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Rio 2018 : Portrait de conférencière

16 octobre 2017

Interview de Sylvia Serfaty, Professeur au Courant Institute of Mathematical Sciences, NYU, conférencière plénière.

Quel est votre domaine de recherche ?

Mon domaine de recherche est à l’origine les équations aux dérivées partielles et le calcul des variations. Je me suis intéressée tout particulièrement à l’analyse mathématique du modèle de Ginzburg-Landau de la supraconductivité, et aux arrangements des tourbillons de vorticité que l’on observe dans les supraconducteurs et les superfluides, ainsi qu’à leur évolution. Cela m’a amenée à m’intéresser plus largement aux systèmes de particules qui interagissent de manière coulombienne, que l’on rencontre de la physique à la théorie de l’approximation. En rajoutant les possibles effets thermiques, on touche à des questions qui apparaissent en matrices aléatoires ou dans certains modèles de physique théorique, et cela m’a conduite dans le domaine de la mécanique statistique et à l’interface entre l’analyse et les probabilités.

Qu’est-ce qui vous a amenée à faire des mathématiques ?

J’ai eu l’intuition que je voulais faire de la recherche en mathématiques un jour en classe de 1ère au lycée. Nous avions des exercices à faire à la maison, et l’un d’eux m’a donné du fil à retordre. J’avais réfléchi longtemps, et pour répondre à la question, j’avais finalement démontré quelque chose de plus général que ce qui était demandé, j’avais trouvé une sorte d’inégalité fonctionnelle (je ne me souviens plus du détail). J’avais erré, j’avais tourné en rond, j’avais tâtonné, et au bout du compte j’avais trouvé une solution. Et surtout je n’avais pas vu le temps passer ! J’avais été totalement absorbée. C’était en quelque sorte ma première expérience de recherche… Je me souviens que quand j’ai présenté ma solution en classe, tout le monde avait semblé surpris, y compris l’enseignante. Cela a été un déclic. Comme je me cherchais un peu une vocation, tout d’un coup l’idée de la recherche, qui semblait un beau métier (quoique je n’aie eu aucune idée très concrète à l’époque de ce que c’était vraiment, juste une intuition), se croisait avec un domaine de recherche possible : les mathématiques, qui semblait correspondre à ma tournure d’esprit — le goût de la certitude, le plaisir de tourner et retourner une question dans sa tête dans tous les sens… Ensuite, j’ai cherché à mettre en place les conditions pour réaliser ce projet : devenir mathématicienne. Je ne savais pas si j’en étais capable, mais la première étape était d’aller en maths sup. Là j’ai eu la chance d’avoir un professeur, Stéphane Hoguet, dont je salue la mémoire, et qui a joué un rôle important, en me faisant vraiment découvrir pleinement la beauté des mathématiques et en étant le premier à croire à mon potentiel et à m’encourager dans cette voie.

Qu’est-ce que vous aimez dans votre métier de mathématicienne ?

La stimulation intellectuelle, et le fait que le métier ne se répète pas. On est toujours poussé à aller plus loin, à nous améliorer et nous renouveler, à apprendre des choses nouvelles et avancer pour explorer de nouveaux territoires. J’aime aussi l’échange avec les collègues, la rencontre avec les jeunes (étudiants, thésards, postdocs), l’impression de devoir transmettre le flambeau, et j’apprécie beaucoup le côté international, le fait de voyager souvent et de nouer des liens avec des collègues de nombreux pays. Et puis évidemment la liberté, celle de pouvoir travailler sur ce qu’on veut, avec qui on veut, où on veut et à l’heure qu’on veut ! Tout cela est très précieux, il ne faut pas l’oublier.

Savez-vous déjà ce que vous allez raconter à l’ICM à Rio ?… Qu’est-ce que ce congrès représente pour vous ?

Oui ! Depuis que j’ai su que j’étais invitée, j’y pense régulièrement, j’essaie d’imaginer à quoi devrait ressembler l’exposé et le projet mûrit dans ma tête, comme les éléments d’un puzzle qui se mettent en place. Je vais parler des systèmes de Coulomb, ce sera le fil conducteur, avec en entrée les différents problèmes qui y amènent, et en sortie les techniques qui ont été développées et les résultats dont on dispose, ainsi que les questions ouvertes. Il y a un enjeu délicat d’exposition : comment toucher aux plus de thématiques possibles pour intéresser le public le plus large possible, présenter son travail mais aussi représenter celui des autres et tout un domaine de recherche, tout en donnant suffisamment de détails pour donner chair et contenu, sans perdre trop de monde, tout cela en une heure ! Nous avons d’ailleurs reçu un cahier des charges assez explicite de la part des organisateurs… Donc cette invitation est un grand honneur, mais aussi pour moi une responsabilité et un défi à relever.

crédit photo : NYU Photo Bureau