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Talents 2018 du CNRS : le Cristal 2018 est attribué à Elisabeth Kneller

10 juillet 2018

La médaille de Cristal 2018 du CNRS est attribuée à Elisabeth Kneller, responsable de la bibliothèque Jacques Hadamard et administratrice de l’UMS 1786. Toutes nos félicitations !

La bibliothèque Jacques Hadamard (BJH) est une institution à part dans le paysage documentaire mathématique. C’est en effet une unité mixte de service (UMS) du CNRS et de l’université Paris-Sud. Sa vocation, comme celle de toutes les UMS, est d’une part de mettre des moyens matériels à la disposition des structures opérationnelles de recherche, et d’autre part de mener des actions d’accompagnement de la recherche.

La BJH, dont le fonds concerne exclusivement la recherche mathématique, est rattachée au département de mathématiques d’Orsay. Seule bibliothèque mathématique dédiée à la recherche sur le campus Paris-Saclay, elle joue un rôle central de coordination pour ouvrir largement l’accès à la documentation mathématique spécialisée. Elle accueille bien sûr des mathématiciens d’Orsay mais aussi de l’extérieur.

Parce que les mathématiciens, et en particulier ceux travaillant à Orsay, accordent depuis longtemps une importance particulière aux textes scientifiques, la BJH dispose d’un fonds très complet. Celui-ci attire de nombreux chercheurs d’Île-de-France en quête de documents absents d’autres bibliothèques parisiennes. Ce fond précieux, il s’agit de le préserver, de l’entretenir, et de continuer à le développer de manière exhaustive. La documentation mathématique écrite est en effet un instrument de travail incontournable. Plus nettement qu’en sciences expérimentales et sur une durée plus longue, la recherche mathématique s’accomplit au contact de publications internationales écrites. Il n’est pas rare que des bibliographies contemporaines fassent référence à des articles anciens.

Depuis 2003, Elisabeth Kneller est responsable de cette bibliothèque et administratrice de l’UMS 1786 grâce à une équipe de 5 personnes et en coopération avec le directeur scientifique. Sa mission principale est de conduire une politique d’acquisition et de conservation documentaire, décidée en collaboration étroite avec les mathématiciens du département de mathématiques d’Orsay.

De négociatrice Couperin pour la mise en place de licences nationales d’accès à MathSciNet, à coresponsable du centre d’acquisition et de diffusion de l’information scientifique et technique (CADIST) ; de son action de représentation des mathématiques au sein du nouveau dispositif Collex à son travail au sein du groupement de service RNBM, Elisabeth Kneller a une action de premier plan pour la communauté mathématique nationale. Tout cela en assurant la gestion quotidienne de la BJH. Elle a récemment organisé, avec son équipe, le déménagement de la bibliothèque dans le nouvel institut mathématique d’Orsay : près de 6 000 cartons dans une bibliothèque à repenser en totalité !

La place qu’occupent les personnels ingénieurs et techniciens d’information documentaire dans l’excellence des recherches mathématiques conduites au sein des unités mixtes de recherche du CNRS est absolument indéniable et déterminante pour la qualité des mathématiques en France. En récompensant Elisabeth Kneller, le CNRS reconnaît aussi l’importance de ce travail réalisé au sein des bibliothèques scientifiques. Elisabeth est une digne représentante de la communauté documentaire mathématique, et nous lui adressons toutes nos félicitations.

- INTERVIEW -

Pourquoi, comment êtes-vous devenue responsable et administratrice d’une bibliothèque de mathématiques ?

Disposant de plusieurs années d’expérience dans des bibliothèques et archives de statuts différents – en Allemagne, en France et aux Etats-Unis, - je me suis installée définitivement en France en 1998 avec ma famille, d’abord dans la région d’Orléans où mon mari a obtenu un poste de professeur à l’Université. Après avoir travaillé pendant plusieurs années au SCD de l’Université d’Orléans en tant que conservateur contractuelle, je suis rentrée au CNRS sur concours externe en 2003 pour prendre la responsabilité de la Bibliothèque mathématique Jacques Hadamard.

Ayant suivi une formation universitaire plutôt littéraire, je suis entrée dans un environnement qui ne m’était pas vraiment familier. Mais en discutant avec les mathématiciens du laboratoire de mathématiques et en voyant leur engagement pour la documentation, j’ai rapidement vu que les bibliothèques de mathématiques jouent un rôle important. Mon accueil dans le département de mathématique d’Orsay et dans la communauté mathématique était chaleureux et le travail avec mes directeurs scientifiques très enrichissant. J’ai aussi eu la chance d’avoir toujours travaillé avec une équipe agréable et motivée. L’intégration dans le RNBM m’a beaucoup aidée, surtout au début de ma carrière à Orsay. Aujourd’hui encore, le réseau est un moyen important et riche en échanges, en formation et en discussions.

En tant que responsable de la BJH, on est aussi administrateur ou administratrice de l’UMS. L’UMS est une unité qui, du point de vue budgétaire, est autonome. Ses personnels sont rattachés à l’UMS. Même de petite taille, l’unité est représentée dans le réseau des administrateurs des différents établissements.

En quoi la direction d’une bibliothèque de mathématiques est-elle différente de la direction d’une autre bibliothèque ?

Par rapport à beaucoup d’autres domaines, les mathématiciens, pour lesquels la documentation est un outil de travail important, s’intéressent beaucoup à leurs bibliothèques et aux documents en général. Cette situation favorise les échanges entre mathématiciens et professionnels des bibliothèques et fait naître de beaux nouveaux projets motivants. Ainsi il y a, par exemple, un fort investissement des mathématiciens dans le projet du RNBM concernant le plan de conservation partagée des périodiques. Les discussions autour de l’open access sont très animées et très engagées. Les collègues qui travaillent dans des bibliothèques ou centres de documentations dans d’autres disciplines de recherche reconnaissent cette différence et nous envient cette bonne collaboration entre scientifiques et professionnels des bibliothèques.

Une bibliothèque dans un environnement de recherche est aussi très différente d’une bibliothèque universitaire. La proximité entre bibliothèque et chercheurs favorise – dans la limite des moyens financiers – une adaptation plus rapide aux nouveaux besoins et habitudes de travail de recherche. Une structure de taille plus petite qu’une bibliothèque universitaire présente aussi cet avantage qu’on voit tous les aspects du métier de bibliothèque.

Est-ce qu’il y a une réussite de la bibliothèque Jacques Hadamard dont vous êtes particulièrement fière ?

Plusieurs projets ont pu être réalisés à la bibliothèque – l’aménagement des bureaux juste au moment de mon arrivée, la ré-information de la bibliothèque et en même temps l’intégration du fonds bibliographique dans le SUDOC, qui est le catalogue national des bibliothèques universitaires et des grands établissements. Le dernier grand projet était la conception et l’aménagement de la bibliothèque dans le bâtiment de l’IMO, où j’ai pu suivre de près toutes les phases de la construction et, enfin, le déménagement de la bibliothèque au début de cette année. Je n’aime pas trop l’expression « être fière », mais je suis très contente de la réussite de ces projets. Je dois ces réussites aussi à une équipe formidable où chacun contribue avec ses idées et ses initiatives.

Je suis fière de cette belle bibliothèque que j’ai pu reprendre de mes successeurs et que j’ai l’honneur de diriger. J’espère pouvoir la gérer et la faire évoluer en fonction des besoins des chercheurs et en y intégrant les nouvelles technologies.

Je suis contente de la position et de l’intégration de la bibliothèque dans la communauté des mathématiques, dans le RNBM, mais aussi dans le cadre régional de l’Université Paris-Sud et Paris-Saclay.

Que représente, pour vous, l’obtention de la médaille de cristal du CNRS ?

Bien sûr, je suis très heureuse d’obtenir la médaille de cristal du CNRS. Elle est pour moi une récompense pour tout le travail engagé qui est effectué dans les différentes bibliothèques du RNBM. C’est une récompense et une reconnaissance des bibliothèques et de ses personnels. J’ai la chance d’être responsable d’une des plus grandes et prestigieuses bibliothèques de mathématiques en France et j’ai la chance de pouvoir travailler avec une équipe formidable. J’ai la chance de pouvoir participer au RNBM, ce réseau où on trouve beaucoup de collègues engagés, à n’importe quel endroit en France. Et je suis contente d’appartenir à la communauté documentaire mathématique.

Portrait d’Elisabeth Kneller sur le site du CNRS

Crédits photos : Fred Hullin, Service Communication, Médiation et Patrimoine scientifique de l’Université Paris-Sud.