelettes, expliquant qu’elle pallie les limitations de nos sens. Plus précisément, les ondelettes temps-échelles (obtenues par transaction-dilatations d’une même fonction) suppléent à ce que nos yeux ne perçoivent pas ; et les ondelettes temps-fréquence (obtenues en localisant le signal par une fenêtre, puis en y effectuent une analyse de Fourier), suppléent à ce que nos oreilles ne perçoivent pas. Puis il a replacé cette motivation dans le grand programme scientifique qu’avait lancé Joseph Fourier au début du 19eme siècle, et qui avait déjà exprimé les mêmes idées.


Après avoir décrit les outils mathématiques qui interviennent dans la détection des ondes gravitationnelles, il a achevé son exposé par une ouverture finale impressionnante, expliquant pourquoi la vieille hiérarchie des sciences d’Auguste Comte (avec les mathématiques au sommet !) doit être remplacée par l’idée d’un orchestre au sein duquel les différentes disciplines se répondent et jouent en harmonie. A une question sur la façon dont on peut favoriser l’interdisciplinarité, il a indiqué que, pour lui, des départements de recherche voisins de taille raisonnable sont les plus aptes à faciliter les rencontres entre chercheurs de disciplines différentes.


Sont ensuite intervenus Ingrid Daubechies et Stéphane Mallat, qui ont été parmi les premiers collaborateurs de la "période ondelettes" d’Yves Meyer. Enfin, Emmanuel Candes, plus jeune, et qui a eu la chance d’avoir Yves Meyer comme enseignant de M2 à l’Université Paris Dauphine. Il a donc pu ainsi témoigner du grand impact qu’Yves Meyer avait comme enseignant.



















Tous les trois, avec des mots différents, ont décrit les subtils aller-retours entre mathématiques, physique, et traitement du signal et de l’image, au sein desquels, pour reprendre le terme utilisé par le comité Abel, Yves Meyer a joué un rôle de pivot. Ingrid Daubechies a terminé son exposé avec une autre application impressionnante toute récente : dans la scène de l’Annonciation, au sein du retable de l’Agneau mystique des frères Van Eyck, elle a montré comment des méthodes utilisant (entre autres) les ondelettes ont permis de déchiffrer une page du livre entre-ouvert qui y apparait, et de montrer qu’il s’agit d’un texte de Saint Thomas D’Aquin, concernant​ précisément l’Annonciation.


Entre les exposé était passé un petit film bref et tonique sur Yves Meyer. Il y rappelle en particulier les mathématiciens à la modestie, mentionnant qu’ils pensent souvent savoir la vérité sur tout en dehors des mathématiques, ce qui est, pour reprendre ses termes, "un peu ridicule".


Le 23 mai au soir, notre envoyé spécial a profité de la "soirée Abel" pour rendre un discret hommage à un grand interprète de James Bond…