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Programme Consolidator de l’ERC 2018

29 novembre 2018

Pierre Berger et Vincent Pilloni sont tous deux lauréats de l’appel à projets Consolidator 2018 de l’ERC. Nous leur adressons toutes nos félicitations !

Le programme Consolidator de l’ERC permet à des scientifiques ayant 7 à 12 ans d’expérience après la soutenance de leur thèse de consolider leur indépendance par la constitution d’une équipe de recherche. Ils peuvent être financés jusqu’à deux millions d’euros sur cinq ans.

Pierre Berger, chargé de recherches au CNRS et membre du laboratoire analyse, géométrie et applications [1] et Vincent Pilloni, chargé de recherches au CNRS et membre de l’unité de mathématiques pures et appliquées [2] sont lauréats 2018.

Nous leur adressons toutes nos félicitations !

Deux questions à Pierre Berger

Le projet de Pierre Berger s’intitule Emergence of wild differentiable dynamical systems.

Peux-tu nous décrire ton projet de recherche ?

Cette ERC portera sur l’émergence. Une notion que j’ai récemment introduite en systèmes dynamiques différentiables pour quantifier la complexité de dynamiques sauvages.

Les dynamiques différentiables sont celles données par l’itération d’un difféomorphisme f sur une variété compacte M (ou par un flot). Il s’agit alors d’étudier l’orbite de chaque point x de M c’est-à-dire de la suite des itérés successifs de x. Parfois ces dynamiques sont si sauvages qu’une proportion non-négligeable (au sens de Lebesgue) de trajectoires s’équidistribue suivant un ensemble de mesures de probabilité énorme (de dimension infinie).

Ce projet étudiera leur typicité et leurs propriétés dynamiques.

Qu’apporte le soutien de l’ERC à ce projet ?

Un soutien dans une direction de recherche qui m’est chère… Il financera deux contrats post-doctoraux de deux ans, une bourse doctorale, le financement d’un certain nombre de workshops/invitations.

Un chaos bien plus sauvage qu’escompté.

Deux questions à Vincent Pilloni

Le projet de Vincent Pilloni s’intitule Higher coherent cohomology of Shimura varieties.

Peux-tu nous décrire ton projet de recherche ?

Je travaille sur le programme de Langlands. C’est un vaste programme conjectural initié dans les années 70 et qui prédit des liens profonds entre deux branches des mathématiques : d’un côté la théorie des nombres, d’un autre côté la théorie des représentations.

Pour servir de medium, on utilise des objets mathématiques très riches qui se trouvent à l’intersection de la géométrie algébrique, de la géométrie riemannienne et de la théorie des groupes : les variétés de Shimura. Ce sont des variétés algébriques définies sur des corps de nombres, et qui possèdent des modèles entiers.

Le but du projet est d’étudier les variétés de Shimura et leur cohomologie cohérente entière. Pour cela on va localiser la cohomologie pour l’action d’une algèbre de Hecke. Cette opération de localisation permet de simplifier la cohomologie (théorèmes d’annulation), et de mettre en évidence une structure très riche (déformation des classes de cohomologie). L’un des mystères de la correspondance de Langlands est que les objets les plus simples et élémentaires d’un côté semblent correspondre à des objets très compliqués et singuliers dans l’autre monde. L’une des applications du projet sera précisément d’étudier la correspondance dans cette situation.

Qu’apporte le soutien de l’ERC à ce projet ?

Le principal intérêt est la possibilité d’engager des post-doctorants. Il est assez difficile de recruter de jeunes chercheurs en ce moment : on fait face à une pénurie de postes permanents, et l’offre de postes non-permanents me semble généralement insuffisante.

L’ERC permettra de financer des séjours réguliers dans d’autres laboratoires en France et à l’étranger, et des invitations. Cela me semble absolument vital : même si l’internet accélère beaucoup les communications, rien ne remplace les contacts directs.

En résumé, l’ERC va beaucoup favoriser les échanges entre chercheurs.

Enfin, l’ERC permettra de financer mon laboratoire au quotidien, bien au-delà du projet. Les financements récurrents décroissent, et les laboratoires comptent de plus en plus sur ce genre de financement exceptionnel « au projet » pour fonctionner. Mais c’est peut-être une dérive de ce système.

Retrouvez le communiqué de presse régional du CNRS et une autre interview de Vincent Pilloni.

L’appel à candidature pour 2019 est ouvert.


[1] CNRS & université Paris 13

[2] CNRS & école normale supérieure de Lyon